Alimentation

Moins d'un food truck sur deux aux normes de l'Afsca, vraiment ?

Seulement 45% des établissements "Horeca mobiles" sont conformes aux normes de l'Afsca. À l'approche des festivités estivales, on fait le point avec le président de la Belgian Food Truck Association.

Nous voici à la mi-mai. Dans un peu plus d’un mois c’est l’été, et l’on commence à peine à ranger les doudounes dans la garde-robe. Aller, ciao les Saintes de Glace, place enfin aux apéros en terrasse et autres plaisirs printaniers. Manger en extérieur fait incontestablement partie de ces derniers, et quoi de mieux dans ce cas-là que de déguster un repas fraichement préparé par le cuisinier d’un food truck ? Avec la multiplication des festivités locales ou d’envergure, on devrait sentir de plus en plus d’odeurs alléchantes s’échapper de cuisines ambulantes dans les parcs et places publiques. On s’y précipite ? Pas si vite…

Attention aux amalgames

Sur le millier d'enquêtes effectuées l'an dernier par l'Afsca, seulement 45% des établissements "Horeca mobiles" sont conformes, rapportaient mardi les quotidiens du groupe Sudpresse. Un résultat qui plonge de 17% par rapport à 2017. Des chiffres qui interpellent, mais qu’il convient de remettre en perspective. Cette dégradation "s'explique surtout par l'augmentation de la pondération pour les questions liées aux infos aux consommateurs sur les allergènes", a assuré le ministre des Indépendants, Denis Ducarme (MR). "Il est important que lors du contrôle, il puisse être démontré que les infos requises sont disponibles et peuvent être communiquées". 

Une intervention ministérielle appréciée par Fabrice Willot, le président de la Belgian Food Truck Association (BFTA), dont nous avons souhaité obtenir la réaction. "On fait souvent l’amalgame entre les food trucks et les établissements Horeca mobile, mais ils regroupent pourtant un champ très élargi de commerçants ambulants. Ce peut aussi bien être le stand d’une asbl qui vend des gaufres pour une bonne œuvre sur le marché de Noël, un marchand ambulant frontalier qui vient sur un festival, un vendeur de fromages sur un marché ou un maraîcher. Tout ça est regroupé sans distinction par l’Afsca, et le secteur du food truck ne représente qu’une micro parcelle de la totalité", précise d’emblée le président. "Le cuistot d’un food-truck est un artisan qui travaille sans produit manufacturé ou pré-manufacturé. Malheureusement, dans le langage courant, le gars qui fait des bicky burgers ou de l’industriel est aussi amalgamé comme étant un food truck. C’est problématique et c’est également important d’avoir ça à l’esprit."

belga images

Allergènes dans le viseur

Les principales infractions constatées par l’Afsca sont le manque d'information sur les allergènes aux clients (29,9% de cas non conformes); le non-respect de la chaîne du froid (15,6 % de cas non conformes) et le manque d'hygiène personnelle et de vêtements adéquats et propres (13,4% de cas non conformes). "La réglementation concernant les allergènes est assez neuve et un peu floue sur la manière dont qui doit mettre quoi en place, et comment  informer le public", réagit Fabrice Willot. "Si un client pose une question à ce sujet, le commerçant doit pouvoir répondre tout de suite : 'C’est affiché dans le menu' ou lui répondre directement. Mais parfois, un stagiaire ou un extra assiste à bord du véhicule, et ceux-ci ne sont pas forcément au courant. Le premier réflexe est donc de se retourner vers l’entrepreneur et lui poser la question. Mais quand c’est l’Afsca qui demande, on doit pouvoir répondre immédiatement. Cela aussi a pu dans une certaine mesure jouer dans l’augmentation des chiffres."

Outre l’autocertification obligatoire de l’Afsca, la BFTA travaille depuis cette année sur un nouveau label qualité hygiène avec ses quelque 350 membres (il y aurait au total 718 food trucks en activité en Belgique). "Si l’Afsca a pointé le manque d’hygiène, je pense que ça correspond davantage à d’autres types de commerçants ambulants que des food trucks, sans vouloir fustiger certains acteurs en particuliers. Je ne dis pas non plus que tous les food trucks de Belgique sont parfaits, mais je dirais que 99% de nos membres le sont", sourit le Fabrice Willot. Bonne moyenne en effet !

"Métier très difficile"

La BFTA propose également une journée de formation (la "Food truck academy") à ses nouveaux membres, parce que bon nombre d’entre eux ne sont souvent pas au courant de toutes les obligation légales et sanitaires et les découvrent petit à petit, notamment au détour d’un contrôle de l’Afsca… "On ne va pas fermer un food truck parce qu’il n’y a pas d’affichage sur les allergènes mais bon. Il y a plein d’autres problèmes auxquels de nouveaux commerçants ambulants n’imaginent pas être confrontés. Le but de notre formation est de driller les futurs entrepreneurs à tous les aspects du métier et, à la fin de la journée, on espère que sur les dix personnes présentes, les plus déterminées ouvrent vraiment leur food truck en toute connaissance de cause et que les autres ne commencent pas une activité pour le regretter ensuite. Il faut comprendre la réalité du terrain. Six food trucks sur dix abandonnent au cours des douze premiers mois d’activité. C’est un métier très difficile !"

belga images

Recevez le meilleur de l'actu selon