Série

Game Of Thrones: il est où le respect?

Après un quatrième épisode de transition, "The Bells" sonnait le retour de l’action au premier plan. En terme de scènes spectaculaires, on en a eu pour notre argent. Pour le reste, c’est une déception. Compte-rendu et critique (ATTENTION SPOILERS).

Voilà. Le cinquième et avant-dernier épisode de Game of Thrones a confirmé ce qu’on redoutait depuis le mort "surprise" du Roi de la Nuit lors de la Bataille de Winterfell : les showrunners ont écrit cette saison 8 au bulldozer. On est bien d’accord pour dire qu’il était impossible de proposer une fin satisfaisante pour tout le monde au terme d’une fresque aussi épique, mais l’issue dessinée au terme de The Bells ("Les Cloches", titre de ce cinquième épisode) est franchement décevante. (ATTENTION SPOILERS).

Seul dans une pièce de Dragonstone, Varys écrit des missives à destination de personnes inconnues (on imagine les quelques Lords survivants des Sept Royaumes) pour leur révéler que Jon Snow, héritier légitime du trône de fer, ferait un meilleur souverain que Daenerys. Ce faisant, l’eunuque consume sa trahison auprès de la Mère des Dragons. Aucune surprise, ni pour le personnage ni pour les spectateurs de voir le conseiller rôtir sous les flammes de Drogon. La Khaleesi avait prévenu Varys qu’elle lui ôterait la vie s’il lui tournait le dos. Passant sa menace à exécution sans aucune pitié, Miss "Bend the knee" démontre une nouvelle fois toute sa détermination à conquérir le trône : rien ni personne ne pourra l’en empêcher. Au prix de son humanité ? Après un ultime rejet de la part de Jon qui avoue l’aimer mais refuse une nouvelle fois de céder à la passion – bonjour Les Feux de l’Amour -, Daenerys ne laisse plus de place au doute : "Puisque je ne peux pas avoir l’amour, ce sera la peur." Pas mal dans le genre caprice d'ado.

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Tout ça pour ça ?

Place donc à la bataille tant attendue opposant les troupes décimées de Daenerys aux défenses de Cersei devant les remparts et dans la baie de Blackwater où la flotte de Euron scrute le ciel en guettant l’arrivée de Drogon. Cette fois, les balistes scorpions ne peuvent rien face au dragon qui détruit tous les navires en deux temps trois crachements de feu. La Khaleesi a visiblement eu le temps de prendre des leçons de pilotage depuis la fin de l’épisode 4... Mais pourquoi donc n’avait-elle pas tranquillement contourné les bateaux après la mort de Rhaegal pour les incendier par derrière (les Scorpions étant seulement installés à l’avant) et s’en débarrasser immédiatement tout en évitant la capture et la mort de Missandei )?

Ça devait sûrement arranger les scénaristes qui ne se sont - semblent-ils - jamais informés sur les stratégies militaires et les batailles du Moyen-Âge. Quand on a des remparts, on prend place derrière, et pas à l’avant. Logique non ? Bah non. Tout comme les Dothraki et les Immaculés lors de la bataille de Winterfell, les mercenaires de la Compagnie Dorée sont placés devant les murs. Harry Strickland, le capitaine bling bling et ses soldats se font vite fait allumer (au propre comme au figuré). Tout ça pour ça ? OK…

Les troupes de la conquérante pénètrent dans la ville tandis que Cersei assiste à la scène, médusée, depuis un balcon du Donjon Rouge. Impuissants, les survivants de l’armée des Lannister déposent les armes et s’ensuit alors d’interminables secondes de tensions avant que ne finissent pas retentir les fameuses cloches de la capitulation. On pensait à une ultime manœuvre sournoise de la part de la Reine déchue, une action héroïque venue de nulle part pour abattre le dernier dragon, … mais non. La victoire est totale.

