Critique

Avec Lithopédion, Damso magnifie sa plume

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L’interview exclusive, c’est pour la semaine prochaine. En attendant, “Lithopédion”  le propulse loin au-dessus de la mêlée.

"C’est difficile quand ça devient facile”, chante William Kalubi, alias Damso, sur “Lithopédion”. Un an après le raz-de-marée “Ipséité”, les salles pleines à craquer, les festivals euphoriques et la polémique de l’hymne national qui lui a fait plus de bien que de tort, l’artiste belge impose sa différence, magnifie sa plume, ouvre les espaces et relève son degré d’exigence. Sur son troisième album - cinquante minutes pour seize morceaux (avec Humains en bonus) - il a aussi l’intelligence de ne pas régler ses comptes et de prendre de l’altitude.

Techniquement, son flow n’a jamais été aussi travaillé et diversifié. L’homme soigne la rime et se joue des rythmes en poussant même la porte vers le style “chanté” (Aux Paradis, Julien, Silence). Entouré d’une équipe de beatmakers inventifs, il se laisse inspirer par les sons pour se raconter, observer, s’interroger.  Exemple le plus fort de cette démarche, Julien va susciter tous les débats. Brisant le tabou de la pédophilie, Damso opte pour un point de vue inédit tout en désamorçant le sujet à l’aide d’une palette de couleurs pop et une voix féminine. On craque aussi sur la richesse mélodique de Même issue, plage remuante traversée d’une guitare rumba renvoyant aux “roots” congolaises de l’artiste.

Loin au-dessus de la concurrence, Damso n’est pas non plus un fanatique du featuring comme nombreux de ses pairs. Hormis un “Ta vérité n'est pas la mienne, car je tombe et puis c'est moi qui traîne" d’Angèle sur le léger Silence, il est seul aux commandes. Père plein de doutes, amoureux maladroit, conteur capable d’un délire de syntaxe (les mots “niquer”, “bite”, “cul” sur Smog) ou d’une réflexion sur la mort (60 années), Damso évoque en filigrane sa volonté de rester premier de la classe sans pour autant masquer ses zones d’ombre et sa fragilité. Habillée d’électro, de piano et de cordes, la mélancolie de Feu de bois, Festivals de rêves ou de l’impressionnant Baltringue (“Faut croire en Dieu mais faut surtout croire en toi”) montre la quête de bonheur inachevée. À la fois brève et touchante, la chanson William, placée en générique de fin de ce disque de la maturité, reste volontairement floue. “Dernier album ou peut-être pas, l’avenir nous le dira”, chante-t-il dans un dernier soupir. “Lithopédion” élargira encore son assemblée.

Le 29/6, Couleur Café, Bruxelles. Le 5/7,  Les Ardentes, Liège. Interview exclusive dans  le Moustique du 20 juin.

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