Télévisions en pente douce

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Pendant les vacances, tout le monde lève le pied. Enfin, tout le monde, sauf la télévision! Dans leur tour, RTBF et RTL s’activent. Au ralenti.

A la RTL House, vacances ou pas, la réunion de rédaction c'est à 9 h pile. Le soleil perce à travers les rideaux. Journalistes et chef d’édition sont réunis autour de la table où aucune chaise ne reste libre. Les caméramans s’installent juste à côté, couque au chocolat à la main. Philippe Malherbe, chef d’édition, et Grégory Willocq, rédacteur en chef, saluent les bureaux régionaux via la visioconférence. Hormis les chemises dont les manches sont courtes ou retroussées, rien, dans cette salle de réunion, ne sent les vacances. Sauf quand commence à s'égrener le menu info du jour. C'est le plongeon immédiat dans l'actu estivale et ses marronniers.

L’ouverture du journal se fera par "les départs en vacances" du début août. Viennent ensuite des sujets plus intemporels: plan Wathelet, effondrement de chaussée à Laeken, et guerre 14-18. Une journaliste ose un sujet "un peu plus rabat-joie sur les inégalités dans les écoles", aussitôt recalé par Philippe Malherbe, sourire en coin: "Soyons positifs, c’est les vacances". Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, en juillet et août, Caroline Fontenoy n’a aucun mal à remplir son journal. De plus, plusieurs dossiers ont été préparés à l’avance: "La guerre 14-18", "Passer ses vacances en Belgique", etc. En quelques minutes la réunion est pliée, chacun retourne à son bureau et décroche son téléphone.

Toujours à fond

Pendant les vacances, les effectifs de RTL restent les mêmes, les pigistes travaillent juste plus de jours que pendant le reste de l’année. C’est le cas de Martin, pour qui l’été signifie seulement que, parfois, il doit monter un sujet à la terrasse d’un café… plutôt qu’à l’intérieur. Dans l’open space, personne ne papillonne. Que ce soit du côté de la radio, du web ou de la télévision, chacun s’affaire, à peine le temps pour un café ou plutôt pour un rafraîchissement, plus en accord avec la température ambiante qui grimpe. A son poste, le journaliste Christophe Giltay parachève son texte sur un sujet 14-18. Pas vraiment en rapport avec le soleil ou la plage. "En été, la seule différence c’est la température, s’amuse-t-il, nous sommes en perpétuel conflit sur le réglage de la climatisation!" En fouillant ses souvenirs, il convient finalement qu'il y a 25 ans, c’était plus "cool" à tous les étages: "On pouvait prendre le temps de déjeuner, maintenant le monde s’est accéléré, il n’y a plus de différence entre été et hiver, il faut être à fond tout le temps. Je dirais même qu’il y a plus d’actualité en été. Il y a les sujets habituels, ceux que l’on retrouve en hiver, mais il faut y ajouter de plus en plus de catastrophes naturelles, d’accidents routiers et de guerres. Les gens se font la guerre en été!" Une vision partagée par Caroline Fontenoy qui, dans sa bulle de verre, écrit la conduite de son journal: "Malheureusement, l’actualité ne donne plus le loisir d’être cool, il faut être tout le temps sur la brèche". Plus le temps d’être relax non plus. Un sentiment partagé par les techniciens,  à quelques pas de là, dans les studios.

Le rush avant la rentrée

Si juillet est le mois où la production télévisuelle ralentit, c’est pour redémarrer à fond en août. Mais à l'abri des regards d'éventuels visiteurs. Il faut recommencer à tourner, produire, monter les émissions diffusées à la rentrée. Fini les rediffusions des magazines de l’année ou les best of 2014 aux décors de sable et de parasols. Septembre se prépare aussi, mais avec discrétion, dans les bureaux de la direction, que ce soit à la RTL House, où à un jet de pierre de là, à la RTBF.

En ce début août, Emmanuel Tourpe, directeur de la programmation pour le service public n’a pas encore enfilé de bermuda: "Nous travaillons toujours avec trois semaines d’avance pour faire les grilles de programmes, donc là, c’est le rush, même si nous préparons la rentrée depuis février. Il faut toujours rester sur le qui-vive, surveiller ce que fait la concurrence et s'assurer que les projets que nous avions deviennent bien réalité". Cinq étages plus bas, l’ambiance est bien plus détendue. Nous sommes absolument seuls dans le patio aux couleurs vives des studios radio de la RTBF, et dans nos oreilles il n’y a que le ronronnement de l’air conditionné.

Des dizaines d’énormes plantes donnent une impression de jungle. Pas un chat à l’horizon, mais bien une fillette, qui vient, timidement, silencieusement, chercher un verre d’eau à la fontaine avant de repartir en direction du studio de Vivacité. La RTBF prêterait-elle l'été ses locaux à une garderie? Non. En fait, l’agitation n’est pas dans le patio, lieu de passage, mais à une porte de là, dans la salle de rédaction télé. "Qui veut un café?" Ici, les gens se lèvent, vont d’un bureau à l’autre, sortent par une porte, rentrent par une autre. La réunion de rédaction vient de se terminer. En été, "il n’y a pas la quantité, mas il y a la qualité" affirme Christian Dauriac, directeur de la rédaction. Pendant les congés, il y a 15 % en moins des effectifs des journalistes à Reyers, ceux qui sont présents passent d’un secteur à un autre, des sujets de société à ceux de l’international. Pour eux, pas le temps de chômer, il faut s’y mettre. Pas de temps mort non plus pour Anne-Françoise Moens, la chef d’édition. En temps normal, il y a un chef d’édition pour le 13 h et un autre pour le 19h30, mais vacances obligent, elle assure seule les deux rendez-vous. Tout autour d’elle, le temps est à la détente et aux papotages.

Tropique-nique sous la tour

La matinée dans la salle de rédaction suit son cours. Les gens vont de pôle en pôle, gobelet à la main. Véronique Barbier passe avec plusieurs tenues au bras, essentiellement des robes et des hauts fleuris en accord avec la saison. Une canette fait pschitt, un téléphone sonne, des éclats de rire transpercent le brouhaha ambiant. Sur quasiment chaque bureau, un écran est dédié au travail et l’autre consacré à Facebook. Les photos de vacances à la mer défilent. Véronique gère le planning des réservations de matériel. Dans sa robe bleue à petites fleurs, elle tente de régler un bref problème d’imprimante: "L’été, c’est plus sympa, cela ressemble au week-end. Il fait jour quand on arrive, on trouve de la place plus facilement dans le parking, tout le monde est plus détendu… On sort même pour déjeuner".

A la RTBF, le grand bouleversement estival, c’est la fermeture de la cafétéria durant les grandes vacances. Les journalistes et les membres du personnel ont donc pris l’habitude de pique-niquer pieds nus dans l’herbe à l'ombre de la tour Reyers. Dernièrement, la chaleur était tellement insoutenable que RTBF et VRT ont même fait appel à un glacier pour venir les rafraîchir! Rien que ça. L’été est bel et bien la saison où l’on se fait plaisir au Boulevard Reyers. Le temps passe, l’heure du JT approche. Direction la "galerie de circulation", le couloir de démarcation entre rédactions néerlandophone et francophone. Au loin, on aperçoit un groupe de jeunes et un panneau "Auditions The Voice". L’automne est déjà presque là, au bout du couloir.

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