Hip-hop

21 Savage, le rappeur qui se faisait passer pour un américain est anglais

Étoile montante du hip hop US, 21 Savage s'est fait arrêter par la police de l'immigration américaine. Le rappeur qui déclare avoir grandi à Atlanta possède en réalité un visa britannique... expiré il y a près de 13 ans ! L'imposteur risque l'expulsion. À moins que ?

"Avec 21 Savage, nous tenons bien plus qu’un témoin privilégié, un commentateur brillant du déterminisme social et racial aux USA, dans toute sa tragique complexité. En témoigne le succès immense de I Am > I Was aux États-Unis depuis sa sortie le 21 décembre, en passe de faire muter ce pur produit des quartiers défavorisés du Sud en pop star d’un nouveau genre.Libération a, comme souvent, l'art de la formule pour critiquer le dernier album de 21 Savage paru en janvier dernier. Sauf que le "rescapé des quartiers d'Altanta" n'est pas un pur produit des quartiers défavorisés de la capitale informelle du hip-hop US. Le rappeur de 26 ans, n'a pas grandi à Atlanta comme il le prétend. Il n'est même pas américain, et fait en ce moment-même l'objet d'une procédure d'expulsion !

21 Savage a été appréhendé dimanche à Atlanta (sud) par la police de l'immigration américaine. La raison ? Sha Yaa Bin Abraham Joseph (de son vrai nom) est en réalité Britannique et en situation irrégulière aux USA depuis près de 13 ans ! Selon Bryan Spox, porte-parole de la police de l'immigration (ICE), le rappeur est arrivé légalement aux États-Unis en juillet 2005 avec sa famille, quand il était encore mineur, mais est resté au-delà de la date d'expiration de son visa, en juillet 2006. Le rappeur avait été condamné en 2014 pour un délit lié à des stupéfiants, un fait aggravant pour les autorités migratoires américaines...

Charles Kuck, avocat du rappeur, a assuré lundi que son client "n'avait jamais caché son statut migratoire aux autorités". Publiquement, en revanche, il affirmait à qui voulait l'entendre qu'il était bien un kid de la capitale de Géorgie. "J'ai grandi à Atlanta, tout le monde me connaît", disait-il dans une interview en 2016 à la chaîne YouTube VladTV, avec son accent typique du sud des États-Unis. "Si vous ne me connaissez pas, c'est que vous n'êtes pas de cette ville."

Solidarité et moqueries

L'avocat du rappeur a souligné que le rappeur ne risquait pas de fuir, qu'il avait des enfants citoyens américains, et que "ses contributions aux quartiers et aux écoles où il a grandi sont l'exemple même du type d'immigrés que nous voulons aux États-Unis". Plusieurs artistes et personnalités de la musique ont aussi exprimé leur solidarité à son égard, notamment Offset, du trio Migos, et Vince Staples, ou l'ingénieur du son Alex Tumay. Ce dernier a réagit sur Twitter avec le #AbolishICE ("Abolissez ICE"), slogan cher à de nombreux détracteurs de la politique anti-immigration de Donald Trump : "ICE arrête des célébrités pour faire oublier qu'ils n'arrivent pas à réunir les enfants séparés de leurs parents", a-t-il affirmé, en référence aux centaines d'enfants séparés de leurs parents à la frontière mexicaine ces derniers mois.

Le compte officiel du mouvement Black Lives Matter a également partagé une photo pour demander la remise en liberté du rappeur. Sur YouTube, en revanche, les commentaires postés sous le dernier clip vidéo posté sur la chaîne de l'artiste le 1er février, ont une tonalité "légèrement" plus sarcastique... La chanson, composée en featuring avec le rappeur J Cole, s'intitule "A lot" ("Beaucoup"). Un titre avec lequel les internautes s'en donnent à cœur joie. Exemples : “How much money you got? A Lot... but are talking pounds or shillings?" ("Combien d'argent as-tu touché ? Beaucoup... Mais on parle de Livres ou de shillings ?") ou "How many days you overstayed your visa ? A Lot"("De combien de jours as-tu dépassé ton visa ? Beaucoup").

D'autres optent pour un ton cynique typiquement... britannique : "My favourite English rapper !" ("Mon rappeur anglais préféré !"), "So that's King Arthur's sword tatted on his forehead?" ("C'est donc l'épée du Roi Arthur qui est tatouée sur son front ?"). S'il est encore trop tôt pour connaître le dénouement judiciaire de l'affaire, l'histoire offre une visibilité inattendue à un artiste qui s'en serait bien passé et qui (malgré lui) rentre dans la légende du rap US.

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