C’est pas demain la veille qu’on ira sur Mars

Astronaute en playmobil © Unsplash / Will H. McMahan
Astronaute en playmobil © Unsplash / Will H. McMahan
Teaser

Une simulation de vie sur la planète rouge financée par la NASA vire au drame, nous rappelant que les êtres humains ne sont pas encore tout à fait prêts à se rendre sur Mars…

Hawaii n’est pas uniquement synonyme de plages de sable doré, de mer bleu azur et d’hôtels cinq étoiles où les touristes s’amassent en sirotant des cocktails au soleil. L’île est aussi recouverte de moitié par le volcan Mauna Loa (La Longue Montagne). Ce terrain rocheux de couleur rouge situé à 4 170 mètres d'altitude est depuis cinq ans le terrain de jeu du projet HI-SEAS, Hawaii Space Exploration Analog and Simulation (Exploration Spatiale Analogique et Simulée d’Hawaii), mené par l’Université d’Hawaii.

Au milieu de cet espace désertique, un petit dôme blanc accueille à tour de rôle des groupes de volontaires triés sur le volet, pour une période de quelques mois ou d’un an, selon chaque expédition. Leur job ? Prétendre qu’ils sont sur Mars et y vivre selon ses conditions. Tels des rats de laboratoire, leurs comportements et réactions sont scrutés dans les moindres détails par un groupe de chercheurs. L’objectif est de comprendre comment les êtres humains vivraient une véritable expédition sur Mars.

Le dôme du programme HI-SEAS © HI-SEAS

Comme si vous y étiez

Réelle expérience sociale, le programme requiert des participants de porter des appareils enregistrant leurs signes vitaux, leurs mouvements et leur sommeil, de répondre à plusieurs questionnaires sur leur comportement et leurs interactions avec les autres membres et de faire plusieurs rapports par semaine sur leur propre ressenti. La simulation est totale : les participants se nourrissent d’aliments lyophilisés, utilisent des toilettes à compostage, prennent des douches de trente secondes et ne sortent jamais sans une combinaison spatiale et un casque. Les communications en temps réel avec l’extérieur sont impossibles, et envoyer ou recevoir un e-mail prend 20 minutes.

911, nous avons un problème

Si jusqu’en février tout se déroulait pour le mieux au sein du programme HI-SEAS, le sixième groupe envoyé dans le dôme a changé la donne. L’équipage de quatre personnes, sensé y rester pour huit mois, n’a tenu que quatre jours et l’un des membres a fini à l’hôpital.

Qu’a donc bien-t-il pu se passer sur cette "fausse" planète rouge ? Un simple ciel nuageux… L’habitat entier fonctionnant grâce à un système de batteries tournant à l’énergie solaire, il n’a pas résisté au plafond nuageux qui s’est abattu sur Mauna Loa. Après quatre jours, la panne d’électricité était inévitable. Deux membres de l’équipage sont alors sortis pour atteindre le générateur tournant au propane. À leur retour dans l’abris, ils découvrent les deux visages blêmes de leurs compatriotes. L’un deux s’est fait électrocuté par les câbles électriques restés à nus et reliant le générateur au disjoncteur. L’équipage tente alors d’appeler le médecin de garde de la mission via une ligne d’urgence, mais ne reçoit aucune réponse. Après un débat houleux, le commandant de la mission décide d’appeler les urgences, mettant alors fin à la mission. "La majorité des membres se sont accordés pour demander un avis médical au 911, avant de demander une ambulance. Je ne me souviens pas si Lisa (Stojanovski, une autre membre de l’équipage, NDLR.) avait la même opinion mais je me souviens qu'elle ne s'est jamais opposée au plan", a expliqué Sukjin Han, le commandant de l’équipe, à The Atlantic. "Je n'ai jamais pensé et je ne pense toujours pas que le maintien de la mission était plus important que la sécurité de l'équipage".

Une enquête est actuellement en cours pour déterminer les circonstances de l’accident et de la panique qui s’en est suivi. Un conflit aurait en effet eut lieu entre les membres de l’équipage, car appeler une ambulance voulait automatiquement dire annuler la mission et abandonner des heures d’investissement physique, social et émotionnel.

Mars © Unsplash / NASA

Expédition en suspens

Depuis cet incident, le programme HI-SEAS est suspendu, dans l’attente d’un rapport complet sur les événements de février dernier. La composition de l’équipage est actuellement remise en cause par plusieurs membres du projet. Si toutes les équipes précédentes étaient au nombre de six, ce sixième groupe n’était composé que de quatre personnes suite à deux désistements de dernière minute. Les différents profils n’étaient quant à eux peut-être pas compatibles. "Vous avez beau sélectionner l’équipage de façon pointue, obtenir le bon ajustement et le bon mélange, il y a trop de variables quand il s’agit d’êtres humains", a déclaré Raphael Rose, directeur associé du Centre de recherche sur l’anxiété et la dépression de l’Université de Californie à Los Angeles. L’équipage six a cependant été sélectionné selon le même processus que ses prédécesseurs : dissertations, contrôle des références, entrevues Skype, ainsi que les mêmes examens psychologiques appliqués aux astronautes de la NASA.

Cette dernière est quant à elle sceptique pour la suite du programme. "La NASA ne pourra pas continuer à supporter le projet si nous estimons que la sécurité totale des participants n’est pas garantie", a déclaré Jenn Fogarty, scientifique en chef du Human Research Program de la NASA, le bureau finançant HI-SEAS. Si le projet, majoritairement mené par des volontaires, pourrait continuer seul, le retrait de la NASA lui serait néanmoins préjudiciable. Et le véritable voyage sur Mars semble soudainement très loin…

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