Interview: Rythm & Blu Samu

Teaser

Blu Samu, c'est le nom qu'il faut retenir en ce début d'été. La rappeuse basée à Bruxelles affole les radios de sa voix subtilement cassée et prépare la sortie d'un tout nouvel EP.

A partir de la mi-octobre, notre fil Facebook s'est affolé, laissant apparaître ça et là le même nom : Blu Samu. A l'époque, la jeune anversoise vient de lâcher un titre fort, intense, nommé I Run. On l'y découvre dans un intime prélude en portugais, puis enfin sur un beat puissant puisé dans le répertoire du boom bap. En quatre minutes de temps, le piège est refermé. Sa voix subtilement cassée, son flow teinté d'une dose de Fugees, d'une pincée de Princess Nokia et de IAMDDB révèle un tout fort différent de ce que l'on a l'habitude d'entendre sur le territoire noir-jaune-rouge. Et foncièrement addictif.

Depuis, on l'a croisée sur le titre Think For Yourself de Piano Club, on l'a également entendue avec le 77, évidemment, mais aussi avec Swing sur Mama et enfin, on a abdiqué avec Sade Blu en hommage à l'une des artistes qui l'a le plus inspirée. Avec la sortie d'un tout nouvel E.P., Salomé Dos Santos de son vrai nom risque bien de s'imposer dans toutes les oreilles, dans toutes les playlists. Elle y mélange tant le hip-hop, que le jazz-rap et la soul avec beaucoup de subtilité. De son Portugal natal, elle tire un côté suave. Dans sa vie de tous les jours, où elle côtoie le collectif le 77 et le rappeur flamand Zwangere Guy, elle imprime son authenticité.

L'ascension est assez fulgurante, mais pas déméritée. Depuis la sortie de son premier projet «  BLUE  » en 2015, Blu Samu s'est imposée avec candeur et irrévérence. Et c'est exactement comme cela qu'elle se présente ce joli matin de mai, au cœur de Bruxelles, dans l'enceinte du Studio 38 pour une séance photo sous l'objectif de Guillaume Kayacan.

Blu Samu - Photos : Guillaume Kayacan

Quel est le chemin qui t'as menée à faire du hip-hop ?

Blu Samu – J'ai vraiment commencé à faire de la musique sérieusement à 19 ans. J'étais dans une passe un peu difficile et du coup, j'ai écrit mon premier texte de rap. C'était une manière d'exorciser ce que je pensais, ça m'a énormément plu. Du coup, j'ai continué à écrire énormément, j'ai voulu expérimenter au maximum cette manière d'extérioriser mes sentiments. D'autant que j'étais assez énervée à l'époque. L'ambiance n'était pas fantastique à la maison, ça me permettait de me vider la tête.

Pourquoi ce choix de musique ?

Blu Samu – Le chant seul n'était pas suffisant pour moi. Il me manquait quelque chose, un petit swing. Je chante depuis que je suis toute petite, il se passait énormément de choses dans ma tête. Quand j'ai commencé à rapper, j'ai trouvé un équilibre. Je suis portée par la poésie et le rythme depuis toujours et de fait, le hip-hop, c'était le mélange parfait.

Quelle était l'atmosphère musicale qui régnait dans ta maison, quand tu étais enfant ? Est-ce qu'il y avait certains artistes qui tournaient en boucle ?

Blu Samu – Quand j'étais toute petite, ma mère habitait encore avec mon père et je me souviens qu'il jouait beaucoup de guitare, qu'il écoutait pas mal de musique créole. En ce qui concerne ma mère, c'était un peu moins pointu, elle était surtout branchée par les hits des années 2000, les albums qui comprenaient tous les gros tubes de l'année en question. C'était ça, mes influences musicales en Belgique. Autant dire que ce n'était pas spécialement soul ou rap.

Est-ce que tu te souviens du tout premier album que tu as acheté, du premier morceau que tu as écouté en boucle ?

Blu Samu – Bon allez, j'avoue. C'était Christina Aguilera avec Hurt. La première fois que je l'ai entendu, j'étais comme une folle. Ce morceau m'a vraiment touchée, j'aimais l'énergie et les sentiments qui s'en dégageaient. J'avais besoin de ressentir quelque chose quand j'écoutais un titre. Et c'est toujours le cas aujourd'hui d'ailleurs.

