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Trois choses à savoir sur le naufrage du navire "Grande America"

Le cargo de commerce italien Grande America a sombré mardi après-midi à quelques 300 kilomètres des côtes françaises. Il n'y a pas de victime mais les conséquences écologiques pourraient être terribles... et raviver de douloureux souvenirs.

Que s'est-il passé à bord du bateau ?

Le Grande America est un cargo et transporteur de véhicules italien de la société Grimaldi Groupa basée à Naples, construit par Fincantieri au chantier naval de Palerme, et mis à flot en décembre 1997. D'une longueur de 214 mètres, c'est un navire hybride entre un roulier et un porte-conteneurs. Le bateau faisait route depuis le port d'Hambourg (Allemagne) jusque Casablanca (Maroc) lorsqu'un incendie s'est déclaré à bord dimanche en soirée, alors qu'il naviguait au large de la Bretagne.

Vers 20h00, le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage d'Etel (France) a été informé par le MRCC (Maritime rescue coordination center) de Rome de la situation. Après avoir annoncé dans un premier temps avoir maîtrisé l'incendie et vouloir faire route vers La Corogne (Espagne), le commandant du navire a informé les autorités maritimes de la dégradation de la situation alors que plusieurs conteneurs étaient en feu. Il a décidé peu après 2h du matin d'abandonner le navire à bord d'une seule embarcation de sauvetage. Les 26 membres d'équipage et un passager ont pu ensuite être secourus par une frégate britannique déroutée sur zone.

Ravagé par les flammes pendant deux jours, le navire a finalement coulé mardi après-midi au large du Finistère (Bretagne occidentale), à 333 kilomètres de La Rochelle."Le bateau a coulé à 15h26 par 4.600 m de fond", a précisé la préfecture maritime de l'Atlantique à l'AFP

Belga

Catastrophe écologique ?

Si aucune victime n'est à déplorer, le naufrage pourrait avoir des conséquences écologiques dramatiques, pour la faune et la flore maritime naturellement, mais aussi pour les côtes françaises qui sont exposées. Dans sa cargaison, le navire transportait des "matières dangereuses". "Les données fournies par l'armateur recensent 365 conteneurs, dont 45 répertoriés comme contenant des matières dangereuses et un peu plus de 2.000 véhicules. En dehors de cette cargaison, les soutes du navire contiennent environ 2.200 tonnes de fioul lourd, qui servaient de combustible de navigation au navire", a annoncé mercredi le préfet maritime de l'Atlantique, Jean-Louis Lozier.

La société Grimaldi Groupa, propriétaire du navire, a été sommée de "mettre fin au danger pour la navigation et l’environnement marin représenté par les conteneurs et autres éléments à la dérive et traiter les éventuelles pollutions maritimes", a de son côté déclaré le ministre français de la Transition écologique François de Rugy. Un bateau affrété par l’armateur doit arriver prochainement sur place. L'Etat français a également sollicité les autorités européennes et l’EMSA (European Maritime Safety Agency) qui "va déployer au moins deux navires sur place en plus des deux navires de l’Etat français".

Une nappe d’hydrocarbure d’une dizaine de kilomètres de long pour un kilomètre de large présente à la surface de la mer pourrait "toucher le littoral français vers dimanche ou lundi" a averti le ministre sur les ondes de France Info. François de Rugy assure qu’une opération pompage sera tentée avant que le pétrole n’atteigne le littoral, mais celle-ci "est rendue extrêmement difficile par les conditions météorologiques qui sont celles d’une tempête d’hiver". De même l'identification des matériaux dangereux s'avère compliquée. "Plusieurs containers sont passés par-dessus bord avant que le navire coule » puis d’autres se sont dispersés quand le bateau a coulé.

L'ombre d'Erika

L'association écologiste française Robin des Bois a fustigé lundi dans un communiqué le mauvais état du Grande America. "Le navire, construit en 1997, a été détenu en 2010 pour 35 déficiences dans le port de Tilbury au Royaume-Uni, et d'autres déficiences sont régulièrement relevées par les inspecteurs de sécurité maritime à Hambourg et à Anvers". Si les causes de l'incendie n'ont pas encore pu être déterminées, la société Grimaldi Groupa devra probablement répondre de l'état du navire devant la justice au regard des précédents dans l'Histoire.

Le 25 septembre 2012, Total avait été condamné par la Cour de cassation française pour le naufrage le 12 décembre 1999 de pétrolier Erika. Une marée noire avait souillée les côtes française sur 400 km, du Finistère à la Charente maritime, tuant entre 150 000 et 300 000 oiseaux. Le poids des déchets était estimé à 250 000 tonnes, pour un préjudice écologie évalué à 371,5 millions d'euros. Les dommages et intérêts réclamés par une centaine de parties civiles dépassaient le milliard... Total aurait déboursé environ 200 millions d'euros.

20 ans plus tard, la naufrage du Grande America ravive le souvenir d'un traumatisme que les population du littoral Atlantique aurait préféré oublier à jamais...

Belga

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