Décryptage

Le double jeu infernal de la N-VA

Gouverner avec la N-VA, c’est une opération de haute voltige. Gouverner avec la N-VA entre deux élections, c’est du patinage artistique. On vous décrypte une “nouvelle” N-VA, plus que jamais paradoxale et stratège.

1. La crisette fédérale, le fil d’une législature

Depuis le début de la législature, Charles Michel (MR, Premier ministre) ne tient qu’à un fil que Théo Francken (N-VA, secrétaire d’État) ne manque pas d’agiter avec force de convulsions populistes. Toutes ces agitations se sont terminées jusqu’ici en savonnette, excuses et autres pirouettes. Avec le pacte de l’ONU sur la migration, le même scénario se rejoue, avec un supplément de dangerosité. Cette fois, Charles Michel a annoncé qu’il adopterait ce pacte contre le veto de la N-VA. Sursaut du MR qui veut se refaire une dignité ? Tête brûlée de la N-VA qui verrait d’un bon œil le gouvernement tomber ? Bart De Wever a formulé sa réponse en deux temps. Il a réitéré son niet tout en clamant qu’il ne voulait pas mettre le gouvernement en difficultés. Bart De Wever a tapé sur la table son habituel joker paradoxal. “ Faire tomber le gouvernement là-dessus, ce serait bizarre ”, estime le politologue de la VUB, Dave Sinardet. Par ailleurs, “  la N-VA a sorti son épouvantail habituel. C’est sa ligne ces dernières années que d’être critique sur l’immigration ”.

2. Le repositionnement, sauve qui peut d’urgence électorale.

Chaque parti a encaissé les résultats des élections communales et a six mois pour se repositionner auprès de son électorat. Le MR a un problème : il a un résultat mitigé. La N-VA a un autre problème : la remontée du Vlaams Belang. Voilà deux images de marque à soigner et les stratégies pour y parvenir n’ont probablement rien en commun. “ Il y a un questionnement à faire au sein de la N-VA parce qu’ils ont été de plus en plus à droite sous cette législature avec des déclarations populistes de Franken, décode Dave Sinardet. La question se pose aujourd’hui pour la N-VA de continuer dans cette ligne, de se profiler comme un Vlaams Belang light. La N-VA doit se demander sur quoi elle va se profiler aux prochaines élections : le socio-économique n’est si extraordinaire parce que le CD&V a beaucoup freiné et il n’y a pas de palmarès communautaire ”

3. Anvers comme laboratoire.

Bart De Wever, qui en la matière a du flair, a senti dès le soir du 14 octobre qu’il allait devoir jouer une nouvelle partition. L’imperator avait clamé en 2012 qu’il avait les clés de la ville (d’Anvers) et qu’il bottait dehors son ennemi juré socialiste, en place depuis 70 ans. En 2018, il a fait profil bas. Il a expliqué sur un ton mesuré, au pied de son estrade, et même en français, qu’il n’allait exclure personne même si tout n’était pas possible, en particulier avec les extrémistes (regardez le Vlaams Belang) et si ses préférences idéologiques restaient les mêmes. Il a clamé qu’Anvers avait besoin de responsabilités et de réconciliation. Pesez les deux derniers mots : responsabilités d’être au pouvoir et réconciliation de la guerre anti socialiste. Est-ce un séisme ? Pas tant que ça, vu de Flandre. “ De Wever comprend qu’il y a des limites dans son positionnement à droite. Emmener le sp.a, c’est aussi diviser la gauche et écarter le CD&V. Dans six ans, il n’y aurait plus de grand cartel pour menacer De Wever. En plus, il sait que les thèmes de mobilité et de qualité de vie en général sont aujourd’hui populaires auprès des électeurs ”.

4. Jouer sur plusieurs tableaux : la N-VA a toujours fait ça.

Les socialistes étaient l’ennemi ces dernières années. La N-VA s’est fait une image de marque sur un positionnement gauche contre droite très cash. Bart De Wever a sifflé la fin de cette terrible récréation en invitant le sp.a à sa table de négociations anversoise. En même temps, il maintient le non de Francken sur le pacte migration. “ La N-VA a réussi à attirer tant le centre que les extrêmes, analyse Dave Sinardet. C’est un équilibrisme entre en même temps un parti populiste et un parti raisonnable qui gouverne. Les résultats électoraux montrent que pour une partie des électeurs, ce positionnement n’était pas crédible. Mais cela reste mesuré. Le Vlaams Belang est aujourd’hui à 13% environ. C’est beaucoup. Mais en 2004, ils étaient à 25%. C’est trop tôt pour dire que la N-VA est en train de se recentrer. Elle joue plutôt sur plusieurs tableaux comme elle l’a toujours fait. ”

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