Décryptage

Qu’est-ce que le Momo Challenge, ce jeu qui tue les ados ?

Un adolescent de 14 ans s’est donné la mort le week-end dernier en France. Ses parents accusent "Momo", un étrange personnage qui s’en prend aux jeunes via WhatsApp.

"Hi, you want play with me ? (Salut, tu veux jouer avec moi ?)" C’est sur cette proposition que débute la conversation entre Momo et ceux qui osent lui envoyer un premier texto sur le réseau WhatsApp. S’ensuit alors une série de messages invitant le "joueur" à réaliser plusieurs défis dangereux, comme se scarifier. L’ultime challenge consiste à se suicider… Un "jeu" morbide qui fait immédiatement penser au Blue Whale Challenge. Ce dernier avait attiré l’attention des médias (et la nôtre) en février 2017 lorsque deux adolescentes russes se suicident après avoir réalisé une série de défis périlleux. En Russie, on estime que ce "défi de la baleine bleue" a entraîné la mort de 130 jeunes.

Menaces et défis

Point de baleine ici, mais le principe reste le même. Aux défis morbides s’ajoute néanmoins les menaces. Momo est comme un harceleur, narguant le jeune de divulguer ses informations personnelles (qu’il aurait obtenu en le hackant) ou de tuer ses parents ou ses amis s’il refuse de "jouer". Le personnage envoie des vidéos inquiétantes et sanglantes à l’ado afin de confirmer ses menaces. Effrayé, le jeune est alors entraîné dans une spirale infernale où obéir à Momo semble être la seule issue. Ce scénario à la Black Mirror est porté par un visage mi-oiseau, mi-femme aux yeux exorbités et au sourire tranchant. Une sculpture qui aurait été produite par l'atelier japonais d'effets spéciaux Link Factory et photographiée lors d'une exposition. L’artiste Midori Hayashi n’est pas l’auteur de cette sculpture comme le prétendent plusieurs médias et internautes.

 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

台風だから幽霊の絵見てきた 幽霊はいいぞ #幽霊画廊 #猫将軍

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Le jeune qui s’est suicidé il y a une semaine en France aurait été influencé, selon ses parents, par le Momo Challenge. "L'enquête se poursuit sur mes instructions pour déterminer les circonstances du suicide" et sur l'éventuelle "qualification de provocation au suicide sur des mineurs", a précisé le procureur. L'adolescent avait été découvert dans sa chambre, pendu avec sa ceinture de kimono, "alors qu'il avait plein de projets", a indiqué sa famille à l'AFP. Cette dernière explique aussi que certains des "défis" auxquels se serait soumis l'adolescent avaient laissé des traces sur son corps, tels que des scarifications ou des bleus.

Qui est Momo ?

Si les menaces, les messages incessants et le visage de Momo peuvent effrayer, ils peuvent aussi être facilement démontés. La première apparition médiatique de Momo remonte à juillet 2018, lorsque la Youtubeuse ReignBot explique ce phénomène web. Selon la police mexicaine, le numéro de Momo aurait été divulgué pour la première fois dans un groupe Facebook, promettant en réponse des images violentes. Bien que plusieurs circulent depuis sur la toile (provenant du Mexique et de Colombie), le numéro japonais serait l’original, communiquant aussi bien en anglais… qu’en espagnol. Avec la médiatisation du phénomène, de nombreux "faux" Momo ont ensuite fait leur apparition et le "jeu" a été repéré au Mexique, en Argentine, aux États-Unis, en France et en Allemagne. À ce jour, personne n’aurait découvert la véritable identité de la personne à l’origine de Momo.

Hackeur ou amateur ?

Selon ses "victimes", Momo détiendrait des informations personnelles sur la personne qui se met à lui envoyer des messages. Or, comme l’explique la Youtubeuse Emie, il est aujourd'hui très facile de récupérer certaines données uniquement via un numéro de téléphone ou via les réseaux sociaux. "Si vous avez laissé des informations publiques comme votre nom, votre prénom et votre ville, c’est déjà trop", avertit-elle. "Les réseaux sociaux ont aussi offert à Momo les noms de vos amis. On peut facilement isoler des affinités en voyant le nombre de commentaires que vous laissez à telle ou telle personne et ce qu’ils contiennent ; et parfois c’est public !". Il y a six ans déjà, une expérience sur notre territoire révélait à quel point nous dévoilons nos informations personnelles via Facebook. Des personnes étaient invités dans une tente où un médium leur citait des détails de leur vie personnelle, détails en fait partagé de leur plein grès sur le réseau social de Zuckerberg.

L’adresse IP d’un internaute peut également être récupérée via des outils assez simples (IP Tracker, etc.) et dévoiler ainsi sa zone géographique (avec une certaine marge d’erreur).

Quand les Youtubeurs s’en mêlent

Devenu un "phénomène" sur la toile, le Momo Challenge a aussi été tourné en ridicule par plusieurs Youtubeurs et internautes comme Babor Lelefan qui "dévoile l’identité de Momo (no fake avec des preuves)". Spoiler alert : Momo serait en fait Emmanuel Macron... De son côté, le twitto Yazid a réalisé une "enquête" dont il révèle les moindres étapes dans un thread Twitter, appelant à "faire un don sur Paypal" pour le soutenir et promettant d’en révéler plus si sa dernière vidéo atteint un certain nombre de likes. Bref, Momo serait devenu ici un véritable outil commercial pour les Youtubeurs en recherche de visibilité.

De son côté, WhatsApp, le terrain de jeu de ce personnage maléfique, encourageait cet été ses utilisateurs à bloquer tous numéros appartenant à Momo. "WhatsApp est très concerné par la sécurité de ses utilisateurs. Il est très facile de bloquer un numéro de téléphone et nous encourageons tous nos utilisateurs à nous signaler tous messages problématique afin que nous puissions agir". Après le suicide en août dernier d’une jeune fille de douze ans en Argentine, le récent suicide du jeune français de Rennes serait le deuxième en lien avec ce jeu de la mort.

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