Grand n’importe quoi

Il reste encore une heure à tuer dans cet épisode et , dans un accès de colère, Daenerys passe définitivement du côté obscur de la force. La série, elle, entre dans le grand n’importe quoi. La Khaleesi décide d’atomiser toute la ville et sa population avec son dragon, enfilant le costume de son Mad King de père pour de bon. Certains diront qu’elle avait la folie de son paternel dans le sang. Elle avait pourtant démontré le contraire au cours des sept saisons précédentes. Se montrant ferme mais toujours juste, elle n’avait pas hésité à enfermer ses dragons à Merin lorsque Drogon avait carbonisé une petite fille sans défense. Elle a renié ses principes en deux épisodes, massacrant des dizaines de milliers d’innocents sur un coup de sang.

Faire de Daenerys une nouvelle et terrifiante antagoniste n’est pas une mauvaise idée en soi. Mais c’est terriblement mal amené (on dira même précipité) de la part des scénaristes. Et on ne peut s’empêcher d’avoir une petite pensée pour les nombreux parents britanniques fans de la série qui ont baptisé leur fille Khaleesi ou Daenerys. Hum...Ver-Gris, endeuillé par la mort de Missandei, suit sa reine en exécutant les soldats qui s’étaient pourtant rendus et Jon Snow, plus inutile que jamais face au massacre, attend on ne sait pour quelle raison la fin de l’épisode pour replier ses hommes hors de la ville. Euron provoque Jaime en duel alors que tout est perdu - prouvant au passage qu’il est le vrai roi des cons - et meurt lamentablement.

Sérieusement blessé, le Régicide parvient tout de même à rejoindre Cersei, abandonnée par La Montagne qui, après avoir tué son "créateur" Qyburn – hommage au Frankenstein de Mary Shelley ? – disparaît dans les flammes avec son frère Sandor. Les jumeaux incestueux espèrent fuir via la crypte mais toutes les issues sont obstruées. Ils finissent pas mourir en pleurnichant dans une étreinte, ensevelis sous les décombres… WHAT THE FUCK ???

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Des femmes aux abois

Quelle mort minable pour le personnage le plus exécrable du récit. Lena Headey, son interprète, s’est dit déçu de la fin de Cersei. On la comprend. Les showrunners ont visiblement voulu humaniser son personnage, alors que – avouons-le - on adorait la détester et on espérait qu’elle crève dans d’atroces souffrances (si possible de la main restante de Jaime). Le personnage joué par Nikolaj Coster-Waldau avait eu droit au plus bel arc narratif de la série, pour finalement mourir dans les bras de sa sœur qui s’est plus d’une fois jouée de lui. L’acteur nous avait déclaré "penser que le final de Game of Thrones était impossible à tourner". Devant autant d’incohérences et aberrations scénaristiques, on commence à piger ce qu’il voulait dire…

Avec le retournement psychologique caricatural de Daenerys ("personne ne m’aime alors je deviens méchante"), l’inutilité d’Arya au cours de cet épisode (ça doit finalement être un trait familial), la fragilité de Brienne qui pleure en robe de chambre lors du précédent, le confinement de Sansa à Winterfell et, surtout la quasi absence de Cersei tout au long de la saison (un jour de tournage ont dû lui suffir à en croire les images), on se demande vraiment ce qu’il s’est passé dans la tête des showrunners qui avaient pourtant fait des femmes fortes des figures de proues de la série. Il est où le respect des personnages (et des spectateurs par la même occasion) ?

Bref, Arya s’en sort miraculeusement grâce au cheval du capitaine de la Compagnie Dorée, sans doute la dernière créature survivante à 10 kilomètres à la ronde (on abuserait pas un peu des deus ex-machina parfois ?) et l’épisode se termine. Enfin. Car malgré les prouesses techniques - la destruction de King’s Landing est visuellement très impressionnante - c’était clairement longuet. La série a trahi ce qu’elle faisait de mieux : une intrigue bien ficelée au service de personnages forts au profit de scènes d’actions construites pour un blockbuster formaté. Triste épilogue.

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