Quel avenir politique pour les gilets jaunes en Belgique?

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Les représentants belges du mouvement de contestation souhaitent créer une formation politique en vue des prochaines élections. Des revendications nées en France ont déjà inspiré par le passé la création de partis politiques en Belgique. Rarement avec succès.

Après quatre jours d’actions, les «gilets jaunes» ont décidé d’aller plus loin dans leur démarche. Leurs différents représentants se sont entendus pour créer un mouvement politique qui s’appellera le « Mouvement Citoyen Belge » (ce qui risque de poser problème car une autre formation citoyenne porte déjà ce nom) et qui se présentera aux prochaines élections.

Ce n’est pas la première fois – et probablement pas la dernière non plus – qu’un mouvement né en France tente une incursion dans la sphère politique belge. Revendications trop extrêmes ou idéologie pas assez aboutie, les essais des dernières années n’ont pourtant pas reçu de grands échos au sein de la population… Focus sur quelques exemples éloquents.

C-Vox, le version "belgifiée" d’En Marche

Dans la foulée des élections présidentielles remportées par Macron, un groupe de citoyens belges lancent "En-Marche.be" à la fin de l’été 2017. Le parti se définit par son "pragmatisme, la recherche de l’innovation et la solidarité par l’implication des citoyen.ne.s de manière responsable, respectueuse, bienveillante et efficace face aux réalités des évolutions sociales et environnementales, et ceci avec transparence".

À l’image de la formation du président français, sa déclinaison belge refuse de se définir par rapport à un axe gauche-droite, jugé "inadapté aux défis actuels". Rapidement, le mouvement essaye de se distancer de son modèle et, en mai 2018, il se rebaptise C-Vox afin d’affirmer son ancrage belge. Le parti a rejoint "Volt Europa" en août dernier en vue des élections européennes de mai 2019, un mouvement "paneuropéen" dont les valeurs sont "l’égalité, la justice, la liberté, la dignité humaine, la soutenabilité et la solidarité".

"C-Vox/Volt" s’est présenté pour la première fois aux électeurs dans trois communes lors des dernières élections d’octobre. La formation a récolté près de 1500 votes à Anvers (0,5% des suffrages, en s’alliant avec le Piratenpartij), 287 à Etterbeek (1,5%) et 191 à Ixelles (0,6%). La marche s’annonce ardue pour séduire les électeurs…

La "Wallonie Insoumise" et la "France Insoumise Benelux"

La "France Insoumise Benelux", antenne régionale du mouvement porté par Jean-Luc Mélenchon, appelle les citoyens français résidents chez nous à rejoindre le mouvement gauchiste, mais pas seulement. "Le combat par l'insoumission à mener n'est pas franco-français, nous y associons nos amis belges, néerlandais et luxembourgeois. À l'instar des nuages de Tchernobyl, les idées ne connaissent pas les frontières (Caterpillar/Alstom même combat !)", peut-on lire sur leur site internet. Le pensée mélenchonienne a également accouché d’un mouvement made in Belgium avec la création de… la « Wallonie Insoumise » le 25 juin 2018. Francis Biesmans, figure de proue du mouvement et surnommé le "Mélenchon wallon" par La Meuse, revendique davantage de souveraineté et d’autonomie pour la Région. La lutte contre l’austérité, la maîtrise de la finance, la laïcité mais également l’écologie font partie des priorités de la formation.

En province liégeoise, la "Wallonie Insoumise" (WI) a présenté des candidats dans quelques communes au cours des dernières élections, avec des scores mineurs à la clé (0,28% à Liège, 1,38% à Ans, 1,87% à Flémalle et 1,42% à Spa).

Nuit Debout, quelques émules et c'est tout

Au printemps 2016, le mouvement "Nuit Debout", amorcé le 31 mars à la suite d'une manifestation contre la réforme de la Loi du Travail de la Ministre El Khomri, rassemble des milliers de personnes dans les rues et sur les places de la République. Inspiré par les Indignados, mouvement citoyen apparu en Espagne en 2011 et qui a connu un retentissement mondial (notamment avec Occupy Wall Street), "Nuit Debout" se traduit par des rassemblements pacifistes au cours desquels des citoyens débattent de mesures à adopter pour changer la société.

Contrairement à son mentor espagnol qui a accouché du parti Podemos, "Nuit Debout" n'aboutira pas sur la création d’un parti politique mais nourrira certainement les aspirations de la France Insoumise. Le mouvement, qui s’essouffla dès la fin du mois de mai 2016, fit quelques émules en Belgique mais dans une proportion largement moindre aux rassemblements français : quelques centaines de personnes tout au plus ont veillé la Nuit Debout, à Bruxelles principalement.

Le "flop" Front National belge

C’est le récit d’un énorme (et finalement "heureux") fiasco politique qui dura près de 30 ans. En 1985, Daniel Féret fonde un nouveau parti en fusionnant des groupuscules militants et populistes (le Mouvement social nationaliste, l'Union pour une nouvelle démocratie et le groupe Delta). Pour le baptiser, il calque simplement le nom du parti français de Jean-Marie Le Pen, le Front National de Belgique est né. L’existence du parti sera marquée par une multitude de querelles internes et par les ennuis judiciaires de son créateur.

Le parti n’atteindra jamais des scores similaires à ceux du FN français et éclate dès novembre 2008 avec la création par les députés wallons Charles Pire et Charles Petitjean, de la FNW (Fédération des nationalistes wallons) rejoint par la quasi-totalité des élus provinciaux et communaux du FN. En 2011, avec le parrainage de Marine Le Pen qui régla temporairement les problèmes liés à l’usage du nom et du signe du parti, une tentative d’unification est lancée entre le moribond FN et le nouveau mouvement Nation. Même si le FN belge a définitivement disparu en 2012, l’idéologie d’extrême droite et le populisme ont survécu dans le paysage politique belge avec, bien sûr, le Vlaams Belang en Flandre mais aussi des "petits partis" comme "Nation", précité, ou le "Parti Populaire" de Modrikamen en Wallonie et à Bruxelles. Des formations bien présentes aux dernières élections communales...

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