Mais on fait quoi avec tous ces régimes ?

© Charles Deluvio / Unsplash
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Les diètes qui prônent l’abolition totale des graisses ou des sucres relèvent au mieux du gadget commercial, au pire de l’incitation à la dénutrition.

Le sucre, c’est le mal absolu. C’est du moins ce qu’une myriade de livres, d’articles de presse et d’offres de coaching répètent inlassablement. Tapez “régime sans sucre” sur Google. Vous obtiendrez pas moins de 28.000 résultats. Mais en face, du côté des tenants du régime sans graisses, on ne s’en laisse pas compter. “Le régime sans graisses est plus efficace que le régime sans glucides”, assure Body Science, lequel se présente comme une référence en recherche scientifique sur le corps. Un site, qui mène, comme tant d’autres, une croisade contre les lipides sur la Toile. Le célèbre moteur de recherche de la Silicon Valley recense pas moins de 19.000 références à ce second régime. Entre les deux types de diète, la confrontation était inévitable.

Le premier régime appelle à faire la part belle aux fromages, huiles, fruits secs, viandes et poissons gras. Ses partisans tirent en revanche à boulets rouges sur les hydrates de carbone. Le pain, les pâtes, les pommes de terre et de manière générale le sucre passent donc à la trappe. Son concurrent prône tout simplement le contraire. À chaque camp ses spécialistes, ses études dites scientifiques, ses success stories. On souhaite bonne chance au grand public pour y voir clair.

La loi de la parole de l’un contre celle de l’autre règne sur la Toile. Et les médias traditionnels n’hésitent généralement pas à rajouter une couche à la confusion ambiante. Surtout en ces lendemains de fêtes de fin d’année. L'une des principales chaînes de télévision francophones n’avait pas hésité à promouvoir en janvier dernier le régime sans sucre. Un journaliste s’était astreint trois mois à un jeûne digne de la Sparte antique. La perte de plusieurs kilos et la baisse de son mauvais cholestérol laissaient peu de doute au téléspectateur quant à la piste à suivre.

La question de la pertinence dudit exercice journalistique demeure pourtant. Qu’en est-il de l’éventuelle reprise de kilos dès le mois suivant ? Voire des possibles effets pervers sur le long terme ? En novembre dernier, dans la revue Science, plusieurs chercheurs dont David Ludwig et Walter Willett, de l’université de Harvard ont lancé l’alerte sur le danger de cette guerre des régimes.

Tout ou rien

La qualité des graisses et des sucres importe en effet davantage que l’abolition d’une catégorie entière d’aliments. “Sur la question de la meilleure proportion entre graisses et hydrates de carbone, il y a une discussion qui fait rage depuis des décennies et apporte plus de confusion que de compréhension”, observe ainsi David Ludwig. “Il s’agit de remplacer plus souvent des graisses saturées comme des produits laitiers et de la viande par des graisses non saturées comme des noix, des huiles végétales, et remplacer des hydrates de carbone raffinés comme le sucre blanc par des hydrates de carbone comme des céréales complètes”, préconise Walter Willett. Bref, il faut en finir avec la diabolisation des graisses comme des sucres.

L’équipe de chercheurs veut aussi en finir avec le mythe du régime idéal. Une même diète ne produit pas forcément des effets identiques. Chaque personne est en effet différente sur le plan biologique. Des observations que partagent trois diététiciennes de l’hôpital Erasme que Moustique a consultées. “C’est un peu la mode du tout ou du rien, d’un extrême à un autre. On a diabolisé les graisses dans les années 80. Et maintenant, on a plus l’impression que c’est le sucre qui est devenu l’ennemi”, observe Amandine Szalai, spécialisée en obésité et gastro-entérologie. “On parle plutôt actuellement de régimes sans sucre. On diabolise le sucre”, confirme Laurence Lefèbvre, spécialisée en oncologie et allergologie. “En réalité, il y a des qualités nutritionnelles intéressantes dans certaines graisses”, expliquent les deux diététiciennes. Il s’agit donc de savoir faire le tri

La première règle pour éviter les lipides et glucides nocifs pour notre corps est simple. En tout cas sur le papier. Il s’agit d’éviter au maximum les produits industriels préparés. “Il faut vraiment éviter le plus possible les sucres raffinés, les graisses saturées et les acides gras trans. En résumé, les pizzas, chips, biscuits et tout autre produit ultra- transformé”, indique Arlette Guldentops, spécialiste des maladies cardiovasculaires.

Au moment de remplir son frigo, le choix des aliments dépend aussi de ses objectifs. La prévention des cancers peut en faire partie. “Vous avez des règles pour essayer de limiter le risque de développer un cancer. Elles sont assez simples”, explique Laurence Lefebvre. Pour bien démarrer l’année 2019, l’équipe diététique d’Érasme en cible dix. Vient d’abord ce qu’il faut éviter : les produits industriels ultratransformés Sans passer à la carotte unique, il faut éviter les pizzas, les chips, les biscuits... et l’alcool. ”Chaque verre est de trop en soi”, glisse Laurence Lefebvre.

Puis ce qu’il faut limiter : la viande et la charcuterie. “Il ne faut pas arrêter complètement d’en consommer, mais en réduire la fréquence”. Quant à la règle des cinq fruits ou légumes par jour, elle reste d’actualité. L’huile d’olive, le poisson et la poignée de noix quotidienne font également partie des musts. “S’il y a un type de régime qui fait l’unani- mité, c’est le régime méditerranéen : manger des fruits, des légumes, peu de viande, du poisson, de bonnes graisses comme l’huile d’olive,...”, explique Amandine Szalai. Les produits laitiers, beaucoup d’eau et de l’exercice complètent le top 10. “On recommande 10.000 pas par jour”, insiste Arlette Guldentops.

Les recettes miracles ou les étonnantes propositions de régimes attirent l’attention. Elles titillent la curiosité, voire incitent à ouvrir le porte-monnaie. La vérité est souvent plus nuancée. Et donc moins sexy. Il s’agit de manger équilibré et dans des proportions raisonnables. Reste à conclure par une bonne nouvelle : le lecteur ne doit pas culpabiliser en repensant à ses repas de fêtes de fin d’année. “C’est ce qu’on mange entre le 31 décembre et le 24 décembre qui nous fait grossir, pas ce qu’on mange entre le 24 et le 31”, sourit Sylvie Farine, la cheffe du service diététique.

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