Blu Samu - Photos : Guillaume Kayacan

Quelle est la première personne à qui tu as fait écouter tes textes ?

Blu Samu – J'avais écrit mon premier morceau et j'avais super envie de l'enregistrer. Du coup j'ai bien été obligée de le faire écouter à mon pote qui s'en occupait. J'étais un peu stressée, j'étais curieuse de savoir comment ça allait se passer. En fait, je crois que j'étais surtout excitée de montrer ce que j'avais écrit, j'étais assez fière au fond de moi. Ce n'était pas facile quand j'ai commencé. A l'époque, j'habitais à Anvers et je me suis disputée avec ce pote, qui m'aidait au début. Du coup, je n'avais plus personne avec qui enregistrer mes morceaux. C'est un chemin extrêmement complexe, si tu n'aimes pas profondément la musique et ce que tu fais, tu n'auras pas la force pour te relever à chaque fois que tu tombes.

Et puis il y a eu la rencontre avec le 77, comment cela s'est-il passé ?

Blu Samu – On se connaissait de loin depuis longtemps. Après, je leur ai fait écouter ce que je faisais et ils n'en revenaient pas. J'étais hyper fan de ce qu'ils faisaient aussi, donc ça s'est fait un peu tout seul. Cela nous a fort rapprochés et surtout, on a passé énormément de chouettes moments dans le studio. On a évolué ensemble.

Blu Samu - Photos : Guillaume Kayacan

Tu collabores avec énormément d'artistes, du coup est-ce que ça a toujours été clair dans ta tête que tu voulais être une artiste solo ?

Blu Samu – Je ne me suis jamais imaginée avec un groupe. La musique que j'écris est très personnelle, ça aurait sans doute été compliqué pour moi de partager tout ça. Après, je ne vais pas le cacher, quand je traînais beaucoup avec le 77, certaines fois j'avais l'image des Black Eyed Peas et des Fugees qui me venait en tête. On aurait pu faire un super-groupe. A l'époque, je travaillais dans une pompe à essence full time pour rembourser mes dettes. J'avais vraiment l'impression que toute ma créativité était en train de mourir. C'est dur de se dire qu'on travaille six jours sur sept dans ce genre de job. Je n'étais pas du tout heureuse dans ma vie personnelle. J'étais hyper frustrée à l'époque, en plus ce n'est pas comme si je récoltais les fruits de mon travail puisque je devais directement donner cet argent. C'était un cauchemar. Un jour j'en ai eu marre, j'ai tout envoyé valser et je suis venue m'installer à Bruxelles. Je me suis dit, tant pis, je vais travailler dans l'horeca et faire des horaires pourris mais au moins je serai avec le 77 et j'aurai accès au studio et enfin faire plus de musique. Ils ont dit oui directement. C'était un énorme soulagement.

Est-ce que tu as l'impression qu'il est plus évident pour toi d'écrire de nouveaux morceaux aujourd'hui, par rapport à tes débuts ?

Blu Samu – Mes textes ont changé en tout cas. Ce n'est pas plus dur qu'au début, disons que c'est une nouvelle approche. J'y vais quand je le sens et même quand c'est prévu à l'avance. Quand je dois faire une résidence par exemple, je suis toujours inspirée par certaines productions.

On sent qu'il y a un fort engouement autour de toi pour le moment. Tes titres passent en radio, tant du côté flamand que du côté francophone. Comment est-ce que tu te protèges face à ce succès qui arrive ?

Blu Samu – J'essaie de garder un maximum mes amis autour de moi. C'est la meilleure façon de se protéger finalement, avoir des gens de confiance autour de soi, qui n'hésiteront pas à te dire quand tu pars en vrille. Ils me préviennent des gens qui peuvent être nocifs, de ce qu'il faut éviter de faire. C'est extrêmement important d'avoir un bon entourage, mais je pense que je l'ai. Je suis bien coachée.

Blu Samu - 6 juillet aux Ardentes / 13 juillet Dour Festival

Blu Samu - Photos : Guillaume Kayacan

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