Décryptage

Le surprenant retour de l’amiante aux États-Unis

Bannie dans près de 60 pays, ce minéral toxique et cancérigène va être réintroduit dans le pays de l’Oncle Sam… à l’initiative du gouvernement Trump.

Après avoir rétabli le droit d’importer sur son territoire des trophées de chasse en provenance d’Afrique, tenté d’abolir les nouvelles normes en matière de pollution automobile en Californie, et annoncé son retrait de l’accord de Paris, la Maison Blanche s’apprête à réintroduire l’amiante dans le pays. L’Agence de protection de l’environnement (EPA) autorise désormais l’utilisation légale de l’amiante dans la construction. Une décision qui étonne lorsqu’on sait que la toxicité de ce minéral est connue depuis la fin du 19e siècle (grâce à Lucy Deane Streatfeild en 1898) et qu’il est interdit depuis 1970 dans soixante pays.

Jusqu’ici, les États-Unis étaient l'un des seuls pays industrialisés à en avoir restreint l’utilisation sans l’interdire complètement. Elle n’y est cependant plus utilisée dans la construction en raison de ses risques sanitaires. Mais une série de déréglementations et de nouvelles règles permettent aujourd’hui une utilisation plus intensive de l’amiante dans le secteur du bâtiment.

Nouvelles réglementations

Le processus de réintroduction a commencé en juin dernier, lorsque l’EPA publie un rapport détaillant sa nouvelle réglementation sur cette fibre, notamment sa réintroduction dans de nouvelles utilisations industrielles comme le papier, les plastiques, les revêtements de sol et le feutre de toiture. L’agence prévoit aussi de limiter les tests d’évaluation des risques sanitaires de l’amiante : les effets potentiels dû à la présence de l’amiante dans l’air, le sol ou l’eau ne sont plus inclus dans le processus d’évaluation. "Ridicule" pour Wendy Cleland-Hamnett, ancienne employée de l’EPA interviewée par le New York Times. "Vous ne pouvez pas déterminer s’il existe un risque sans effectuer une évaluation complète des risques", explique-t-elle.

© Reuters / Belga ImageUn panneau "Danger amiante" devant le site de démolition d'une maison, dans un quartier de Detroit. © Reuters / Belga Image

Aux États-Unis, entre 12.000 et 15.000 personnes meurent chaque année de maladies liées à l'amiante… Un chiffre qui pourrait être bien plus élevé, rappelle le magazine Sciences Avenir qui cite un rapport de 2018 publié par Jukka Takal, président de l'ICOH ("une commission non-gouvernementale s'occupant de santé professionnelle") mentionnant lui 40.000 morts par an liés à l’amiante…

Trump et la Russie...

Cette décision ne peut que rendre heureuse l’économie russe. En effet, après que le Brésil (fournisseur de 95% de l’amiante arrivant aux États-Unis) ait interdit son extraction et sa vente, les fabricants russes d’amiante ont sauté sur l’occasion. Et leur rôle pourrait se renforcer si les States réintroduisent l’utilisation de cet agent cancérigène dans les matériaux de construction.

En juillet, la société russe Uralasbest publiait plusieurs photos sur sa page Facebook montrant le visage de Donald Trump sur les emballages d’amiante (voir première photo), avec l’inscription "Approuvé par Donald Trump, 45e président des États-Unis". La publication sur le réseau social ne manque pas de remercier Trump pour avoir "supporté Scott Pruitt, l’ancien dirigeant de l’EPA qui avait déclaré que son agence ne s’occuperait plus des questions liées aux effets secondaires potentiellement causés par l’amiante", en ajoutant que "Trump a déclaré que l’amiante est 100% sûr après application".

L'entreprise se trouve dans la ville minière d'Asbest et aurait des liens étroits avec le président russe Vladimir Poutine, selon le Washington Post. La cité était auparavant surnommée la "ville mourante" en raison de son taux élevé de cancer du poumon et d'autres problèmes de santé liés à l'amiante. "Vladimir Poutine et l’industrie russe de l’amiante ont tout à gagner de ces nouvelles réglementations", a déclaré Ken Cook, président de l’Environmental Working Group. "Aider Poutine et les oligarques russes à accumuler des fortunes en vendant un produit qui tue des milliers de personnes chaque année ne devrait jamais être le rôle d’un président américain ou de l’EPA… mais on parle ici de l’administration Trump".

© Novosti / Belga ImageL'entreprise Uralasbest bénéficie des nouvelles réglementations américaines sur l'amiante © Novosti / Belga Image

Pour se défendre, le groupe commercial Chrysoytile Association affirme que son produit est moins cancérigène que les autres types d’amiante. "La classification de l’OMS établit le danger d'une substance plutôt que le risque", écrit-il sur son site Web. "Près de quatre cents autres produits et procédés industriels sont considérés comme cancérigènes pour l’homme, mais cela ne signifie pas pour autant que nous devons en interdire l’utilisation. Cela veut dire que nous avons besoin d'un contrôle strict sur leur utilisation".

Trump et l'amiante...

L’intérêt de Trump pour l’amiante n’est pas nouveau. Dans son livre The Art of the Comeback (1997), il écrivait : "Je pense que le mouvement contre l’amiante a été dirigé par la mafia, car c’était souvent des sociétés liés à la mafia qui procédaient à son élimination". En 2012, il tweetait que le World Trade Center "n’aurait jamais brûlé" lors des attentats du 11 septembre si l’amiante n’avait pas été enlevée du bâtiment. Des propos qu’il soutenait déjà en 2005 devant le Congrès américain.

La nouvelle ne devrait pas non plus surprendre les fans des Simpsons, car une fois de plus, la série d’animation, satire du mode de vie américain, l’avait prédit

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