Cinquante nuances de racisme quotidien

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Ce n’est pas un buzz provoqué avant-hier sur les réseaux sociaux. Des actes racistes, il y en a tous les jours et depuis toujours. Et les témoignages de ceux qui en sont victimes montrent qu’ils ne se présentent pas uniquement sous la forme d’injures ou de coups.

"Une longueur de retard sur les autres”

Kamal, agent de sécurité, 32 ans. D’origine marocaine.

“Depuis gamin, je sais que j’aurai toujours une longueur de retard sur les autres. C’est évident que mes origines ont joué dans ma recherche de job ou de logement.”Kamal estime que sa religion est devenue pour certains une opportunité de se défouler. “Ces dernières années, c’est clairement devenu plus facile de dire des trucs sur l’islam sans être inquiété. Avant ça choquait, maintenant ça passe relax.” Le rire facile et la bonne humeur contagieuse, Kamal affirme ne plus trop s’en préoccuper. “Je me suis un jour emporté, quand j’avais 19-20 ans, contre un gars qui m’avait traité de sale macaque sur un terrain de foot. Mais je n’aurais pas dû… Je me souviens aussi m’être fait traiter de terroriste par la mère d’un joueur avec lequel je jouais l’année précédente… Il faut essayer de ne pas répondre à ces imbécillités. Une fois que tu réagis, tu leurs donnes raison. Pourtant, le sport est le meilleur moyen de combattre les clichés et le racisme. J’ai joué au foot dans des patelins flamands. Là-bas, le seul endroit où ils voyaient des Arabes, c’était à la télé. Mais je pense que partout où je suis passé, j’ai laissé l’image d’un gars respectueux. Si j’ai pu participer à faire évoluer l’image des musulmans pratiquants pour une seule personne, c’est déjà une victoire.”

Ishane Haouach

"La moindre connerie devient un prétexte”

Ihsane, fondatrice d’une association,  33 ans. D’origine marocaine.

Pour Ihsane, vous ne trouverez pas une personne d’origine étrangère qui n’ait été confrontée au racisme. “Il se déclare de plein de petites manières. Ça peut être violent. Par exemple sur la route, où les gens sont déjà stressés, il ne faut pas grand-chose pour qu’on me dise de rentrer dans mon pays. Le moindre conflit peut se conclure par une insulte raciste.” Parfois, même pas besoin de conflit pour allumer la mèche. “Je me baladais dans un parc avec mon bébé quand une dame m’a insultée puis menacée de m’envoyer ses chiens. Certaines personnes nous déshumanisent. C’est en partie à cause du politique qui a vulgarisé la parole raciste. Plus rien ne choque. Nos parents acceptaient plus de choses. Nous, on est né ici, on fait partie de la société. Mais on a constamment le sentiment de représenter notre communauté et de n’avoir jamais le droit à l’erreur. Si on fait une connerie, ce sera prétexte à taper sur les musulmans. Mais si on est attaqué pour nos origines, généralement cela ne suscitera pas beaucoup d’émotion.

Ihsane a beau avoir appris à mettre des œillères, “pour éviter de se rendre malade”, elle reconnaît que cela continue à lui peser au quotidien. C’est pour cette raison qu’elle a créé le collectif “Les Cannelles”, destiné à offrir aux femmes d’origine étrangère de la capitale une plateforme luttant contre les clichés. “Des femmes qui souffrent d’une double discrimination: le racisme et le sexisme, et qu’il faut donc deux fois mieux protéger.

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