Politique

Tracts Ecolo : le vote communautaire, vraie carte à jouer pour les partis ?

Derrière "l'affaire" des tracts écolos sur les libertés de culte, la question sensible du vote communautaire. Quelle est son importance? Difficile d'y répondre...

"Hallucinant", "scandaleux", "racolage communautaire"… Les réactions ont fusé dans tous les sens suite à la distribution hier des tracts électoraux par Ecolo au marché de Laeken. Vous avez manqué l’épisode ? On vous résume : à l’initiative de députés écologistes Zoé Genot et Ahmed Mouhssin, des partisans des Verts ont distribués un tract électoral sur "les positions des partis concernant les libertés de culte à Bruxelles". Le tract – dont la distribution a depuis cessé - se voulait didactique et comparatif. Il précisait si "Oui" ou "Non" Ecolo, PTB, PS, MR, CDH et Défi se prononcent en faveur de thématiques comme le "port du foulard islamique aux guichets des administrations ou à l’école", "le libre choix des jours de congé par les parents d'élèves en fonction de leurs convictions", "le maintien de l'heure de cours de religion ou de morale" ou encore "l'abattage sans étourdissement dans le cadre des rites religieux" - auquel Ecolo n’est étonnamment pas opposé.

L’occasion était trop belle pour les adversaires politiques des Verts, pour qui le parti écologiste fait lui aussi figure de "bête à abattre" au cours de cette campagne électorale. L’affaire pourrait coûter cher à Ecolo. Ce, malgré les excuses de Zoé Genot ("Vraiment désolée pour les personnes qui ont été choquées par le tract d’invitation au débat sur les libertés convictionnelles" a réagi l'intéressée sur sa page Facebook) et la distanciation de la présidence du parti qui – c’est à peine croyable – n’était pas au courant de la démarche. La co-présidente Zakia Khattabi a d'ailleurs réagi sur Twitter.

Diverses formes de communautés

La pratique du communautarisme en campagne électorale n’a pas été inventée hier par les écologistes… Pourtant, "Draguer une communauté" (pour reprendre les propos de Georges Dallemagne, cdH) en adaptant la forme de son discours n’offre aucune certitude de succès aux élections. Aucune étude scientifique n’a jamais pu démontrer l’effet positif d’un "vote communautaire".

"Personne n’a mené d’études à propos des choix de partis politiques en fonction de l’origine ethnique des électeurs, parce qu’on peut définir une communauté de plusieurs façons", explique Caroline Sägesser, chargée de recherches au sein du secteur Socio-politique du CRISP, spécialisée dans la question des cultes et de la laïcité. "Quand on entend parler de votre communautaire en Belgique, on pense habituellement à la confession religieuse, le plus souvent l’Islam. On s’imagine donc que des partis recrutent davantage au sein des communautés musulmanes. Mais indépendamment des cultes religieux, d’autres groupes qui peuvent constituer une communauté. Ce week-end est organisée la Belgian Pride à Bruxelles. On pourrait également considérer les personnes LGBT+ comme une communauté et imaginer un parti mettre en place une propagande politique spécifique à l’occasion de cet événement, sur des thématiques qui en sont proches."

Pour en revenir à la communauté musulmane – puisque c’était la première concernée par le tract Ecolo -, le CRISP observe tout de même que le MR a plus de difficulté que d’autres formations à la séduire à Bruxelles. Parce que moins de candidats musulmans figurent sur ses listes ? C’est une hypothèse qu’aucune étude chiffrée ne peut confirmer. "Heureusement, je dirai même", réagit Caroline Sägesser, ajoutant qu’il faut "toujours être prudent et ne pas essentialiser les candidats en fonction de leur patronyme, origine, etc."

Le vote confessionnel relèverait donc de la croyance... 

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