Musique

"dEUS, c’est tout sauf de la nostalgie"

Réédité pour son vingtième anniversaire avec des bonus, "The Ideal Crash", l’album culte des Anversois, donne lieu à une tournée qui s’arrête huit soirs de suite à l’Ancienne Belgique. Un record absolu. Explications avec Kurt Overbergh, directeur artistique de l’A.B..

Printemps 1999, Britney Spears est numéro 1 avec “Baby One More Time” et dEUS sort “The Ideal Crash”, l’album le plus influent de l’histoire du rock belge. Après le rageur "Worst Case Scenario" paru en 1994 et le kaléidoscopique "In a Bar Under The Sea" en 1996, le groupe anversois emmené par Tom Barman trouve avec ce troisième disque l’équilibre parfait entre un songwriting mélodique et son esprit expérimental qui l’anime depuis ses débuts. Comme Moustique l’écrivait alors, "dEUS a mis de l’ordre dans son chaos".

Remastérisé à Abbey Road, le disque ressort ce vendredi 26 avril pour son vingtième anniversaire, agrémenté de bonus, raretés et titres live. En confrontant le fantasme romancé d’un rock indie à l’espoir de meilleurs lendemains et aux regrets éternels, "The Ideal Crash" n’a rien perdu de sa pertinence aujourd’hui. Lancée ce 24 avril à Lisbonne, la tournée commémorative au cours de laquelle le groupe jouera l’intégralité du disque, s’arrête pendant huit jours consécutifs à l’Ancienne Belgique, du 20 au 27 mai. Tous les concerts (16.000 places au total) ont été complets quelques minutes seulement après le lancement de la prévente. Du jamais vu. Explications avec Kurt Overbergh, directeur artistique de l’A.B., coproductrice avec Live Nation de ces shows.

En quoi cette série de concerts de dEUS constitue un record absolu?

KURT OVERBERGH - C’est un record pour le nombre de concerts complets donnés à l’Ancienne Belgique dans le cadre d’une même tournée. Mais ce qui est encore plus remarquable, c’est que dEUS enchaîne ses huit concerts à l’Ancienne Belgique sans jour "off".  Les séries de six concerts réalisées dans le passé par Puggy, Arsenal et Channel Zero avaient été entrecoupées.

Comment expliquez-vous ce raz de marée pour un concert où dEUS va jouer principalement du matériel sorti voici vingt ans?

Il y a plusieurs raisons. "The Ideal Crash" est l’album le plus important de l’histoire du rock belge. dEUS a une excellente réputation comme groupe de scène. Cela fait longtemps que les Anversois ne s’étaient plus produits en salle à Bruxelles. Enfin, dEUS a annoncé la couleur avec cette tournée : "The Ideal Crash" sera joué dans son intégralité. Non seulement le public sait à quoi s’attendre, mais c’est aussi la première fois que dEUS interprète tout cet album en concert. Il y a enfin un effet boule de neige. Nous pensions remplir notre salle deux ou trois soirs de suite. Après avoir rajouté une quatrième et une cinquième date, il y a eu une hype autour de l’événement. Tout le monde voulait des tickets.

Auriez-vous pu rajouter des dates?

Oui, mais on parle ici de musique. Il ne faut pas battre des records pour battre des records. On serait tombé dans la pure performance sportive.

À la sortie de "The Ideal Crash" en 1999, dEUS avait joué les 1er, 2 et 3 avril avant de se produire encore trois soirs de suite aux Halles De Schaerbeek en automne. Quels souvenirs gardez-vous de ces concerts?

J’ai vu les concerts de l’A.B. "The Ideal Crash" était très attendu par les fans de rock. Les dates étaient complètes avant la sortie du disque. C’est subjectif, mais j’ai toujours trouvé que le "deuxième" soir de dEUS était le meilleur.

Comment expliquez-vous la relation entre dEUS et l’Ancienne Belgique?

dEUS, c’est une famille et l’Ancienne Belgique est une grande maison. Tous les musiciens qui ont quitté dEUS ont joué avec leur(s) nouveaux projets chez nous. Idem pour les musiciens qui ont rejoint dEUS au fil des années : ils étaient déjà venus avant avec leur premier groupe. Du coup, ça fait un monde énorme, des tas d’artistes belges et plein de bonne musique. dEUS, Millionnaire, Vive La Fête, Evil Superstars, Moondog Junior, Zita Swoon, Dead Man Ray… Tous ces gens se connaissent. Et puis il y a Tom Barman. Outre dEUS, il est venu chez nous avec son projet électro Magnus, avec son groupe jazz Taxiwars et comme DJ. Même quand il a sorti Anyway The Wind Blows (2003), son premier film en tant que réalisateur, il a voulu faire une party chez nous.

La question qui fâche: un concert où un groupe joue l’intégralité d’un disque sorti il y a vingt ans, c’est de la nostalgie?

Non, pas avec dEUS et pas avec "The Ideal Crash". Le public qui a acheté ses places est un public qui aime les concerts rock et la bonne musique. dEUS donne de bons concerts et "The Ideal Crash", c’est toujours de la bonne musique. C’est tout, sauf de la nostalgie.

Retrouvez l’interview de Tom Barman dans le Moustique de cette semaine.

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