Cinéma

Comédies françaises : qu’est-ce qu’on a fait pour  mériter ça ?

Dans la foulée du carton annoncé de Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ?, les films All Inclusive et Nicky Larson déboulent dans les salles. Regard critique sur des succès publics.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En première semaine de démarrage, Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ? (la suite de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, douze millions d’entrées en 2014, avec Christian Clavier, Chantal Lauby et Pascal Nzonzi) engrange déjà près de deux millions d’entrées. Soit un démarrage en trombe proche des Tuche 3 d’Olivier Baroux (5,7 millions d’entrées en France et 35.000 entrées en Belgique) ou de La ch’tite famille de Dany Boon (5,6 millions d’entrées au total), les deux grosses comédies de l’hiver 2018.

Malgré ces cartons publics, ces comédies sont très décriées par la critique - au point que les distributeurs ne montrent plus les films en projection de presse. Beauf, vulgaire, humour communautaire véhiculant les pires clichés (sur les Roms, les Noirs, les Arabes…), Philippe de Chauveron avait dû se défendre de racisme à l’époque de À bras ouverts (avec Christian Clavier accueillant contraint et forcé une famille rom en 2017), assumant pourtant être dans la caricature dans les colonnes du Parisien : “C’est avec les défauts des personnages qu’on fait rire. Moi, je fais des comédies corrosives et féroces, influencées par la comédie italienne. On nous accuse de vouloir faire monter le FN, mais on ne fait pas des films contre ou pour le FN. On fait juste une farce pour faire rire les gens. […] Si j’avais été raciste, ma femme m’aurait quitté”. Soit.

Réconcilier critique et grand public ?

Pourtant, Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ? déclenche à nouveau les mêmes critiques. “Suite paresseuse, humour macronien et reblochonnades à la pelle”, pour notre journaliste Thierry Van Wayenbergh qui est allé voir Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ? en salle. Le journaliste cinéphile serait-il incapable d’être bon public ? Pour tenter de réconcilier les extrêmes, l’académie des César du cinéma français a décidé l’année dernière de décerner un prix du public récompensant le film “ayant connu le plus grand succès en salle”, selon son président Alain Terzian, afin de “réparer” un déficit de reconnaissance du cinéma populaire (en France, la tradition étant plutôt de récompenser le cinéma d’auteur défendu par les cinéastes de la Nouvelle Vague depuis Truffaut ou Godard).

Nicky Larson Et Le Parfum de Cupidon © ProdNicky Larson et le Parfum de Cupidon © Prod

En 2018, ce prix récompensait donc Raid Dingue de Dany Boon, et devrait revenir aux Tuche 3 cette année. Boon avait réagi avec humour à l’initiative, recevant son prix en jogging, parce que “aux César, les comiques restent normalement tout le temps assis”. À noter aussi que cette année, le film le plus nommé aux César - Le grand bain de Gilles Lellouche, dix nominations dont celle du meilleur film - est une comédie ayant réussi à cumuler succès public (plus de quatre millions d’entrées) et critique dans l’esprit du Sens de la fête de Toledano et Nakache, les auteurs d’Intouchables.

All Inclusive : un écran de fumée, une enfilade de mauvais sketches et des blagues de prout.

Alors, réconcilier critique et grand public, oui, mais pas à n’importe quel prix. Notre critique Anthony Mirelli n’a pas apprécié le Nicky Larson version Philippe Lacheau (critique à retrouver dans le numéro de cette semaine). Et pour Cathy Immelen, journaliste cinéma de la RTBF qui a pu voir All Inclusive en avant-première (et en public donc), la limite est claire. On y suit les aventures de Jean-Paul Cisse alias Franck Dubosc (complice du réalisateur Fabien Onteniente depuis la série des Camping), célibataire endurci en vacances dans un club aux Caraïbes, croisant un type qui vient de se faire larguer (Demaison) et des figures du Splendid en maillot (Lhermitte et Balasko).

Loin de toute “posture” de fine bouche, la journaliste note : “A priori je peux être bon public pour des comédies populaires françaises, j’avoue que Les Tuche ou Pattaya (de Franck Gastambide - NDLR) me font rire, même quand c’est beauf, à condition que ça soit bien fait. Mais là, All Inclusive touche le fond. À côté, Les bronzés 3, c’est du Tarkovski. C’est vraiment une arnaque au public. Je peux être cliente de Dubosc, mais pas quand son personnage n’est qu’une marionnette en roue libre face à Demaison qui le tire vers le bas. Les personnages de Balasko et Lhermitte n’existent pas, ils n’ont ni passé ni intentions. C’est vraiment un écran de fumée, une enfilade de mauvais sketches et de blagues de prout. Payer 10 euros pour ça, non. Même dans la salle, ça rigolait à peine”. Alors comment expliquer que ça marche ? “Il y a un matraquage publicitaire, sans esprit critique derrière. Ruquier passe la bande-annonce et dit aux gens d’y aller parce qu’on a besoin d’aller se détendre et c’est ça qui reste en tête, les gens y vont”, poursuit Immelen.

Alors pas question de tomber dans le panneau. Les comédies de qualité existent - la preuve avec la sortie de Deux fils avec Benoît Poelvoorde la semaine prochaine, on y court !

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