L’Alliance contre le plastique : une union entre les plus grands pollueurs de la planète

© Unsplash / Dustan Woodhouse
© Unsplash / Dustan Woodhouse
Teaser

Plusieurs multinationales se rassemblent sous l’appellation "Alliance to end plastic waste". Sauf qu’elles comptent aussi parmi les plus gros investisseurs mondiaux dans de nouvelles usines de production… de plastique.

Total, ExxonMobil, Suez, Shell, Procter&Gamble, Veolia, Mitsui Chemicals… 28 entreprises ont annoncé la semaine dernière s’unir pour lutter ensemble contre la pollution plastique."Il s'agit d'un défi mondial complexe et sérieux qui exige une action rapide et un leadership fort. Cette nouvelle alliance est l'effort le plus complet à ce jour pour mettre fin aux déchets plastiques dans l'environnement", a annoncé en grande pompe David Taylor, le président de cette alliance "inédite".

L’AEPW promet de mobiliser 879 millions d’euros sur cinq ans pour éliminer les déchets plastiques de notre Terre. Si le montant n’est pas négligeable, il s’agit presque d’un "détail" dans le portefeuille de ces entreprises aux milliards de bénéfices. À titre d’exemple, le bénéfice de l’entreprise pétrolière et gazière Total pour l’année 2017 s’élevait à 8,63 milliards de dollars. La même année, celui de Procter & Gamble (la société détenant Pantene, Head & Shoulders, Ariel, Tampax, Pampers…) était de 15,3 milliards de dollars. 879 millions d’euros pour 28 entreprises, le tout sur cinq ans, représente environ 6,2 millions d’euros par multinationale par année.

Encore plus de plastique

"C’est intéressant de voir que l'industrie du plastique reconnaît enfin qu'il y a un problème avec ses plastiques, a déclaré Rob Buurman, directeur de l'ONG Recycling Netwerk. Mais malheureusement, cette initiative ne s'attaque pas au problème à sa source : la gigantesque production de 400 millions de tonnes de plastique par an, dont 60 millions de tonnes produites en Europe seulement", regrette-t-il.

L’association rappelle que la majorité de ces entreprises "sont susceptibles d'être au cœur d'un boom mondial de la production plastique au cours des dix prochaines années". Dans l’est des États-Unis, Shell construit en effet une usine destinée à produire chaque année 1,6 million de tonnes de polyéthylène (une matière dérivée du pétrole servant de base à la création des sacs). Au Texas, ExxonMobil s’est lancé dans la construction d’une nouvelle ligne de production du même polymère. Une fois terminée, elle sera l’une des plus grandes unités de production au monde (2,5 millions de tonnes par an).

Selon l’un des porte-paroles de l'alliance, ces agrandissements "répondent à la demande d'une population croissante". Il assure également que "le plastique offre de nombreux avantages essentiels en matière de santé, de sécurité et de durabilité qui contribuent à améliorer et à maintenir le niveau de vie, l'hygiène et la nutrition dans le monde entier". Son remplacement pourrait "faire plus de mal que de bien".

Le programme

Dans les prochains mois, le groupe promet de réaliser des investissements supplémentaires et d’accélérer les progrès dans quatre domaines clés : la collecte, la gestion et le recyclage des déchets ; le développement de nouvelles technologies facilitant le recyclage et la récupération; l’éducation et l’engagement des gouvernements et entreprises ; et le nettoyage de zones à forte concentration en déchets plastiques.

Si l’Alliance s’était contentée de nettoyer les rues, rivières et plages, son action n’aurait pas été suffisante. Car, comme l’explique Rob Buurman, "tant qu’un flux constant de nouveaux plastiques est produit, cela ne fonctionne pas. Ce genre d'actions ne servirait qu'à guérir l'image du plastique. Or, les plastiques n'ont pas de problème d'image - leur utilisation exagérée dans des produits à courte durée de vie est un problème en soi".  Reste à voir comment se concrétiseront les intentions de l'AEPW.

Environ 8 tonnes de plastique sont jetées dans les mers chaque année. Ces déchets (principalement des objets à usage unique) peuvent étouffer les poissons et autres créatures marines et détruire leurs habitats. Si la tendance se poursuit, on estime qu’il y aura plus de plastique que de poissons dans l'océan d'ici 2050.

Plus de Actu

Notre Selection