Que du beau monde! Deux démocraties…

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Passons sur le splendide salto arrière du MR, avec retournement (de veste) et triple lutz de reniement… Quoique non, je le redis: avant le 25 mai, Charles Michel et Didier Reynders promettaient-juraient que le MR, ça n’irait jamais avec la N-VA!

 Avant de foncer dans ses bras… Ceci fait, j’ai un questionnement qui me taraude le cortex citoyen: suis-je un sous-électeur, donc un sous-citoyen? Je dis ça parce que je suis né francophone. J’aurais pu naître flamand, mais non. Et donc, depuis trois ans, le Belge francophone que je suis a entendu la Flandre s’offusquer: dans la majorité fédérale "rouge-orange-bleu" (toujours en affaires courantes), le vote flamand n’était pas respecté! Ensemble, le CD&V, le SP.A et le VLD étaient minoritaires dans le collège néerlandophone à la Chambre! De peu: 43 sièges sur 87, soit 49,4 %. Mais quand même… Cette coalition était une gifle à la Flandre! Un mépris total de l’électeur flamand! Un scandale politique! Une plaie démocratique ouverte! Et nous, légendaires bonnes poires francophones, de relayer cette litanie nordiste: c’est vrai quoi, entendait-on ci et là, faut comprendre la Flandre qui se sent flouée… O.K., on comprend.

Trois ans plus tard? Une "suédoise" se bidouille avec, pour compléter un trio N-VA/CD&V/VLD ultra-giga-majoritairement flamand, le seul MR francophone. C’est-à-dire, avec 20 sièges au Parlement, moins de… 32 % des 63 élus francophones. Pas un tiers! En voix, c’est encore mieux: les 650.290 votes MR représentent 27 % des voix francophones. A peine plus d’un quart des votes wallons et bruxellois francophones se retrouveront donc dans la bientôt majorité fédérale. Où les 20 sièges MR (sur 85 sièges) pèseront 23 %… Bref, question: si une minorité flamande de 49,4 % dans l’ex-majorité était un scandale pour la Flandre, une minorité de 31,7 % dans la nouvelle majorité kamikaze, c’est quoi, pour les francophones? Une abjection? Donc moi aussi, le mec né francophone, j’ai le droit m’offusquer. Et encore plus fort que le citoyen flamand depuis trois ans. Donc j’y vais: "Le vote francophone est écrabouillé! C’est une humiliation de Fédé Wallonie-Bruxelles! Un dédain de l’électeur francophone! Une ignominie politique! Une balafre démocratique purulente!"

 

Ah mais non, le Peiff’, on se calme… T’as pas bien compris la Belgique (con)fédérale d’aujourd’hui: la Flandre a le droit de s’offusquer, pas la francophonie. D’ailleurs, tu les as entendus s’effaroucher de l’énorme sous-représentation francophone dans la future coalition kamikasse-gueule, les politiques-politologues-éditorialistes flamands? Non. Et les politiques-politologues-éditorialistes francophones, ils se plaignent? A peine. C’est normal: nous ne sommes "que" francophones. C’est bien intégré? Par rapport aux Flamands qui ont le droit d’exiger, nous avons juste le droit de ne rien exiger du tout. Quoi, même pas une représentation francophone correcte au fédéral? Ah non. Le citoyen francophone est une espèce de sous-électeur, maintenant, donc un sous-citoyen par rapport au sur-citoyen flamand. Quand Bart De Wever parle de deux démocraties, en Belgique, c’est ça: une Flandre un millipoil minoritaire au fédéral vaut une quasi-révolution flamande, mais des francophones ridiculement représentés au même niveau fédéral, c’est pschitt! Vu? Vu. 

vincent.peiffer@moustique.be

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