"Next generation leaders": portraits d’une jeunesse qui secoue le monde

belga images
belga images
Teaser

D’une boxeuse réfugiée somalienne, en passant par la nouvelle icône musicale espagnole et jusqu’à l’incarnation de la lutte contre le changement climatique Greta Thunberg, le Time a dressé son "top 10" des jeunes les plus inspirants de la planète.

Il y a quelques semaines, le magazine de société américain Time dévoilait son classement annuel des 100 personnalités les plus influentes sur Terre, qu’elles fassent évoluer le monde dans le bon sens ou pas. Le prestigieux titre de presse réitère cette fois la démarche en prenant résolument le parti du "bien", et a dressé les portraits de dix jeunes hommes et femmes de tous horizons qui tracent de nouveaux chemins en politique, musique, science et autres domaines…

Sans surprise, on retrouve l’activiste climatique Greta Thunberg – qui fait la couverture du magazine – en tête de ces leaders de la nouvelle génération. Très (trop ?) largement médiatisée, la suédoise de 16 ans a inspiré la jeunesse du monde entier et engendré le mouvement des grèves scolaires en guise de protestation contre l’inaction politique fasse au réchauffement climatique. En Belgique, le mouvement Youth For Climate organise sa 18ème (et avant-dernière ?) marche ce vendredi à Bruxelles, en présence de Raoni Metuktire. Le légendaire chef indigène est en tournée européenne pour plaider le droits des indiens d’Amazonie fasse à l’inquiétante déforestation orchestrée par le gouvernement brésilien de Jair Bolsonaro.

Time

Les neuf autres figures sélectionnés par le Time sont relativement moins connues par chez nous. Mais leur talent, leur parcours et/ou leur combat ne sont pas moins inspirants que le mouvement amorcé par Greta Thunberg. On en a retenu cinq – choix forcément subjectifs – et on vous les présente rapidement.

Tessa Thompson (USA), bouleverser les normes au cinéma

Interprète de Valkyrie, personnage Marvel aperçu dans Thor : Ragnarok et tout récemment dans Avengers : Endgame, Tessa Thompson avait posté un tweet polémique après qu’une scène ait été cutée du premier film cité. Il y était question de la bisexualité de son personnage, clairement stipulé dans les comics mais sujet sans doute trop sensible pour Disney. Se considérant elle-même comme queer – personne qui n’adhère pas à la vision binaire des genres et des sexualités (homme ou femme, hétérosexuel ou homosexuel) -, l’artiste avait en une seule publication sur Twitter "créé" le premier super héros queer à l’écran. Avec la sortie prochaine du blockbuster Men in Black : International (attendu à la mi-juin) dans lequel Thompson occupe la tête d’affiche avec son partenaire de Marvel Chris Hemsworth, sa renommée devrait décupler. De quoi sensibiliser davantage le public à la diversité de la communauté LGBTQI+ et sa représentativité dans le 7ème art.

Ramla Ali (UK et Somalie), renouer avec ses racines sur le ring

Première femme musulmane à gagner un titre de boxe anglais, Ramla Ali a les yeux fixés sur les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. Si elle se qualifie, elle deviendra la première dans la discipline (hommes et femmes confondus) à représenter son pays d’origine, la Somalie, qui n’avait seulement envoyer que deux représentants aux derniers JO de Rio. Son parcours n’a pas été simple. Elle n’était qu’une enfant lorsque sa famille a fui Mogadiscio et la guerre civile somalienne au début des années 90. Son frère aîné fut tué par une grenade. Les survivants ont fui le pays via un périlleux voyage jusqu’au Kenya, avant de parvenir à Londres. Harcelée à l’école à cause de son surpoids, Ali – ce devait être le destin – a trouvé la rédemption par la boxe. D’abord réticente, sa famille a finalement accepté sa carrière d’athlète en apprenant par un oncle resté au pays que la communauté était heureuse de son choix, et pas honteuse. Suite à quoi Ali décida de représenter la Somalie et non le Royaume-Uni au niveau international.

Rosalía (Espagne), réinventer les traditions musicales

C’est en se baladant dans un parc des faubourgs de Barcelone en 2006, que la jeune Rosalía Vila Tobella entendit du flamenco pour la première fois. « C’était tellement viscérale Je n’avais jamais rien écouté de tel. Plus rien n’a jamais été pareil après ça », se souvient la chanteuse aujourd’hui âgée de 25 ans. Après avoir étudié le flamenco – musique folklorique popularisée par les communautés Roms dans le Sud de l’Espagne - pendant plus de 10 ans, les innovations du genre imaginées par l’artiste l’ont catapultée sur le devant de la scène de la pop latine. Le concept de son second album (El Mal Querer, 2018) – inspiré d’un roman du 13ème siècle où une femme est séquestrée par son amant jaloux – est basé sur sa thèse de fin d’étude. Les critiques sont unanimes et lui ont ouvert les portes de sa première tournée nord-américaine (avec un passage par Coachella). Pharell, James Blake ou encore J. Balvin l’ont depuis invité à se produire avec eux.

Tunde Wey (Nigeria), sensibiliser par la nourriture

Tunde Wey utilise sa plate-forme évolutive en tant que cuisinier autodidacte basé à la Nouvelle-Orléans pour faire de ses repas - leur préparation, leur présentation et leur vente - un outil de provocation et de transformation sociale. Il a également appris à ses fans, ses critiques et ses observateurs distants à s’attendre à une adaptation constante. De ses chroniques au San Francisco Chronicle, à ses essais pour le Boston Globe qui interrogent la passivité et l’hypocrisie de la culture culinaire américaine, en passant par des expériences culinaires inspirées par des performances artistiques qui visent à mettre au défi des individus (principalement blancs) face à l'oppression systémique, Wey pense toujours à la dette de la société américaine envers les Noirs. La nourriture, avec son objectif large, représente un support idéal et malléable pour sensibiliser le public.

Kim Se-yeon (Corée du Sud), représenter les femmes dans l’e-sport

La vie de gamer professionnel peut être aussi difficile que celle d’un athlète dans un sport plus traditionnel, mais sans la célébrité, les chèques de paie de millions de dollars et les syndicats de joueurs. Ça n’a pas découragé Kim Se-yeon, plus connu sous son pseudonyme "Geguri" ("Grenouille" en coréen). La jeune gamer de 19 ans fut récemment accusé d’utiliser des softwares pour tricher. C’est un péché capital dans le monde de l’e-sport, avec une exclusion à vie de toute compétition en cas de faute avérée. Geguri fut disculpée par la société Blizzard (Warcraft) et il transparaît dans l’enquête que la principale motif menant aux accusations était qu’elle n’était... pas un homme. Il n’a semble-t-il pas plu à ces messieurs de se faire battre par une femme. "Étant donné que je suis la seule joueuse de toute la ligue, je pense que beaucoup de gens me respectent et me considèrent comme un modèle", a réagi Geguri. "Sachant cela, j'essaie désormais d'en inspirer d’autres pour qu'elles m’imitent et parviennent au niveau où je suis aujourd'hui."

Plus de Actu