Les mots

Racisme en noir, jaune, rouge

Souvent associé à la Flandre, le racisme s’est révélé aussi vivace dans l’autre partie du pays. La Belgique entière vibre ainsi au diapason européen. Malgré quelques nuances rassurantes.

Noir et jaune. Telles sont, traditionnellement, les couleurs du nationalisme en Belgique. Et de ses avatars: le racisme, l’antisémitisme, voire le néonazisme. La Flandre et son “combat culturel” ont installé depuis au moins la fin de la Seconde Guerre mondiale cette épine dans le pied dans notre pays. C’est un fait que chacun a accepté: le mouvement “nationaliste” flamand a été coloré par le nazisme. Et s’est installée une forme de compréhension nationale à propos de cette teinte particulière. Au plus haut niveau de l’État.

Ainsi, en 2014, Theo Francken assiste au 90e anniversaire de Bob Maes, membre de la jeunesse flamande nazie et créateur du VMO, sans qu’il doive démissionner. Le VMO, c’est la milice créée par le VNV, le Vlaams Nationaal Verbond qui deviendra la Volksunie qui deviendra… la N-VA! Une filiation acceptée, puisqu’elle dirige ce pays. Alors, lorsque Schild & Vrienden, organisation estudiantine flamande de la droite “dure” proche de la N-VA, s’est révélée raciste, antisémite et sympathisant nazi, lors d’un documentaire de la VRT diffusé en version française ce mercredi sur la RTBF, qui pouvait en Belgique réellement s’en étonner?

Schild & VriendenLes Schild & Vrienden, l'organisation estudiantine flamande de la droite “dure” proche de la N-VA

Faisant écho aux chants racistes du Pukkelpop, à “l’humour” anti-islam porté par certains responsables de la N-VA d’un homme qui pousse un adolescent noir sur une voie ferrée sous les injures racistes éructées dans un flamand mouillé de bière, dans l’inconscient collectif  “belge”, la Flandre est plus raciste que la Belgique francophone. C’était compter sans le témoignage de Cécile Djunga, la présentatrice météo de la RTBF, qui confiait avec émotion les propos racistes qu’elle subissait depuis sa prise de fonction. Une “expérience” relayée dans la foulée par de nombreuses personnalités belges francophones d’origine étrangère. Le racisme se révélait, chez nous, sous ses vraies couleurs: noir, jaune, rouge.  

Comme en Hongrie, en Italie, en Pologne. Ou en Allemagne où même la gauche glisse dans le discours politique anti-migrants. Ou en Suède, où l’extrême droite vient d’atteindre les 17 % aux dernières législatives. À la différence de ces pays, la Belgique semble toutefois montrer un visage moins grimaçant.

D’abord parce que les victimes de racisme parlent. “Fifty Shades Of Racism” est, notamment, une initiative qui sur Instagram relatera, à partir de cette semaine, les témoignages d’agressé(e)s. Ensuite parce que la presse, dans son ensemble, s’est mobilisée instantanément pour condamner ces dangereuses dérives. Enfin parce que Bart De Wever et peut-être plus encore Theo Francken ont condamné sans détour les auteurs de ces dérives. “Des idiots!” a lancé sans nuances le secrétaire d’État aux migrations. On souhaiterait le croire. Également sans nuances.

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