Reportage

"Être puni? On s'en fout!": 12.500 étudiants sèchent les cours pour le climat

Ils étaient 12.500 à sécher les cours pour manifester contre le réchauffement climatique. Quatre fois plus que la semaine dernière. Et la Youth for climate n’est pas prête de s’arrêter.

Il pleut toujours quand les citoyens décident de descendre dans les rues de la capitale pour le climat. Comme si la météo voulait s’assurer qu’ils sont suffisamment motivés et que rien ne les arrêtera. Le 2 décembre, 75.000 personnes s’étaient réunies pour clamer leurs craintes et leur volonté de changement. Ce jeudi, ils étaient largement moins, mais l’initiative était toute autre. Depuis la semaine dernière, des écoliers ont décidé de ne plus se rendre en cours le jeudi pour réclamer une politique climatique plus efficace et plus ambitieuse.

©Audrey Vanbrabant

L’idée vient d’une vidéo de deux étudiantes flamandes, Anuna De Wever et Kyra Gantois, diffusée sur les réseaux sociaux. Elles appellent à suivre l’exemple de la jeune suédoise Greta Thunberg qui ne se rend plus en cours depuis la rentrée pour faire le pied de grue devant le parlement de son pays (et ceux des autres) et secouer les gouvernements. Invitée à prendre la parole lors de la COP24, son discours empreint de courage et de franc-parler avait secoué l’assemblée et fait le tour des médias.

Des jeunes, mais pas que

Si le premier rassemblement à Bruxelles avait timidement rassemblé 3.000 élèves, le second a dépassé les espérances des organisatrices. Devant la gare Centrale, des milliers de jeunes issus de toute la Belgique se sont pressés pour participer à l’évènement. Parmi eux, une majorité de néerlandophones, davantage informés du rassemblement que la plupart des élèves francophones. "On n’est pas venus la semaine passée parce qu’on ne savait même pas que ça avait lieu. Maintenant l’info est arrivée sur nos fils Facebook et on en parle entre nous", confie cette élève bruxelloise qui n’hésitera pas à revenir autant de fois qu’il le faut.

Éparpillés dans la foule, quelques professeurs qui accompagnent leurs classes, mais aussi des moins jeunes venus soutenir l’initiative et applaudir ceux qui ont décidé de prendre les choses en main. "C’est fantastique d’assister à ça", s’enthousiasme l’une des membres de Ik ben KlimaatOpa, un groupe de retraités unis pour l’écologie.

©Audrey Vanbrabant

Être puni ? On s’en fout !

Si une majeure partie du corps professoral est fière de voir ses élèves s’investir pour une noble cause, d’autres ont tenté de les dissuader. "Notre école a menacé de nous sanctionner, mais on s’en fout. C’est important alors on vient quand même", lâche Salomé. "On nous apprend à diminuer le chauffage et éteindre la lumière quand on sort d’une pièce, mais on ne nous inculque pas de vraies solutions", poursuit-elle. Animés par la volonté de délaisser les discours pour passer à l’action, ces jeunes estiment que c’est de leur futur qu’il s’agit et qu’ils sont dans l’obligation de faire quelque chose. "Si le gouvernement voit que même les enfants arrêtent d’aller à l’école alors que c’est obligatoire, il se bougera peut-être les fesses", conclut une autre écolière.

©Audrey Vanbrabant

À la KAE Etterbeek, 300 élèves sur 960 ont participé à la première manifestation. "En tant que direction, c’est compliqué comme situation. Évidemment qu’on soutient les actions pour le climat, mais on ne peut pas être d’accord avec le fait de sécher les cours", explique Sophie Allein, sous-directrice. Aucune sanction n’avait été prise la première fois, mais pour éviter que ça devienne systématique, les élèves absents ce jeudi seront punis. "Mais nous adapterons les punitions à l’écologie. Ils devront rester le mercredi après-midi mais on organisera un débat autour du climat et le visionnage d’un film en lien avec la problématique".

Le mouvement Youth for climate entend bien continuer à organiser des manifestations dans les rues bruxelloises tous les jeudis. Du moins, jusqu’à ce que les choses bougent. Pour ce deuxième rendez-vous, ils étaient plus de 12.000 à braver le froid, la pluie et l’obligation scolaire. Combien seront-ils la semaine prochaine ? "Pour une fois, on enfreint les règles pour une bonne raison !", s’exclame l’un d’entre eux, sourire aux lèvres, le regard brillant de fierté.

Recevez le meilleur de l'actu selon