Stand-up

Fanny Ruwet: "J'ai l'impression d'être une imposture au milieu de tous ces gens"

Son premier spectacle "Bon anniversaire Jean" séduit la Belgique et la France. À 24 ans, Fanny Ruwet s'installe tranquillement dans le monde du stand-up et fait ses premiers pas sur France Inter, radio la plus écoutée chez nos voisins. Rencontre.

Cet article a initialement été posté sur notre site le 25 mai 2019. 

Tout a commencé début 2019 sur la scène du Kings of Comedy Club à Bruxelles. Un peu sur un coup de tête, Fanny Ruwet s'inscrit à une scène ouverte et se lance le pari un peu fou d'aller raconter des blagues devant un public. "J'ai envoyé un mail pour m'inscrire et puis j'ai confirmé ma participation." Aussi simple que ça. Depuis, elle enchaîne les premières parties et les spectacles d'une demi heure avec un autre humoriste de la scène émergente, Thomas Henry Molise, avant de proposer, à partir de juillet, son spectacle complet qu'elle espère présenter partout en Belgique et en France.

Animatrice et chroniqueuse radio sur Pure (RTBF) depuis plusieurs années, créatrice des podcasts Cuistax et Les gens qui doutent, programmatrice de l'émission Pop M, la jeune femme de 24 ans a déjà déjà un sacré parcours derrière elle et le plus drôle reste à venir. Le 10 juin, elle partagera la scène du Théâtre Vaudeville avec Guillermo Guiz, Baptiste Lecaplain, Kyan Khojandi, Melha Bedia, Doully et Ino JP. Le tout sera rediffusé sur Canal+ en septembre. Rien que ça. "J'ai l'impression d'être une imposture au milieu de tous ces gens". Nous on ne pense pas. 

Sur scène, elle raconte des histoires tirées de son quotidien et de son adolescence. Souvent tristes, parfois trash, toujours avec intelligence et humour. Elle se vend comme étant le malaise incarné et joue le rôle à merveille. Malgré les bombes qu'elle peut lâcher d'une voix fluette et le sourire en coin, Fanny Ruwet reste touchante et infiniment drôle. Elle est surtout l'humoriste qu'il faut garder à l’œil car on ne serait pas surpris de la retrouver sur des scènes plus grandes que celles du Kings. On vous aura prévenu.

Comment tu t'es dit que tu allais commencer à faire du stand-up ?

Fanny Ruwet - Honnêtement par ego, comme tout ce que je fais dans ma vie (rires). Je voyais plein de gens qui se lançaient et je voulais savoir si moi aussi j'en étais capable. Voir si je pouvais faire quelque chose de cohérent et que je trouve drôle sans tomber dans tous les clichés un peu racistes ou sexistes. Faire quelque chose qui a du sens, que je trouve intéressant, puis des choses tristes aussi parce que c'est ce que je préfère. D'ailleurs j'ai été contacté par les soins palliatifs d'un hôpital pour faire une vidéo humoristique et finalement je vais jouer à leur colloque et je suis tellement excitée. Je trouve ça énorme, ce challenge de parler de la mort tout en étant drôle, mais sans être gratuit.

Comment s'est passée ta première scène ?

F.R. - C'était une scène ouverte au Kings. Pour une première ça allait, mais là par exemple j'avais des vannes un peu clichés, un peu vulgaires. Parce que c'est marrant quand une fille toute petite dit des choses comme ça donc tu sais que ça marchera. C'était pas exceptionnel, mais pour une première ça ne m'a pas dégoûté.

Quel accueil tu as reçu du public ?

F.R. - Assez bon. Comme c'était une scène ouverte le public ne s'attendait pas à grand chose. J'avais envie de mourir à cause du trac. Je me demandais pourquoi je m'infligeais ça alors que je pouvais être chez moi. Et c'est quelque chose que je me demande encore souvent, surtout pour les grosses dates. Pourquoi je fais ça ? Pour la date avec Kyan Khojandi, j'en rêve tellement que je stresse de me foirer.

En Belgique, il y a déjà pas mal d'humoristes qui font du stand-up. Comment ils t'ont accueillie ?

F.R. - Le stand-up commence à se développer pas mal donc il y a une petite concurrence qui monte, mais c'est de la bonne concurrence. Tu vas voir les autres jouer et c'est stimulant. C'est toujours hyper sain et ça te pousse à faire mieux. Tout le monde se file des coups de main et des dates. J'ai fait la première partie de Guiz, de Bibot, c'est vraiment sympa. Ceux qui sont nettement plus haut sont toujours encourageant.

