Elections

Raoul Hedebouw: "On a le plus gros programme"

Encore indécis pour les élections de dimanche? Moustique a rencontré chaque président de parti pour analyser les forces en jeu. Le PTB et Raoul Hedebouw proposent le "vrai vote de gauche".

Son bus a pris du retard. Il arrive à grandes enjambées, un paquet de langes sous le bras. Il se jette dans un siège et commande un Ice Tea. "Les Pampers, c’est pour le petit", sourit-il. Son petit Esteban a deux ans. Le jeune papa de 41 ans en parle avec des étoiles dans les yeux. Un client l’accoste et lui dit: " Bravo pour ce que vous faites au Parlement. Vous parlez bien". Il sourit. Il a choisi une brasserie rue Saint-Léonard à Liège. À quelques mètres de là, à la devanture de la maison Julien Lahaut, Raoul s’affiche avec Sophie Lecron. Elle est la tête de liste, il est le "pousseur".

Quels sont les volontés et espoirs du PTB pour ces élections communales?

Raoul Hedebouw - C’est un très grand défi. C’est un travail de pionnier pour nous. Le PTB était présent dans 5, 6 communes. Et là, notre enjeu c’est de multiplier ça par cinq. On a 50 élus communaux et l’objectif est de passer à 150 en présentant 90 listes. On est un parti assez militant. On est actif même en dehors des périodes électorales. Ici, on a un programme: 500 propositions, 250 pages. On a bien bossé et sur des sujets sur lesquels on attendait moins le PTB comme le carbone zéro, la privatisation des espaces verts, les maisons de repos. On a le plus gros programme de tous les partis.

Le marxisme local, c’est quoi?

On a fait des enquêtes auprès des gens. Environ 10.000 sur l’arrondissement de Liège et 10.000 sur celui de Charleroi, pour savoir quels étaient les thèmes les plus importants pour les personnes. Du côté de Liège, l’accès au logement est ressorti et du côté de Charleroi, c’est le parking payant. On dépose cette année une liste à Visé, vieille commune libérale, ce n’est pas du tout la même réalité qu’à Seraing. C’est chouette de développer une vraie vision de gauche adaptée à chacune de ces communes.

Et une vraie vision de gauche, c’est quoi?

Pour nous, c’est la lutte pour le droit à la ville. Nos villes sont de plus en plus des marques déposées mises en concurrence dans le grand marché mondial. Les mêmes politiques sont appliquées partout. À Liège, 90 % des logements sont des logements de standing. C’est ça, la politique de Willy Demeyer (bourgmestre de Liège, PS). Ma camarade Sophie Merckx constate la même chose à Charleroi au niveau de Rive Gauche. On attire des gens à haute capacité contributive pour renflouer les finances communales et on ne résout pas les problèmes des gens. Il manque du logement de qualité à du 400-500 euros.

Voter pour un candidat PTB, c’est voter pour quelqu’un qui ne sera jamais à la manœuvre...

Il faut attendre le 14 octobre. Allons d’abord voter. Même si, quand j’entends toutes les ententes avant même les résultats, on se demande si ça sert encore à quelque chose... Mais si des partis disent "les gars, ça fait dix-huit ans qu’on fonctionne comme ça, continuons...", ce ne sera pas avec le PTB. On ne fera pas l’appoint. Nous voulons un rapport de force. Et seconde condition, il faut une entente possible avec un partenaire.

Avec qui?

À Herstal, par exemple. Avec un mec comme Frédéric Daerden, même si on n’est pas d’accord sur plein de dossiers, il y a du respect. Donc on verra. Avec certains bourgmestres, pourquoi pas, mais sur la base d’un programme. Le PTB a des points de rupture. Pour le PS, même la chasse aux chômeurs ou privatiser des banques, ce ne sont pas des points de rupture. C’est quand même incroyable!

Le communisme, au niveau communal, c’est une recette qui peut marcher?

En France, il y a des municipalités communistes! C’est clair que ce n’est pas à l’échelle de la commune qu’on fera la révolution. Il faut être un peu réaliste. Mais on peut faire beaucoup de choses parce que c’est un organe très proche des gens.

Vous rêvez toujours de révolution, alors...

On est des utopistes. Je suis convaincu que les utopies d’aujourd’hui sont les idées de demain. Ce que Nicolas Hulot a fait fin août (sa démission du gouvernement Macron - NDLR), c’est très fort. On peut dire qu’il a été naïf ou quoi. Mais il dit qu’il a été au cœur de l’appareil de l’État, qu’il avait les manettes et qu’il ne pouvait rien faire parce que les lobbys sont tellement forts que ça bloque tout. Il faut sortir de ce carcan. Il faut mobiliser le peuple, mobiliser les communes. On peut faire de Liège une ville carbone zéro avec de l’éolien, par exemple.

Le PTB s’est verdi?

On s’est penché sur les questions écologiques. On le faisait trop peu parce qu’il y avait une telle urgence sociale qu’on ne prenait pas le temps. On s’est réveillé là-dessus parce que les premiers qui vont payer les conséquences du changement climatique, ce sont les pauvres. Quand il y a un cyclone aux États-Unis, qui se noie quand les digues ont rompu? Les pauvres. Les riches sont sur les collines.

Beaucoup de vos candidats se présentent pour la première fois. Ce n’est pas toujours un gage de réussite...

Non. On n’a pas hésité à présenter des listes non complètes pour avoir des candidats de confiance, capables de tenir six ans, en respectant les règles financières du PTB. Ce sont donc des gens qui le font avec abnégation. Ils siégeront dans une obligation militante de bien pour la société. C’est une garantie. Ce sont aussi des gens qui sont déjà actifs pour défendre leurs idéaux. Et troisièmement, il y a notre programme.

Comment peut-on faire confiance à un candidat PTB?

Il ne faut pas hésiter à le rencontrer. Rien ne remplace le contact avec les gens. Et nous, on aime bien ça.

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