Tourisme de masse: les Portugais n'en peuvent plus

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Les prix de l'immobilier à Lisbonne ont augmenté de près de 20% en un an. Les expulsions d'habitants s'enchaînent.

On ne compte plus le nombre de photos qui pleuvent sur Instagram, montrant une connaissance joyeusement installée à la terrasse d'un café portugais. A croire que tout le monde s'est donné le mot : pour réussir son city trip, il faut passer par Lisbonne. Le pays serait-il en train de subir le même sort que Venise ? Selon l'Organisation mondiale du tourisme des Nations Unies, le Portugal a accueilli 6,8 millions de vacanciers étrangers en 2010. En 2016, ce chiffre était passé à 18,2 millions, soit une augmentation de 168 %. Globalement, seul le Japon a connu une hausse plus marquée de ses visiteurs cette décennie. Pour étayer ces chiffres, le ministre portugais de l'économie, Manuel Caldeira Cabral, a déclaré que les recettes touristiques avaient augmenté de 17% en 2017 et de 14% en 2018. Difficile d’imaginer qu'avant 2013, à Lisbonne, un immeuble sur trois était vide.

à Lisbonne, il y a neuf touristes pour un habitant

Rançon de ce succès, les locaux paient très cher le prix du tourisme. C'est simple, les habitants de Porto et de Lisbonne n'en peuvent plus, étranglés par l'augmentation du prix de la vie. Boosté par des vols très bon marché et des milliers de logements de courte durée type Airbnb, le tourisme de masse a fait exploser de 20% le prix des habitations. Les salaires, eux, ne suivent pas cette augmentation. Ils sont donc des milliers de résidents à devoir quitter leur logement, faute de pouvoir assumer les loyers. Prenons un exemple criant: à Lisbonne, il y a maintenant neuf touristes pour chaque résident de la ville. À Porto, il y a huit touristes par habitant; à Albufeira, en Algarve, il y a 39 touristes par habitant. En comparaison, le même ratio est d'environ quatre pour un à Londres et de cinq pour un à Barcelone. Pour loger tous ces gens, il faut des appartements, qui ne profitent pas aux locaux. De 7.500 Airbnb à Lisbonne en 2015, ils sont passés à 12.700 en 2018, soit une augmentation de près de 70% en trois petites années.

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S'il est bénéfique pour l'économie globale du pays, ce tourisme pose des problèmes structurels. Une croissance rapide signifie notamment une surpopulation dans les grandes villes, et ce surtout au cœur des attractions principales. Résultat, les tensions grandissent entre les habitants des villes concernées par ce tourisme de masse et les visiteurs des destinations telles que Barcelone, Venise, Amsterdam, Londres, Madrid, Kyoto et Majorque. Une liste à laquelle viennent désormais s'ajouter Lisbonne et Porto.

«Freiner les loyers, stopper les expulsions»

Plusieurs centaines de personnes sont donc descendues dans les rues de Lisbonne pour faire entendre leurs droits. Sur les différentes pancartes, les messages sont clairs: «Freiner les loyers, stopper les expulsions» ou encore « Assez de logements touristiques». Au cœur de leurs préoccupations, le vote d'une loi qui permettrait enfin de réguler le nombre de logements de type Airbnb, soit de courte durée, dans le pays. Joana Dias, une manifestante de 39 ans, s'est ainsi exprimée dans les colonnes de Ouest-France. «La spéculation immobilière chasse les gens du centre-ville. Le logement ne devrait pas être un business, car c’est un bien essentiel» .

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Un tourisme de masse qui s'explique notamment par les mesures mises en place en 2011 par le précédent gouvernement, suite à la crise financière qu'a traversée le pays, pour attirer des investisseurs étrangers. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cela a fonctionné. Il est désormais temps de trouver une solution pour que les habitants puissent se permettre de rester vivre dans la capitale, faute de quoi Lisbonne pourrait rapidement se transformer en Venise, une ville qui n'en a de nom que la façade pittoresque. Vidée par ses occupants, la cité lacustre ne compte plus que 55.000 habitants aujourd'hui, contre 175.000 en 1951.

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