Tu connaissais un peu ces gens avant ?

F.R. - J'ai travaillé beaucoup avec Dan Gagnon donc je traînais pas mal au Kings. Je connaissais un peu ceux qui étaient au niveau intermédiaire comme Florence Mendez.

Comment on crée des blagues ?

F.R. - Déjà, moi j'apprends tout par cœur, au mot près. J'écris exactement comme je parle donc ça aide pas mal. Sinon je note des idées à la con dans mon téléphone. Au début c'est pas du tout drôle. Genre j'ai noté (elle cherche un exemple dans son smartphone) : "tu veux être mon ami sur Bluetooth ?" ou des trucs que je trouve marrants genre "l'ivresse d'après-midi" qui est pour moi la meilleure ivresse qui soit. Et puis, quand je suis chez moi, j'analyse tout et je cherche des liens ou je creuse des histoires.

Tu n'as jamais pris de cours ?

F.R. - Non, mais je lis beaucoup sur le sujet et je regarde pas mal de spectacles. J'ai aussi commencé à faire des podcasts d'interview avec Thomas Wiesel ou Kyan Kojandi et le fait de discuter avec eux, y'a plein de déclics qui se font. Tant au niveau de mon travail que de la manière dont je le fais. Par exemple, j'ai beaucoup parlé avec Thomas Wiesel du fait que je procrastinais énormément. Avec Kyan on a parlé du fait que les humoristes s'obligent souvent à avoir un rythme de blague hyper soutenu où il faut que ce soit méga efficace. Mais lui il pense que c'est mieux de raconter des histoires de façon originale sans obligation d'avoir un rire toutes les cinq secondes. Et je me suis dit : mais oui en fait ! Et c'est ce que je fais.

Tu as des retours des autres personnes du milieu sur ton travail ?

F.R. - On se file des conseils. Maintenant je sais quand même vraiment ce que je veux. J'entends les commentaires. J'ai déjà changé quelques détails parce qu'on m'a dit que ça manquait d'efficacité. Mais j'aime bien être seule et bosser dans mon coin.

T'as déjà pris un bide sur scène?

F.R. - Non ça va. Y'a eu des scènes difficiles où le public n'est pas réactif. Il y a juste une fois où j'ai voulu tester autre chose et c'était pas franchement une bonne idée. J'ai pas mal de copains qui montent sur scène avec juste quelques idées et qui improvisent et c'est très drôle. Je me suis dit que j'allais essayer et clairement c'est pas du tout comme ça que je dois travailler. J'avais des pistes pas très bonnes, c'était stressant et assez mauvais.

C'est comment de se faire interviewer pour la première fois ?

F.R. - C'est très bizarre parce que d'habitude c'est moi qui fais ça. Je me suis dit "est-ce qu'elle est sûre qu'elle a des questions à me poser ?!" (rires). C'est particulier quand tu n'as que quelques mois de stand-up dans les pattes et que tu n'a pas grand chose à raconter, mais pourquoi pas.

Les choses s'enchaînent assez vite pour toi, ça te fait peur ?

F.R. - L'objectif, autant à court terme que long terme, c'est de jouer mon spectacle entier. Ce que je ferai pour la première fois le 25 juillet. Et faire un truc dont je suis fière, qui a du sens, qui est bien ficelé et qui est drôle. Et ensuite de tourner un peu avec ça. J'ai des dates en octobre, novembre et des demandes en France. Ça ne va pas trop vite tant que je prends le temps de faire un truc qui me plaît. Et ça c'est à moi de gérer. Étant donné que je n'ai pas vraiment d'ambition dans le stand-up, je ne me dis pas qu'il FAUT que ça marche. Si ça s'arrête, ça s'arrête. Je me marre bien pour le moment.

Quels sont tes projets ?

F.R. - Tourner mon spectacle en entier. Et puis les podcasts c'est vraiment un truc qui m'amuse donc il y a quelques invités que j'aimerais beaucoup recevoir dans Les gens qui doutent. Puis pendant l'été je vais faire beaucoup de vidéos en festival avec Proximus, des trucs un peu lol. Quand j'aurais fini d'écrire mon spectacle et qu'il sera prêt, j'aimerais peut-être m'essayer aux vidéos aussi.

Fanny Ruwet jouera son spectacle à Paris le 26/12 ainsi que dans plusieurs villes belges en 2020. Le reste des infos est sur son compte Facebook, Fanny Ruwet XD

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