Interview

Black Eyed Peas: "Une chanson peut changer l’opinion d’un homme"

Absente depuis 2010, la formation hip-hop californienne revient sans sa chanteuse Fergie mais avec de grandes ambitions. Explications avec son gourou en chef will.i.am, avant l’album et la tournée.

Disparu des radars depuis “The Beginning” (2010), Black Eyed Peas amorce ces dernières semaines son come-back à coups de vidéos-chocs et de singles engagés. Les violences contre la communauté black, les dérives des réseaux sociaux et la politique migratoire de Trump nourrissent ses premières chansons (Get It, Constant, Ring The Alarm et Big Love) annonciatrices du nouvel album “Masters Of The Sun” prévu pour le 12 octobre et d’une tournée mondiale avec escale à Forest National le 17 novembre.

Sans Fergie, chanteuse de leurs succès les plus main-stream qui vogue désormais en solo, will.i.am, apl.de.ap et Taboo renouent avec le hip-hop minimaliste et conscientisé de leurs débuts. “Masters Of The Sun” marque non seulement le vingtième anniversaire de la sortie de notre premier disque “Behind The Front”, mais il en est aussi en quelque sorte sa rémi-  niscence futuriste, nous confirme will.i.am, 47 ans, leader en chef de Black Eyed Peas. C’est un retour musical aux sources, mais les sujets qui y sont traités et les sons que nous utilisons sont ceux du monde d’aujourd’hui et de demain.”

Votre single Ring The Alarm appelle le monde à se réveiller. C’est aussi le thème de votre album?

will.i.am - Notre nouvel album a été écrit ces quatre dernières années. Durant ce laps de temps, la technologie s’est développée à une vitesse folle. Je suis pour le progrès et je suis moi-même addict à tous les nouveaux gadgets qui nous facilitent la vie. Mais dans ce flux continu d’informations, de musique aseptisée et de consumérisme, il est important de ne pas perdre son esprit critique. Quand je sonne l’alarme dans cette chanson, c’est pour dire: “Ne vous endormez pas, bougez-vous, votre voix compte, votre opinion compte. Ne vous laissez pas guider par les autres. Votre liberté est à ce prix”. C’est un message qui s’adresse à la nouvelle génération mais aussi aux adultes. Car qu’on le veuille ou non, ce sont les adultes qui dirigent le monde et les multinationales.

Vous avez publié votre premier roman Wizards And Robots en janvier 2018. A-t-il inspiré “Masters Of The Sun”?

Ce livre que j’ai signé avec l’écrivain David Johnson était une fiction où les robots côtoyaient les magiciens. Black Eyed Peas avait aussi édité chez Marvel une BD déjà intitulée Masters Of The Sun: The Zombie Chronicles. Ces deux ouvrages ont bien sûr inspiré notre album sur lequel nous ajoutons toutefois une touche d’optimisme et d’espoir.

Lancée la semaine dernière, votre chanson Big Love sonne comme un hymne hippie. Étonnant pour un groupe rap, non?

Big Love, c’est comme le All You Need Is Love des Beatles, les premiers singles de De La Soul ou Where Is The Love que Black Eyed Peas avait enregistré en 2003. Je suis très fier que vous me dites que Big Love sonne comme une chanson hippie. Les hippies, ce n’est pas que Woodstock et les fleurs dans les cheveux. Leur mouvement n’était pas si naïf et utopique que ça. Steve Jobs est le plus grand hippie que la planète ait connu. Regardez ce qu’il a laissé au monde.

Vous croyez qu’une chanson peut changer le monde?

Une chanson peut changer l’opinion d’un homme. La musique peut changer la vie. Je sais de quoi je parle puisque ça m’est arrivé personnellement et c’est aussi ce qui est arrivé à plein d’autres artistes. Je ne pourrais pas vous citer un titre ou un album en particulier qui ont modifié le cours de mon existence car il y en a eu tellement.

Sur Constant, vous faites rimer “John Coltrane” avec “soul train”. C’est la référence ultime en musique?

Avec ce nouvel album, nous avons souhaité revenir à nos influences jazz qui sont présentes dans le hip-hop old school. Je suis un grand fan de Miles Davis, Art Blakey, Quincy Jones ou encore Herbie Hancock. Mais la référence suprême, c’est John  Coltrane. Je devais le citer d’une manière ou d’une autre. Coltrane est pour moi l’artiste qui a le mieux incarné la spiritualité dans la musique.

Certains disent que le hip-hop est le jazz d’aujourd’hui. Vous êtes d’accord?

Ce sont des foutaises! Dans le jazz, il y a de la théorie, de l’apprentissage d’un instrument, de la spiritualité. Certains groupes de rap old school comme De La Soul, Jurassic 5 et surtout A Tribe Called Quest se sont rapprochés de cet esprit jazz. Mais aujourd’hui, je n’en vois guère.

En huit ans, le monde de la musique  a considérablement changé. Ça vous fait peur?

Non, parce que nous sommes toujours restés attentifs. Tous nos titres d’albums suivent, du reste, la chronologie de l’évolution de l’industrie de la musique. “Monkey Business” en 2005 évoquait le déclin des ventes de CD. “The E.N.D.” en 2009 sonnait le glas des disquaires et “The Beginning” en 2010 coïncidait avec le début du streaming. Avec “Masters Of The Sun”, nous entrons dans une nouvelle ère.

Il y a des titres de Black Eyed Peas que vous ne pouvez plus jouer sur scène sans Fergie?

Hormis notre tube My Humps (1995, où Fergie faisait allusion à ses “bosses” - “my humps”, “mes fesses” en argot), on peut tout faire. Ce sont des chansons de Black Eyed Peas après tout.

Le 17/11. Forest National, Bruxelles.
Nouvel album “Masters Of The Sun” à paraître le 12/10, nous y reviendrons.

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