La guerre végétariens-carnivores aura-t-elle lieu ?

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L'homme a (presque) toujours mangé de la viande. Mais pas de la même façon que les carnivores la dévorent aujourd'hui. L'opposition végétariens-carnivores – mise en scène par un clip électoral du MR – mérite bien des nuances anthropologiques.

Le clip de campagne de Sabine Laruelle (MR) a ramené la question de la viande dans la campagne électorale. Les écolos voudraient taxer la viande, ce qui est faux. L'ancienne ministre de l'agricultrice vole cependant au secours des agriculteurs. Derrière cette vidéo qui a fait un tollé sur les réseaux sociaux, c'est toute la question de notre imaginaire face à notre consommation de viande qui est soulevée. Sommes-nous tous divisés désormais, telle une armée de carnivores face aux résistants végétariens, dans un combat sanguinaire et inéluctable? Nous avons demandé à l'anthropologue Lucienne Strivay (Uliège) de décrypter ce vaste débat. Pour elle, la viande fait effectivement partie de l'humanité mais on la gère autrement aujourd'hui. Et le fait que l'homme a toujours mangé de la viande n'est même pas une évidence.

On en mange moins mais trop

De nos jours, il existe de plus en plus de flexivores qui ne sont ni végétariens ni carnivores. De plus en plus de personnes réduisent simplement leur consommation de viande. Selon les statistiques officielles (Statbel), entre 2006 et 2016, les Belges ont réduit chaque année leur consommation de viande de 1,1 kg en moyenne. De manière globale, la consommation moyenne de viande a baissé de 18 % entre 2006 et 2016. Mais comme le dénonce Greenpeace, en moyenne, le Belge en mange 2 à 2,5 fois plus que ce que préconisent recommandations officielles en termes de santé. Voilà où nous en sommes.

A la préhistoire, il y avait des végétariens

"Il y a une diminution du marché de la viande. Or, le steak, les agriculteurs en vivent et on l'oublie un peu", explique Lucienne Strivay. Que Sabine Laruelle vienne les défendre, c'est une chose. "Pas la peine non plus d'assimiler écolo à la menace de devenir tous végétariens. Déjà à la révolution française, il y avait des penseurs qui dénonçaient la surface agricole occupée par les élevages. C'était l'époque des premières associations végétariennes, explique l'anthropologue Lucienne Strivay. L'étude paléo-anthropologique des dentitions révèle un type de nutrition probablement végétale. Mais le groupe des carnivores a alors dominé. On pose l'hypothèse que cela s'est déroulé ainsi pour des raisons d'organisations sociales. Pour avoir une chasse efficace, il fallait s'organiser." Les végétariens ne faisaient pas partie du groupe.

Les chasseurs en mangeaient peu

De tout temps aussi, des groupes ont mangé moins de viande pour des raisons religieuses. "Mais dans toutes les populations, ils sont minoritaires. Par contre, les peuples chasseurs n'en mangeaient pas tous les jours. Ils étaient souvent plus parcimonieux que nous. Pour nous, tout ce qui naît est désormais destiné à être abattu dans des temps assez courts. Les anciens peuples avaient des troupeaux qu'ils élevaient et qui étaient leur identité et leur richesse. On tuait pour les très grandes occasions, les fêtes. Ils n'envisageaient pas d'abattre tout leur troupeau." On a donc changé de modèle, du moins chez nous. Car "c'est encore comme ça que ça fonctionne en Mongolie, en Afrique, dans plusieurs endroits dans le monde. Et ce ne sont pas des primitifs mais des contemporains. Mais nous, nous sommes dans un modèle de l'après-guerre, celui dans lequel on n'aura plus jamais faim".

Alors taxer la viande ou la consommer avec plus de respect ? Opposer les végans aux carnivores ? De toute façon, "c'est un débat trop radical. Chacun a son rapport à la viande. Mais il existe une différence entre l'élevage comme il a été et reste pratiqué dans une grande partie du monde et la production de viande à laquelle nous sommes arrivés".

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