Elections

Dimanche, ce sera le tour de chauffe

Le vote local n’aura jamais autant pris d’allures nationales. Vous n’élirez pas seulement votre mayeur dimanche. Votre vote sera scruté par les grandes instances politiques. On vous explique pourquoi en sept points.

1. D’un scrutin à l’autre

Cinq années sans voter, c’est une éternité et une rareté dans notre pays. Mais le 14 octobre, les électeurs donneront le go d’une année giga-électorale et se prononceront dans les prochains mois pour tous les niveaux de pouvoir. Ce 14 octobre, on aura poney, avec les communales et les provinciales. Le 26 mai prochain, on passe à la course hippique avec le tiercé fédéral, régional et européen. Il va falloir miser sur le bon cheval qui rejoindra le bon attelage pour surmonter une nouvelle crise communautaire annoncée. Les élections communales ne seraient qu’un tour de chauffe des suivantes? “Il faut nuancer. Le niveau communal est le niveau le plus proche des gens et celui où l’on trouve la plus grande diversité de listes qui n’ont pas de couleur autre que locale, souligne le politologue de l’UCL Pierre Vercauteren. “Toutefois, les enjeux propres aux grandes villes où les partis traditionnels jouent au coude à coude dépassent le cadre local et les élections provinciales sont, elles aussi, plus classiques.” Les scrutins de 2018 et de 2019 sont donc liés, même si les élections communales sont les plus particulières, les moins dirigées du haut des quartiers généraux des partis. Elles n’en restent pas moins une image subliminale de ce qui se profile au niveau national. C’est surtout vrai au niveau provincial où l’on vote moins la tête de pipe que la liste d’un parti. “Les élections provinciales serviront à voir comment le système se distribue, d’autant que personne ne sait en réalité qui s’y présente”, appuie Pïerre Verjans, politologue à l’ULiège. Les partis l’ont bien compris. Tous ont affûté dès à présent leurs armes pour faire de ces petites batailles villageoises et citadines une victoire finale en mai prochain.  

2. D’un choc à l’autre

L’un des grands enjeux est de mesurer à quel point les voix vont s’éparpiller ou pas entre les différents partis. Un tsunami (celui des affaires et du changement de majorité en Wallonie) et un séisme (l’alliance de droite entre le MR et la N-VA au fédéral) ont marqué les cinq dernières années politiques. L’électeur va pouvoir sanctionner ou non ces faits majeurs. DéFI, Écolo, le PTB et peut-être le PP sont dans les starting-blocks pour engranger les votes de protestation. Et une forte dispersion des voix aux communales donnerait le signal qu’en mai prochain il pourrait être difficile ou impossible d’encore former une bipartite au niveau régional.
 
L’alliance des libéraux francophones jugée kamikaze il y a cinq ans sera-t-elle payante? Le président du MR, Olivier Chastel, se montre parfaitement serein, estimant que la population s’est montrée plutôt réceptive aux options prises, notamment sur l’immigration. À ce point? Le rappel à l’ordre de Theo Francken par Charles Michel sur la gestion des transmigrants du parc Maximilien laisse à penser que - en la matière à tout le moins - trop is te veel. Quoi qu’il en soit, juger l’alliance fédérale est “l’enjeu du printemps, pas celui de cet automne”, juge Pierre Verjans. Mais l’on sait déjà que tant le MR que la N-VA veulent reconduire leur ménage fédéral. La N-VA menace de mettre fin au contrat et de négocier le confédéralisme si le PS se révélait incontournable. Le PS, lui, appelle avec force une majorité alternative sans la N-VA avec un CD&V qui retournerait sa veste. Les moindres signes en faveur de ces deux scénarios opposés seront scrutés dès le soir du 14 octobre, en particulier du côté d’Anvers.

3. D’une affaire à l’autre

Le climat antipolitique a atteint un degré qui, semble-t-il, n’a jamais été aussi élevé. Ces élections en seront le révélateur. On s’intéressera au taux d’abstention en priorité, un taux qui a progressé continuellement ces vingt dernières années. Mais, Belgique oblige, le vote reste obligatoire et bouder les isoloirs, punissable. “L’inertie du système, en raison de l’obligation de vote, reste forte. La vraie question, c’est le poids qu’auront les votes de protestation: votes nuls, blancs ou pour un parti alternatif”, relève Pierre Vercauteren.
Assistera-t-on à l’expression massive d’un vote de rejet et à une dispersion des voix au détriment, en particulier, des socialistes? Pierre Vercauteren estime que depuis un an, et les affaires Publifin et du Samusocial, de l’eau a coulé sous les ponts. “Le PS est reparti labourer le terrain au contact de ses électeurs. Il y a donc un effet d’atténuation. On voit bien que Willy Demeyer (bourgmestre PS de Liège) ou Philippe Close (Bourgmestre PS à Bruxelles) sont bien sur le terrain.” Pierre Verjans a un avis moins optimiste. Une grande partie des électeurs socialistes ont bel et bien été effrayés et dégoûtés et regardent ailleurs, notamment vers le PTB. Le PS réussira-t-il à nouveau l’exploit de mobiliser et rassembler autour de lui? , s’interroge-t-il. Depuis un an, Elio Di Rupo et son chantier des idées n’a cessé de tenter de redynamiser la machine de guerre socialiste. Les communales permettront de tester l’efficacité de la démarche.
 

