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"Article 13": l’UE va-t-elle tuer la création artistique sur le web?

Les États membres de l'UE ont approuvé ce lundi leur réforme controversée du droit d'auteur. L'Article 13 (c'est son nom) avait fait l'objet d'un lobby sans précédent de la part de ses partisans et détracteurs... Explications.

Les Etats membres de l'UE ont approuvé ce lundi l'Article 13 (réforme européenne controversée du droit d'auteur), texte très attendu par les médias et les artistes mais combattu par les plateformes américaines et les partisans de la liberté du net. Déjà approuvée par le Parlement européen en septembre dernier, cette législation a été soutenue par 19 des 28 Etats membres. Six pays ont voté contre et trois autres se sont abstenus. Ce feu vert donné par le Conseil constituait la dernière étape avant l'entrée en vigueur du texte, prévue dans les deux ans.

Faut-il dire "bye bye" à SqueezieCyprien, Le joueur du Grenier, Jimmy Labeeu, PewDiePie et tous les autres? Dans sa version actuelle, l’Article 13 pourrait avoir des effets pervers considérables susceptibles de bouleverser la face du web telle que nous la connaissons aujourd’hui... C'est en tout cas l'argumentaire de ses détracteurs, les partisans d'un "internet libre". Selon eux, Le texte menacerait des centaines de milliers de créateurs, artistes et travailleurs dépendants de l’économie créative numérique.

Pourquoi ? Pour des raisons de copyrights, YouTube pourrait être forcé de bloquer des millions de vidéos existantes au sein de l’Union Européenne, ce qui limitera de manière drastique le contenu mis en ligne sur la plateforme en Europe. Cela inclut des vidéos éducatives, de la musique, des covers et mash’up musicaux de fans, des parodies,… Bref, tout ce qui fait le succès de la plateforme de partage vidéos la plus populaire du monde.

Les partisans de la réforme insistaient eux pour que les "géants américains devenus des ogres", tels Google et Facebook, qui profitent des retombées publicitaires générées par les oeuvres qu'ils hébergent, rétribuent plus justement les musiciens, cinéastes, photographes, éditeurs, journalistes. Le texte approuvé entend adapter à l'ère du numérique la législation européenne du droit d'auteur, datant de 2001, une époque où YouTube (détenu par Google) n'existait pas...

En théorie, avec l’adoption de l’article, YouTube bloquera donc toutes les vidéos existantes d’une chaîne contenant des extraits protégés et empêchera d’uploader de nouvelles vidéos sur le territoire de l’Union européenne. De même, les vidéos des youtubeurs américains, par exemple, deviendront invisibles aux utilisateurs européens si elles contiennent des éléments protégés.

#SaveYourInternet

Beaucoup d’individualités, de sociétés et associations ont essayé d'empêcher le vote de l'Article 13. C'était le cas de Tim Berners-Lee (ni plus ni moins que l’inventeur du world-wide web), le European Digital Rights Group (groupe de défense international des droits du web basé à Bruxelles) ou encore l’Internet Archive, organisme à but non lucratif consacré à l’archivage du Web et situé à San Francisco.

Forcément, de nombreux youtubeurs s'y sont joints également, en uploadant des vidéos pour informer leur communauté et en invitants leurs fans à protester rapidement contre la proposition de loi. Un #SaveYourInternet (propulsé par YouTube) a régulièrement figuré dans les sujets les plus trendy sur Twitter ces derniers mois. En vain.

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