Cinq situations et caractéristiques sexistes récurrentes dans les contes pour enfants

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Les grands contes classiques ne sont plus vraiment à la page. Bourrés de stéréotypes sexistes, ils seraient néfastes au développement psychologique des enfants. Faut-il en stopper la lecture ?

"Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Fin." Cette formule consacrée conclut la plupart des grands contes classiques. De Cendrillon à Blanche-Neige en passant par Raiponce, des générations de parents ont lu ces histoires à leurs marmots ou frémit avec eux devant les adaptations des studios Disney. À tort ?

Bourrés de stéréotypes, principalement sur les femmes, ces contes auraient un impact négatif sur le développement psychologique des enfants. À tel point qu’ils participeraient, en fin de compte, au renforcement de la mainmise du patriarcat sur la société. C’est ce qu’affirme Donald Haase, universitaire britannique, dans son livre "Fairytales and Feminism" (traduction : "Les Contes de fées et le féminisme").

Faut-il dès lors bannir ces histoires ? Non, mais il convient d’accompagner la lecture (ou le visionnage) d’un regard critique, de manières à donner aux enfants les clés pour percevoir et démonter les stéréotypes véhiculés dans ces histoires… et non les intégrer.

Pour faciliter la tâche des parents, Donald Haase a listé cinq situations et caractéristiques récurrentes auxquelles il faut faire attention dans les contes.

1. Les hommes ont l'apanage du courage

Si Disney a opéré un virage au tournant des années 2000, en présentant des héroïnes vaillantes et déterminées (Mulan et plus récemment Elsa dans la Reine des Neiges ou Vaiana), les princesses des contes de fée classiques sont représentés comme des personnages sans défense. Blanche Neige, Cendrillon et la Belle au bois dormant sous toutes les trois sauvées de leur sommeil éternel par un prince charmant, figure masculine motivée par la quête de l’amour véritable. Une "délivrance" permise grâce au baiser du prince… apposé sans leur consentement !

Le modèle ici représenté est insultant pour les femmes, présentées comme le sexe faible, mais aussi pour les hommes selon Victoria Showunmi, professeure en études de genre à l’University College de Londres. "Cela peut engendrer beaucoup de stress chez les deux sexes, et en particulier chez les femmes, qui pensent alors qu'elles doivent endosser ce rôle traditionnel de la femme occidentale", explique-t-elle au journal anglais The Independant.

2. La quête absolue du mariage

Le mariage est la conclusion de la plupart des contes pour enfants. Même Shrek, parodie satirique des histoires de princesses (dont le cinquième film est prévu pour 2019), fini par passer la bague au doigt de la belle ogresse Fiona .

Cette quête absolue du mariage – aujourd’hui désuète dans une société dans laquelle on se marrie de moins en moins et de plus en plus tard - bannie non seulement toutes les ambitions professionnelles et personnelles de ces récits héroïques, mais présente l’amour comme "un concept auquel on accède lorsque l'on rencontre quelqu'un à épouser, et non pas comme un sentiment qui peut évoluer", ajoute Victoria Showunmi au journal anglais.

Le mariage est présenté comme la forme absolue de "l’amour véritable" et tant pis pour les célibataires ou couples non-mariés, ces anomalies renvoyées dans la marge.

3. Où est la diversité?

Traiter de la représentation de la diversité dans les contes de fées est une thématique délicate, les histoires se déroulant souvent dans une Europe médiévale. Un chevalier noir – au sens propre du terme – sonnerait, de fait, "historiquement faux"…

Néanmoins, la princesse Disney belle, mince, hétérosexuelle… et bien souvent blanche, peut être extrêmement préjudiciable pour un(e) enfant. Cette image consacre la femme mince et blanche de peau comme l’idéal de la beauté.

Aux parents de faire comprendre à leurs enfants qu’il existe plusieurs et mêmes de nombreuses formes de beauté différentes.

4. Les femmes, cantonnées à rester au foyer…

Blanche-Neige cuisinant pour sept nains, Cendrillon s’occupant du ménage ou Belle qui accepte de servir la Bête pour sauver son père du cachot… Les princesses des contes classiques sont condamnées à devenir des fées du logis, là encore une vision bien réductrice de la place des femmes dans la société.

5. … ou à camper les rôles de vilains

Quant à celles qui nourrissent des aspirations ou des ambitions, c’est pour faire le mal ou répandre la terreur. Soit elles sont d'affreuses belles-mères ou des sorcières… et s’en prennent exclusivement aux femmes !

Les "méchantes" des contes de fées nient ainsi tout concept de solidarité féminine à l’heure où le mouvement #Metoo tend justement à encourager les femmes à s’entre-aider.

Avant d’aller mettre les petits au lit, choisissez-donc soigneusement l’histoire que vous allez leur conter. Ou prenez vos dispositions.

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