Rencontre

Pascal Obispo : "Faire du rock en 2018, c’est anticonformiste”

Le chanteur retrouve son âme d’ado sur un album concocté avec Benjamin Biolay.

Larges lunettes sur le nez, crâne rasé et corps élancé, Pascal Obispo pète la forme au moment où Moustique le rejoint dans le petit salon d’un grand hôtel bruxellois. T-shirt noir et tatouages, le Français est de passage dans la capitale pour évoquer les secrets de fabrication d’un onzième album studio à son image. En quatorze morceaux, “Obispo” lève le voile sur une personnalité plurielle et attachante. À la fois ami et amant, vrai fan de rock et faux chanteur de variété, l’artiste réaffirme son goût pour les mélodies qui viennent du cœur. Coproduit par le dandy Benjamin Biolay, ce nouvel album rassemble les potes et la famille autour d’addictions (Toxicomanes) et d’une profonde admiration pour Voulzy et Souchon.

Vous avez enregistré les nouvelles chansons aux côtés de votre épouse et de vos amis. Cet album, c’est un repas de famille, non ?

PASCAL OBISPO - J’aime bien cette image. Pour le premier morceau de l’album, Et Bleu…, j’ai d’abord songé à me tourner vers une choriste. Et puis, Julie est passée par là. Elle a fait un essai, j’ai adoré. Je pense qu’elle pourrait être chanteuse si elle le voulait. Et puis, on croise de nombreux invités. Avant d’être des copains, ce sont surtout des personnes que j’admire. Il y a les duos avec Isabelle Adjani et Calogero, mais aussi les participations de Benjamin Biolay, Christophe, Youssou N’Dour ou Philippe Pascal (Marquis de Sade - NDLR). J’aime penser qu’ils ne sont pas juste venus par amitié, mais qu’ils se sont retrouvés à travers ma démarche. Avec cet album, je renoue avec mon ADN musical.

Votre ADN, justement, est plutôt rock. Une chanson comme Allons en fans témoigne d’ailleurs de cette passion.

Pour moi, le rock est un mode de vie. C’est une façon de dire “non” aux idées qu’on veut nous faire gober. C’est refuser une lobotomisation généralisée. Par essence, le rock est contestataire. À un moment, le hip-hop a rempli cette fonction. Mais ce n’est plus le cas. J’adore écouter Kool Shen, Oxmo Puccino, Orelsan ou Damso. En termes d’écriture, c’est du haut niveau. Même si je suis parfois attiré par les paillettes et les chemises à fleurs, mon truc, ça reste les guitares. Si j’avais voulu faire un disque dans l’air du temps, j’aurais enregistré un album de rap. Car, désormais, tout le monde veut faire du hip-hop. Les radios en veulent. Les maisons de disques en fabriquent. Finalement, avec mon nouvel album, je me sens en phase avec mes idéaux adolescents. Parce que enregistrer un disque de rock en 2018, c’est une forme d’anticonformisme.

Vous chantez en duo avec Isabelle Adjani. On a longtemps parlé d’un album avec elle qui n’a pas vu le jour.

C’est exact. J’ai contacté Isabelle Adjani pour lui proposer de retravailler ce titre avec elle. À l’origine, c’est un morceau que j’ai écrit pour son album : un disque qui devait sortir en 2006, mais qui n’a jamais vu le jour. Nous avions enregistré douze chansons avec Peter Murphy (Bauhaus - NDLR), Seal, David Sylvian, Akhenaton, Christophe, Daniel Darc, etc. Mais le travail n’est pas terminé. Ce disque reste un grand secret.

Sans être invités à chanter, Souchon et Voulzy sont présents. Que représentent-ils pour vous ?

Dans mon esprit déjà, Souchon et Voulzy sont inséparables. Quand j’ai entamé l’écriture des nouveaux morceaux, je me suis replongé dans la chanson française et, en particulier, dans leurs albums. En les réécoutant, d’innombrables souvenirs ont ressurgi. Ces deux-là m’ont accompagné toute ma vie. J’ai réalisé à quel point ils étaient importants pour moi. Ce sentiment s’est encore amplifié le jour où je les ai croisés à l’enterrement de Johnny Hallyday. Les chansons de Voulzy et Souchon, c’est une déclaration d’amour. Dire aux gens qu’on les aime de leur vivant, c’est super-important. D’autant que je ne supporte plus les messages éplorés qui fleurissent comme des gerbes mortuaires sur les réseaux sociaux. Les messages aux morts, ça m’exaspère. Laurent Voulzy et Alain Souchon, nous les connaissons par cœur. Leurs chansons sont des points d’ancrage, des repères.

Une partie de l’album est produite par Benjamin Biolay. Pourquoi se tourner vers lui ?

Parce qu’il pouvait amener mes chansons ailleurs. Dans mes choix artistiques, je suis généralement très eighties. Je suis plutôt attiré par les albums de The Cure et New Order que par ceux des Clash ou des Sex Pistols, par exemple. Si j’avais produit le disque moi-même, le travail aurait été beaucoup trop “propre”. Car je suis trop cartésien. C’est la raison pour laquelle je me suis tourné vers Benjamin Biolay. Déjà, c’est un super-musicien. Ensuite, c’est un mec rock’n’roll, classe et doté d’une nonchalance naturelle. Depuis notre collaboration, je le surnomme Rodin. Parce que je considère qu’il sculpte les sons.

Le 16/1, Cirque Royal, Bruxelles.  Le 18/1, Le Forum, Liège. Le 19/1, Palais des Beaux-Arts, Charleroi.

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