Le décryptage

Kidnapping à la camionnette blanche: faut-il se méfier des rumeurs?

Les alertes concernant des tentatives de rapts d'enfants se multiplient ces dernières semaines sur les réseaux sociaux. Le vrai du faux.

Depuis l'affaire Dutroux, les affaires qui impliquent des camionnettes blanches et des tentatives d'enlèvements se retrouvent de manière récurrente dans les colonnes faits divers de la presse. Le 26 février dernier, un jeune garçon aurait ainsi été suivi sur le chemin de retour de l'école par une voiture beige immatriculée en France. L'homme d'une vingtaine d'années, qui était au volant, aurait ensuite essayé de s'en emparer de force pour le faire monter à bord du véhicule ou se trouvait une femme plus âgée. Il finira finalement par s'échapper.

La police fédérale a pris très au sérieux cette tentative d'enlèvement et a diffusé un portrait robot de l'homme incriminé. Mais cette affaire, dont les faits sont avérés, a réveillé une peur primaire. A Philippeville, deux adolescentes assurent ainsi avoir également été suivies par un véhicule. Même schéma à Couvin, où une jeune femme de 21 ans affirme avoir été abordée par un homme qui conduisait une fourgonette. Des histoires qui se suivent et qui se ressemblent, souvent exacerbées par les réseaux sociaux, où se partagent par centaines des messages apeurés et des photos floues.

Des groupes de personnes rôderaient dans les alentours des écoles pour essayer d'enlever les enfants qui rentrent chez eux. Peut-être même qu'il y aurait un trafic d'organes. Ce qui est certain, c'est qu'il y a une camionnette impliquée. Voilà le genre de messages qui pullulent sur les groupes privés des différentes communes de Bruxelles et de Wallonie. Pourtant, la plupart du temps, il ne s'agit que de rumeurs. Et la Belgique est loin d'être le seul pays concerné par ce phénomène. En témoigne le statut d'un père français, habitant en Picardie, qui a été partagé des milliers de fois. Il y raconte que sa fille a été victime d'une tentative de rapt « Un individu lui disait qu’il était gentil et qu’il ne fallait pas avoir peur de monter dans sa voiture. Ensuite, il est descendu de la voiture pour l’intercepter mais elle s’est enfuie voir d’autres gens ». L’homme en question, « barbu, petit, 45-50 ans » circulerait à bord d’un « utilitaire blanc aux vitres teintées ». Une plainte a été déposée à la police. Le kidnappeur, quant à lui, n'a jamais été retrouvé.

Des rumeurs nées d'une peur primaire

« Ces rumeurs de rapts d'enfants existent depuis des siècles. Il existe d'ailleurs une histoire populaire plusieurs fois centenaire au sujet du Manneken Pis qui aurait été enlevé par un juif qui voulait le crucifier... » explique Aurore Van de Winkel, Docteur en Information et Communication de l'Université Catholique de Louvain et spécialiste du phénomène des rumeurs. « Ces histoires plus récentes, où l'on entend souvent parler d'une camionnette blanche, mélangent trois légendes urbaines très ancrées dans la société. La première est celle de l'enlèvement d'enfants, en lien avec la pédophilie, la deuxième concerne le rapt de femmes pour alimenter des réseaux de prostitution et la troisième parle de trafic d'organes. »

Une véritable paranoïa qui peut donner lieu à des chasses à l'homme très violentes et qui vise, en France comme en Belgique, particulièrement la communauté Rom. « Ces peurs se cristallisent sur différents types de personnes en fonction des époques. » Elles peuvent porter d'énormes préjudices. Ainsi, fin mars, l'Agence France Presse a diffusé un communiqué qui pointait que «Vingt personnes ont été interpellées dans la nuit de lundi à mardi en Seine-Saint-Denis après des violences visant des Roms, désignés par des rumeurs sur les réseaux sociaux comme étant à l’origine d’enlèvements d’enfants.»

« Les histoires qui concernent des enlèvements d'enfants ont toujours existé, mais il était parfois question de voitures de couleur sombre ou de Mercedes. Depuis l'affaire Dutroux, qui possédait lui-même une fourgonette blanche, tout comme Michel Fourniret, ces dernières reviennent quasi systématiquement. En France, les rumeurs se sont relancées ces dernières semaines suite à la mort d'un des deux frères Jourdain, qui avaient kidnappé, violé et tué quatre jeunes filles en 1997. Ils avaient également une camionnette blanche. » S'il est évidemment nécessaire de relayer ce genre de menace, mais surtout de faire acte de prudence face à des individus potentiellement dangereux, la diffusion d'un tel témoignage attise les tensions. Et les angoisses. Des histoires que l'on retrouve tant en Allemagne, qu'aux États-Unis et qu'en Inde, où il s'agit d'un véritable phénomène de société. Plus de 24 personnes y ont été lynchées en quelques mois à peine, parce ces dernières étaient soupçonnées de kidnapping.

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