4. D’une alternative à l’autre

Si le parti d’Olivier Maingain a multiplié les listes en Wallonie, il s’agit moins pour DéFI d’arracher des mayorats que de secouer l’échiquier en vue de la suite. Olivier Maingain espère un signal de l’électeur qui ferait reculer le vote par habitude au profit de celui de la “bonne gestion”. L’autre parti qui se présente comme alternatif, façon ni de gauche ni de droite, c’est Écolo. Certes, les Verts sont plus à gauche que DéFI. Mais ils ont au moins autant l’image d’empêcheurs de tourner en rond dans les localités. Écolo se présente comme le plus mûr pour assumer des responsabilités locales. La machine est désormais huilée. “Mais Écolo n’est pas tellement présent sur le plan local. C’est un parti d’alliance plutôt que de pivot”, note Pierre Verjans.
 
Dans le même rayon alternatif, on trouve le PTB dont le résultat représente une grande inconnue pour les scrutins à venir. “Une rivalité communiste-socialiste, ça n’était plus arrivé depuis des décennies. C’est inédit, souligne Pierre Vercauteren. C’est que la crise financière de 2008 a laissé des traces, que l’extrême gauche a su interpréter. Avec un succès tel qu’elle en a été la première surprise.  Le PTB, ce parti très hiérarchisé et discipliné, a eu peur de se voir monter si haut dans les sondages. Il n’a pas assez de gens pour diriger les communes. C’est paradoxal, mais le PTB est avant tout un parti d’opposition, plutôt que de gestion. C’est pour cela que Raoul Hedebouw est passé plus côté flamand que francophone cette dernière année, analyse Pierre Verjans. Quant au parti de Modrikamen, est-il réellement fiable aux yeux des électeurs un peu racistes au moment où l’alliance MR - N-VA performe?
 

5. D’un niveau de pouvoir à l’autre

La proximité des scrutins apporte une autre nouveauté ou particularité: les ténors ont dû choisir d’avance leur sort. Tous les ministres sont de sortie aux communales, hormis quelques figures du fédéral comme Charles Michel, Didier Reynders ou Denis Ducarme. Mais ils doivent composer pour éviter d’être stigmatisés comme cumulards. Les barons ont ainsi été obligés de calculer leurs positions sur les listes pour parvenir à leurs fins au bon échelon de pouvoir. Mais tout n’est sans doute pas arbitré. Le taux de participation des députés à ces élections est énorme: jusqu’à 100 % pour le MR au fédéral et en Wallonie.
 
“Le citoyen se poserait des questions si un candidat tête de liste aux communales reprenait la tête d’un autre scrutin”, appuie Pierre Vercauteren. Elio Di Rupo a choisi de se mettre en bout de liste à Mons et Paul Magnette en tête à Charleroi. Le premier se préserve ainsi pour la suite. Le second s’affiche comme bourgmestre. L’électeur ne l’oubliera pas en huit mois. De nombreux choix dans la confection des listes ont tenu compte de la succession des élections. Willy Demeyer a quitté son poste de député fédéral pour se consacrer à sa cité plus ardente que jamais. Maxime Prévot, après avoir trôné comme super-ministre wallon, assure désormais comme bougmestre à temps plein de Namur. La proximité des élections et la volonté citoyenne de bonne gouvernance imposent aux ténors de parier dès ce 14 octobre sur leur avenir politique.
 

6. D’une alliance à l’autre

Les alliances qui se noueront pour diriger nos communes et provinces seront scrutées. Préfigureront-elles nos futurs gouvernements? Rien n’est moins sûr. Pour Pierre Vercauteren, “le niveau communal est extraordinairement ouvert. D’autres rapports de force s’y jouent”. Dans les grandes villes comme Liège, Bruxelles ou Charleroi, le retour des “vieilles alliances maçonniques PS-MR” est annoncé. “Mais elles pourront être reconduites sans rien prédire de ce qui se jouera au fédéral, estime Pierre Verjans. Sur le plan politique, c’est d’ailleurs rassurant que chaque niveau de pouvoir soit autonome. Une commune, c’est une commune.” Et cette fatwa prononcée à l’égard du “traître cdH” par Paul Magnette à Charleroi? À nuancer. Le poids du cdH à Charleroi reste mesuré et ce n’est pas parce qu’il l’a dit qu’il le fera”. L’arithmétique politique prendra toujours le dessus sur les inimitiés.
 
On notera toutefois la position délicate dans laquelle se trouve le parti humaniste, qui présente massivement des listes communales qui ont la couleur orange sans porter le sigle du parti. Histoire de faire oublier son coup de poker qui a mis le PS hors du gouvernement wallon? La trahison ne paie pas aux yeux électeurs, jamais. Il faut sans doute chercher plus loin. “Le déclin du cléricalisme politique a été annoncé dès 1975. Le cdH n’a cessé de s’effriter depuis lors. Mais ce déclin est toutefois beaucoup plus lent que prévu”, avance Pierre Verjans. Bref. L’alliance PS-MR ne pourra triompher dans toutes les cités: les deux vieux complices auraient alors le PTB et DéFI sur le dos. Enfin, toujours en termes d’alliances, l’une d’entre elles a un poids particulier: à Anvers, Bart De Wever (N-VA) est face à une double opposition emmenée par Kris Peeters (CD&V) et par Wouter Van Besien (Groen).
 

7. D’une candidate à l’autre

Le principe de la tirette est désormais intégral au niveau communal et provincial. Les listes alternent désormais hommes et femmes et seule la dernière place peut faire exception. On trouvera donc autant de candidates que de candidats. Pour autant, cette mesure récente n’a pas pour autant complètement bouleversé la donne. Les têtes de liste restent bien plus souvent occupées par des hommes. On verra si l’électeur est à ce point sensible à l’égalité des chances quand il s’agit d’éventuellement confier les commandes de sa commune à une femme.

 

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