Affaire Kavanaugh: juge suprême et immoralité font-ils bon ménage?

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Elles sont déjà trois à formuler des accusations de comportements sexuels abusifs contre Brett Kavanaugh. Le Sénat, très ému par l'audition de l'une des accusatrices, choisira-t-il malgré tout d'envoyer l'accusé à la tête de la Cour suprême ?

Je suis terrifiée. Ce n’est pas ma responsabilité de déterminer si Brett Kavanaugh mérite de siéger à la Cour suprême. Mais c’est ma responsabilité de raconter la vérité.” Des trémolos dans la voix, Christine Blasey Ford raconte ce qu’elle a vécu il y a plus de trente ans lors d’une soirée étudiante arrosée où se trouvait le possible futur big boss de la Cour suprême des États-Unis. Brett Kavanaugh l’aurait agressée sexuellement. “J’ai cru qu’il allait me violer”, lance cette universitaire à la commission judiciaire du Sénat. Et Christine Ford n’est pas la seule à porter des accusations puisque l’homme aurait aussi été témoin d’un viol collectif à la même période.

Au cours de la même audience qui se tenait jeudi devant la commission judiciaire du Sénat, Brett Kavanaugh a clamé, la voix empreinte de colère, qu’il était innocent et que “personne ne me fera me retirer de ce processus".

Parole de l'un contre parole de l'une

Le droit américain risque de pencher en faveur de Brett Kavanaugh, accusatrices qui prennent leur courage à deux mains pour venir témoigner ou pas. À l’issue de cette audition, le Sénat doit statuer et trancher si oui ou non l’homme peut pressentir à la tête de l’une des instances les plus importantes du pays. Et que des accusations s'enchaînent n’y changera rien. “Il n’y a pas de plainte qui a été déposée et donc pas d’enquête. Si ça avait été le cas, Kavanaugh aurait immédiatement été écarté. Dans ce cas-ci, c’est parole contre parole et si l’accusatrice veut aller plus loin, elle devra apporter des preuves. C’est le drame dans ce genre d’affaire d’agression sexuelle”, explique Jean-Eric Branaa, maître de conférence et auteur de plusieurs livres sur la politique américaine.

Cette affaire n’est pas sans rappeler celle de Clarence Thomas accusé en 1991 de harcèlement sexuel par une de ses anciennes collègues, Anita Hill. À l’époque, le juge est désigné par George H. W. Bush comme candidat pour entrer à la Cour suprême. Anita Hill avait alors décidé de prendre la parole comme Chrisitine Blasey Ford le fait aujourd’hui. Son audition ne changera pas grand-chose puisque Clarence Thomas sera tout de même élu à 52 voix favorables. Il siège d’ailleurs toujours à la Cour suprême. Alors comment expliquer qu'un pays si puritain soit dirigé par des personnes qui ne sont pas lavées de tout soupçon ?

Le fantasme de l'Homme moral

L’Homme moralement irréprochable et respectueux de tous les principes n’existe pas. En creusant un peu dans le passé d’un candidat quelconque, il est risqué de trouver un évènement survenu dans sa jeunesse susceptible de l’écarter et d’estimer qu’il n’a pas le droit de diriger un pays. Mais quand s’accorde-t-on pour dire qu’il s’agit d’une erreur de parcours, d’adolescent ou d’un acte isolé qui ne permet pas de fermer toutes les futures portes ? La frontière est parfois mince et relève de la morale qui ne guide évidemment pas le droit américain. La Constitution a prévu que le Sénat déciderait de ce qu’il devait se passer et c’est ce qui arrivera dans l’affaire Kavanaugh.

Et puis pour Jean-Eric Branaa, cette affaire à d’autres enjeux : “Si on remplace Kavanaugh par une autre personnalité, on va être confronté à un autre problème, politique cette fois, entre les démocrates et les républicains". Les démocrates n'auraient rien a gagné à voir Brett Kavanaugh écarté. Si ça venait à se produire, Donald Trump devrait choisir un nouveau candidat, possiblement plus extrême. Ce qui représenterait un danger pour les droits fondamentaux comme celui à l'avortement ou au mariage pour tous qui n'est pas garanti par une loi aux États-Unis, mais par une décision de justice. Un possible risque de marche arrière et de faire "basculer la Cour beaucoup plus à droite qu'elle ne l'est déjà". Ce risque, les sénateurs ne le prendront pas, ce qui pèsera en faveur de Kavanaugh.

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