Alain Destexhe : à droite de la droite

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Les histoires de droite extrême ou radicale sont plutôt courtes en Belgique francophone. En lançant son parti, Alain Destexhe va-t-il enfin parvenir à occuper cet espace ?

Au cri de “Osons la vérité” et en brandissant l’effigie de feu Jean Gol, le trublion du MR lance ses propres listes. En s’excluant du MR pour se lancer à son nom, il veut être “la N-VA francophone” et placer la question migratoire au centre de son programme. Voici comment il explique lui-même son positionnement politique. “Ce que j’aime bien chez la N-VA, c’est qu’ils ont une ligne politique claire. Ils ne louvoient pas en permanence, on sait ce qu’ils pensent sur l’immigration, le nucléaire, sur le socioéconomique. Mais je suis contre le séparatisme et le confédéralisme. Je veux faire un parti francophone de droite qui n’est pas la N-VA.”

Quelles sont ses chances? “L’électorat existe sur les questions de sécurité et des étrangers”, affirme Manuel Abramowicz, coordinateur de RésistanceS, le web-journal de l’Observatoire belge de l’extrême droite. Mais l’offre actuelle en Wallonie comme à Bruxelles est “folklorique, ridicule, confusionnelle et sans leader”. Alors, face à un MR affaibli sur Bruxelles et menacé par des conflits internes, l’initiative d’Alain Destexhe a un couloir électoral réel (on ne dit pas un boulevard) devant elle. Mais il annonce pour l’heure ne vouloir s’allier ni au PP ni à La Droite.

En Belgique francophone, on a compté beaucoup de prétendants à la droite de la droite mais quasiment pas de résultats. Dans les années 90, l’extrême droite était représentée par plus de quatre-vingts élus. Aujourd’hui, il n’en reste qu’un, à Fleurus. “L’extrême droite est devenue un nain dans un jardin de Wallonie. Mais le spectre du populisme de droite hante l’Europe”, résume Manuel Abramowicz qui distingue bien l’ultra-droite de l’extrême droite. Sur l’échiquier politique, il y a un espace bien à droite qui n’arrive pas à être occupé en Belgique francophone. C’est une singularité. “On n’a eu jusqu’ici aucun parti crédible. Tous se sont sabordés à l’interne par des disputes d’ego. Aucun n’a pu démontrer une crédibilité organisationnelle sur la durée”, explique Jean-Benoît Pilet, politologue au Cevipol à l’ULB.

En se glissant dans un costume de Theo Francken à la francophone - mais sans le séparatisme -, Alain Destexhe tente sa chance. Jusqu’où peut-il aller s’il parvient - ce qui n’est pas encore gagné - à être réellement organisé? “Il est difficile d’estimer cette place. Mais les partis de droite radicale montent ailleurs en Europe à 15 %. Le discours anti-migrants, combiné à la question de l’islam, est une recette qui marche partout. Or, les Wallons et francophones bruxellois ne sont pas en réalité plus accueillants pour les migrants que les Flamands. La seule différence aujourd’hui est que les Flamands l’expriment dans des comportements électoraux, les francophones non.”

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