Pourquoi il faut regarder "Tous ensemble", le film poignant sur les attentats de Bruxelles

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Le 22 mars, un double attentat frappait la capitale. Avec "Tous ensemble", les réalisateurs Fionn et Noon donnent la parole aux victimes dans un film poignant.

Tout commence par une musique entraînante. À tel point qu'on pourrait imaginer le début d'un roadmovie sur une bande de potes qui partent à la conquête de Bruxelles. Très vite, le spectateur est rattrapé par les voix off de Fionn et Noon. D'une poésie et d'une simplicité désarmantes, les deux réalisateurs bruxellois racontent la résilience des victimes du 22 mars.

Sur le point de partir en reportage en Californie, Fionn et Noon étaient présents lors de la double explosion. Si ce n'est quelques égratignures, ils s'en sont sortis indemnes. Trois ans plus tard, ils ont décidé de laisser la parole aux rescapés des attentats dans un film d'une heure qui, tout en honnêteté, raconte l'après 22 mars. Ni tire larmes, ni sensationnaliste, ils dépeignent les événements qu'on pense pourtant déjà connaître par cœur. Du message aux ressentis, Noon nous parle de ce film (disponible ici) dont il espère que chacun ressortira emplit de positivisme.

Comment est née la volonté de réaliser ce film ?

Au début, ce qu'on voulait faire c'était créer un espace de parole dans le cadre de la soirée de commémorations qui se tient à l'Espace Magh ce 22 mars. L'idée première était de faire des capsules vidéos pour donner la parole aux victimes. On voulait les mettre à l'honneur lors de cette soirée. Le projet a ensuite germé au fil des rencontres. On est parti sur un film de 26 minutes et puis, enfin, sur un format plus long parce qu'on s'est rendu compte qu'il y avait tellement de choses à raconter et à mettre en images. On s'est dit que ce format d'une heure était le plus adapté.

C'est un film qui laisse un sentiment positif, quel était le message que vous vouliez faire passer ?

C'est bien que vous me parliez de positivisme parce que c'est totalement ça. Le point de départ c'était le 22 mars. On voulait parler de cette résilience, de cette faculté à pouvoir aller au-delà d'un trauma que chacun a en soi. On s'est très vite rendu compte que, malgré cet événement, il restait beaucoup de choses positives chez les gens. Cette fraternité née ce 22 mars, les rapprochements des citoyens, les soutiens aux victimes, c'est quelque chose qui nous a marqué. Pour nous c'était hyper important d’insuffler le maximum de positivisme dans notre travail. Il fallait que ce soit un message d'espoir et un rayon de soleil pour tous ceux qui auraient l'occasion de découvrir le film.

Vous étiez présents à l'aéroport le jour de l'attentat, en tant que réalisateur quel rôle jouez-vous dans ce documentaire ?

Comme on a vécu ces événements, on avait une certaine légitimité pour raconter cette histoire. Ça a fortement simplifié le processus. Que ce soit par rapport aux démarches administratives compliquées ou aux conséquences psychologiques de cet attentat, c'était important pour nous de se positionner et de mettre en avant nos questionnements et nos peurs.

Dans le film, il y a quelques images que vous avez filmé à l'iPhone à Zaventem. Comment vous expliquez ce réflexe d'allumer votre caméra, même en situation de extrême ?

Ce qu'il faut savoir c'est qu'on a commencé à prendre des images de notre voyage dès le départ comme on a l'habitude de le faire. On est dans l'audiovisuel et on a pour réflexe de filmer quasiment tout ce qu'on fait. C'est un pur réflexe, il n'y avait aucune intention de base d'utiliser ces images pour en faire un quelconque film après.

Comment s'est passé le travail d'approche des victimes qui figurent dans le film ?

On a beaucoup travaillé avec une association qui s'appelle Live4Brussels. On a fait connaissance et au fur et à mesure que l'idée d'un film prenait forme, on s'est dit que le plus logique était de leur demander de l'aide. Ils nous ont guidé vers les personnes susceptibles d'avoir envie de participer à notre projet. Tout simplement.

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Vous avez tous les deux la double casquette de réalisateur, mais aussi victime des attentats. Ce film agit sur vous comme une exutoire ?

Nous au départ on le voyait comme un devoir de mémoire pour qu'on n'oublie jamais ce qu'il s'est passé. Mais au fur et à mesure de la préparation, de la production et du tournage surtout, on s'est rendu compte qu'on était nous-mêmes dans ce processus de résilience. Le fait de faire ce film nous permet d'avancer par rapport à notre propre traumas. C'était assez spécial parce qu'au plus on avançait dans la production, au plus on se rendait compte qu'on était à 4000% dedans. Ces rencontres nous ont apporté pas mal de choses. Ça nous a permis de voir qu'on avait plein de points commun avec elles. C'était une expérience exceptionnelle.

Tant dans la réalisation que dans le propos, tout reste très sobre. Vous aviez mis un point d'honneur à ne pas en faire trop ?

On ne voulait pas faire un film sensationnaliste. On aurait pu aller récupérer des images de l'aéroport après l'attentat, mais c'était clair dès le départ qu'on ne voulait pas aller dans ce registre. On voulait faire quelque chose de très épuré tout en restant dans le respect des personnes présentes dans le film. On voulait mettre à l'honneur les belles choses qu'elles ont à raconter. C'était important de faire très attention et d'être le plus juste possible au niveau du récit.

Combien de temps avez-vous mis pour aboutir à ce film d'une heure ?

On a mis deux mois et demi pour le tourner. On a commencé la préparation du film début décembre et le tournage début janvier jusqu'à la semaine passée. Ça a été très dense et intense comme tournage.

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