Le numéro 1 mondial du gaming annonce un chiffre d'affaires record, et licencie des centaines d'employés

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Panique dans les bureaux de l'éditeur Activision/Blizzard. Décryptage.

Dans le monde du jeu vidéo, il existe peu de noms qui rivalisent avec Activision/Blizzard. Le groupe est un éditeur et développeur de jeux, fusion de Activision et de Blizzard, tous deux des acteurs majeurs du secteur.

Si le nom ne vous dit rien, il faut regarder du côté des titres. Activision possède des emblèmes comme Call of Duty, Guitar Hero ou Crash Bandicoot, et Blizzard détient World of Warcraft, Diablo ou Overwatch. Il faut encore ajouter à ça l'influent King, qui a rejoint le navire en 2015 avec son rouleau-compresseur Candy Crush Saga. Même si vous n'êtes pas un gamer accompli, certains de ces jeux sonnent sûrement familier. Et pour cause, l'éditeur est numéro un dans le monde, devant Electronic Arts (FIFA, Battlefield).

Ce mardi, Activision/Blizzard a annoncé des chiffres records : 1,8 milliard de bénéfices net. Des résultats excellents, mais en dessous des objectifs. Du coup, l'éditeur va licencier. Beaucoup. Robert Kotick, PDG de l'entreprise, a annoncé qu'environ 800 personnes vont perdre leur travail. Ça représente 8% des effectifs totaux. Cette nouvelle ne concerne pas les studios de développement, mais les départements administratifs, marketing ou responsable de l'e-sport. Du côté des studios de développement, leurs effectifs augmenteraient de 20% pour renforcer les grosses licences.

Frileux pour 2019

Activision/Blizzard a peur, 2019 risque d'être largement en deçà de 2018 en termes de chiffres. Les prévisions ne parlent pas d'une baisse, mais d'un déclin important. Le chiffre d'affaire passerait de 7,5 milliards en 2018 à 6 milliards en 2019. La compétition avec les jeux mobiles et d'autres grosses licences comme Fortnite en serait la cause. Même leur licence-phare Call of Duty ne sauvera pas l'entreprise. Un nouvel épisode a -évidemment- été annoncé pour 2019 (c'est une franchise annuelle), mais ses prévisions de ventes sont moins importantes que le dernier de la licence, Black Ops IIII. Il faut dire que la barre est haute : en un seul weekend, ce dernier a généré un 500 millions de dollars.

Pire, l'éditeur a perdu Destiny cette année, le dernier jeu de Bungie, le studio de développement derrière Halo. La séparation a fait perdre à Activision/Blizzard cette nouvelle licence extrêmement lucrative. Il faut aussi prendre les revenus de l'éditeur avec des pincettes : en réalité, le nombre de joueurs est en baisse. Début 2018, on comptait 38 millions de joueurs actifs, alors que le groupe en comptait plus de 40 millions depuis six trimestres.

Robert Kotick belgaimage

Le secteur change

Prenons un peu le temps de comprendre aussi les changements qui ont lieu dans l'orientation de la compagnie. La conférence en dit beaucoup.

Aujourd'hui, un éditeur ne fait plus de l'argent en vendant des jeux. On capitalise le développement des titres sur le plus long terme, en suivant régulièrement avec des ajouts de contenu ou en soutenant la communauté. C'est le modèle des jeux services. L'argent provient surtout des achats supplémentaires au sein du jeu, les microtransactions. On en retrouve souvent, dans les free-to-play (jeux gratuits), ou dans les titres classiques vendus à plein tarif. Un exemple assez parlant est celui de Fortnite. Ce free-to-play permet de payer pour obtenir des augmentations purement cosmétiques ou visuelles, donc accessoires. Et pourtant, Fortnite aurait généré 3 milliards de dollars en 2018 selon Techcrunch. C'est le revenu annuel le plus élevé de l'histoire du jeu vidéo.

L'avantage d'un tel modèle économique, c'est qu'il ne nécessite pas un développement complet et coûteux d'un nouvel épisode. Dans le cas d'Activision/Blizzard, ces microtransactions ont généré 5 milliards de dollars, soit le double des revenus des ventes de jeux. Évidemment, du côté de ces derniers, ça voudra dire moins de risques, et plus de jeux à licence, comme Call of Duty, Candy Crush, Warcraft, Hearthstone, Diablo ou Overwatch.

Blizzard l'a annoncé, 2019 sera une année sans aucune sortie majeure de leur côté. Un comble pour un éditeur aussi important. Heureusement pour eux, des sorties moins risquées comme World of Warcraft : Classic et le remake de Warcraft III vont gonfler les caisses. Par contre, Heroes of the Storm, le MOBA (jeu multiplayer de bataille en arène) de Blizzard va aussi perdre de la vitesse. Le groupe a annoncé que le concurrent de League of Legends aura moins de mise à jour, et les compétitions d'e-sport vont être abandonnées. Comprenez par là que le jeu est destiné à mourir, mais d'ici quelques années.

Enfin, un détail qui n'est pas si anodin. Dennis Durkin, le nouveau directeur financier du groupe, vient d'empocher 15 millions de dollars en janvier au moment de signer pour son poste. Son salaire mensuel s'élève à 900.000 dollars. Le salaire annuel du PDG Robert Kotick tourne lui autour des 30 millions de dollars, soit 300x le salaire annuel moyen d'un employé d'Activision/Blizzard. Un sacré contraste.

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