Politique

Communauté germanophone: un nouveau modèle pour la démocratie?

C'est une première mondiale: en communauté germanophone, un conseil de citoyen permanent "siègera" aux côtés du parlement élu à partir de septembre. Le début d'une réelle démocratie participative en Belgique ? 

La communauté germanophone de Belgique est quasi centenaire. Le 28 juin 1919, l'Allemagne vaincue par les Alliées signait le Traité de Versailles dans la galerie des Glaces du célèbre château. La Belgique s'agrandit un peu ce jour-là : les Cantons de l'Est (territoires des neufs communes germanophones de Belgique, plus les communes de Malmedy et Waimes) furent rattachées au Plat pays en signe de dédommagement de la part de l'envahisseur vaincu. Les germanophones du pays s'apprêtent à fêter ce siècle de "belgitude" d'une manière un peu particulière...

Le Parlement de la Communauté germanophone, situé à Eupen, a adopté lundi soir à l’unanimité un décret qui vise à institutionnaliser et à renforcer la participation citoyenne. À partir de septembre prochain, dans la foulée des élections, un conseil citoyen permanent composé d'individus tirés au sort sera chargé de formuler des recommandations qui seront transmises aux élus. Et c'est une première mondiale !

Concrètement, ce conseil citoyen déterminera chaque année des thématiques précises qui seront débattues au sein de panels citoyens indépendants, eux aussi représentatifs de la population en Communauté germanophone. Entre 25 et 50 citoyens âgés de 16 ans et plus composeront ces panels indépendants et se réuniront entre une et trois fois par an (les citoyens sélectionnés recevront une compensation financière qui devrait tourner autour de 37,50 euros par demi-journée de travail). Ces derniers seront chargés de formuler les recommandations qui seront transmises au Parlement et au gouvernement qui se sont engagés à en tenir compte.

La pierre angulaire de ce nouveau système démocratique sera la Bürgerversammlungen, l’assemblée citoyenne qui se saisira des thèmes fixés par le conseil citoyen pour en débattre durant une courte durée et émettre des recommandations à destination du parlement. De son côté, le parlement s’engage, si un thème recueille une certaine quantité de votes, à se saisir du sujet et à fournir une justification motivée s’il ne suit pas les recommandations citoyennes. Tout un programme !

Renforcer la participation citoyenne

Pour parvenir à ce modèle de participation citoyenne, la Communauté germanophone a notamment travaillé avec la plate-forme d’innovation démocratique G1000. "Des villes telles que Gdansk (Pologne) et Madrid associent d’ores et déjà des citoyens tirés au sort à leurs politiques mais personne ne va aussi loin. Avec cette avancée, la Communauté germanophone devient un laboratoire pour le reste de l’Europe ", s’est réjoui l’intellectuel flamand David Van Reybrouck, co-initiateur du G1000, à l'agence Belga.

En instaurant ce dialogue citoyen permanent, la Communauté germanophone entend atteindre trois objectifs: renforcer la participation citoyenne, améliorer la compréhension du processus de décision et renforcer les institutions démocratiques à l’heure où la confiance dans les partis politiques est au plus mal... Sur papier, l'idée est très séduisante. De nombreux citoyens, à commencer par les jeunes – et pas seulement ceux qui marchent dans la rue pour le climat – se sentent incompris et délaissés par les responsables politiques... Le reste de la Wallonie (et du pays) serait donc bien inspiré d'aller dans le même sens que la "Belgique de l'Est". Région qui, pour une frange importante de la population, n'éveille (au mieux) qu'une vague forme de curiosité pour cet "hasard" de l'Histoire.

Belga

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