"Transkids" : un havre de paix pour enfants transgenres et leurs parents

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À l'occasion de la Journée Internationale de la Visibilité Transgenre (31 mars), une nouvelle association s'est révélée au grand public. "Transkids" s'engage pour la reconnaissance et le respect des droits des enfants transgenres en Belgique francophone. Il était temps.

En Belgique, les personnes transgenres - celles dont l’identité de genre diffère du genre assigné à leur naissance (fille ou garçon) - ne sont plus légalement considérées comme "des gens malades" depuis l'application de la "Loi Geens". Auparavant, les personnes qui voulaient mettre en conformité leur régistration de sexe avec leur identité de genre étaient obligées de subir une opération génitale obligatoire. Concrètement, elles devaient se faire stériliser ! Un acte barbare qui, aux yeux de la loi, étaient encore tout à fait normal il y a un peu plus d'un an seulement... La Loi Geens n'est entrée en vigueur que le 1er janvier 2018. Notre pays n'est donc plus en bas du classement de la reconnaissance des adultes et adolescentes transgenres.

La Belgique a avancé mais n'est pas encore arrivée à destination. Car – attention "scoop" - chaque adulte transgenre a d'abord été un enfant. Enfant qui, bien souvent, en a méchamment bavé pour essayer de se faire accepter tel qu'il est. En matière d’accueil ou de droits des plus jeunes, il n'existait absolument rien en Belgique francophone. C'est la raison d'être de Transkids, nouvelle association qui a vu le jour ce 31 mars à l'occasion de la Journée Internationale de la Visibilité Transgenre.

Son objectif ? D’une part apporter un cadre bienveillant aux enfants et aux adolescents transgenres ou en questionnement (ainsi qu’à leurs parents), de l’écoute, de la compréhension et le soutien qui leur manque. D’autre part, entreprendre une mission de sensibilisation dans les milieux en relation avec l’enfance (écoles, centres PMS, mouvements de jeunesse…) et une action de plaidoyer auprès des instances publiques afin d’assurer que les enfants transgenres bénéficient des mêmes privilèges et des mêmes facilités que n’importe quel enfant. Il y a (malheureusement) beaucoup de boulot.

Tous les mêmes

Avant d’être fille ou garçon, du point de vue de la Convention internationale des Nations Unies qui les protège, les enfants sont d’abord des enfants. Et, à ce titre, les adultes ont le devoir, non négociable, de leur assurer la pleine jouissance de leurs droits. Pourtant, "l’outing" - le fait de dévoiler, intentionnellement ou pas, la transidentité d’une personne contre son gré (par exemple, le fait de dire d’une fille trans "qu’en réalité elle est un garçon") - et le non-respect de l’identité des jeunes transgenres au sein même des écoles sont systématiques et se pratiquent dans l’indifférence la plus totale.

Lorsqu’une école est confrontée à la transidentité d’un de ses élèves, il est fréquent que le sujet soit géré comme s’il s’agissait d’un caprice ou d’une passade, qu’il ne faut surtout pas encourager. Ou encore, comme s’il s’agissait d’un transfert de la part des parents, qui sont alors perçus comme maltraitants, avec des déclarations du style : "Ils voulaient tellement avoir une petite fille !". Aux commentaires gênants se superposent les situations malaisantes comme l'utilisation des toilettes ou dans quel vestiaire se changer.

"Combler le manque" 

Des cas de figure qui peuvent entraîner un mal-être profond qu'il ne faut absolument pas négliger. Une étude estime que 77% des personnes transgenres en Ontario (Canada) ont eu des pensées suicidaires et que 43% ont fait une tentative de suicide. La même étude souligne d’ailleurs que 36% avaient moins de 15 ans lorsqu’elles ont fait leur première tentative... Mais pour le jeune concerné, il n'est jamais facile d'en parler. Même à ses parents. Transkids leur offre désormais cette oreille bienveillante et attentive qui est souvent si difficile à trouver.

"Sensibilisée à la question trans depuis toujours, j’ai été active chez Genres Pluriels (association œuvrant au soutien et à la lutte contre les discriminations qui s’exercent à l’encontre des personnes transgenres et intersexes, NDLR) pendant 6 ans", explique Daphné Coquelle, co-fondatrice de l'association. "J’y ai rencontré une maman qui se posait des questions par rapport aux bloqueurs de puberté de son garçon transgenre. Elle devait se rendre jusqu'à Eindhoven aux Pays-Bas pour trouver quelqu'un puisse lui apporter des solutions, parce qu'il n'existait rien en Belgique francophone. Je me suis rendu compte que la question chez les enfants était mal gérée. C’est comme ça que j’ai eu l’idée de lancer Transkids, afin de combler ce manque.

Des ateliers "dégenreants" 

Depuis octobre 2018, avec les trois autres fondateurs de Transkids, Daphné Coquelle a commencé à organiser des rencontres entre jeunes transgenres, "le véritable fil rouge de l'assocation", afin de tisser du lien social entre les personnes concernées. L'équipe s'est également donné pour mission de sensibiliser les écoles, les médecins et le grand public à la question encore taboue des transidentités chez les (parfois jeunes) enfants. Les spécialistes estiment que le développement de l’identité se produit le plus souvent avant l’âge adulte, souvent dès 3 ou 4 ans, et que le sentiment de différenciation entre l’identité de genre et le genre assigné à la naissance émerge vers 10 ans.

L'association va également constituer une base de données reprenant les adresses "safes" (bienveillantes) auxquelles se rendre et se chargera d'assurer sur le long terme une mission de plaidoyer afin de faire reconnaître les droits des enfants transgenres et appliquer la Convention internationale des Nations Unies (droit à la non-discrimination, droit au bien-être, droit à la protection de l’identité, droit d’être protégé contre les mauvais traitements).

D'un point vue plus ludique, Transkids organisera en mai lors du Pride Festival deux ateliers participatifs "très très dégenreants", pendant lesquels des enfants de 6 à 12 ans raconteront leur vision des genres et des stéréotypes. Sur base de leurs récits, l'association réalisera ensuite un livre d’images à l’attention spécifiquement des enfants (avec une section destinée aux parents) qui servira à faire de la sensibilisation en milieu scolaire. L’objectif de ce petit livre est de délivrer un message rassurant et de donner un support qui permet aussi aux parents d’obtenir les informations de base pour en discuter avec l’enfant, ou entre adultes dans le milieu familial.

Le site web de l'association est encore en développement, mais toute personne peut contacter l'équipe de Transkids via leur page Facebook ou l'adresse mail : hello@transkids.be

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