Disparition des oiseaux : c'est le destin de l'homme qui est en jeu

Les populations d'alouettes des champs ont baissé de 90% en 25 ans. ©BelgaImage
Les populations d'alouettes des champs ont baissé de 90% en 25 ans. ©BelgaImage
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Ils disparaissent massivement de nos campagnes, dans un discret battement d’ailes. Or, c’est le destin de l’homme qui est en jeu.

Les chants des oiseaux ont commencé à résonner dans nos prés, apportant d’un pépiement l’annonce du printemps. Mais le beau symbole vient d’être abîmé par un rapport accablant. À l’échelle mondiale, 30 % des oiseaux des champs ont disparu ces quinze dernières années. En Belgique, particulièrement dans nos campagnes, c’est au moins pareil: 40 % de la population totale des oiseaux s’est envolée pour toujours des milieux agricoles, là où ils trouvent leur biotope. Les deux dernières années, cette tendance s’est aggravée. “Le nombre d’alouettes a diminué de 90 % ces 25 dernières années”, pose  Philippe Funcken, directeur de l’ASBL Natagora. Pas beaucoup mieux pour la linotte mélodieuse ou le bruant jaune. Les oiseaux qui peuvent survivre en ville déclinent aussi, surtout les moineaux domestiqués mais dans une moindre mesure, selon Natagora. “Tout le monde parle du réchauffement de la planète. La crise de la biodiversité est tout aussi grave mais moins médiatisée”, poursuit-il. 

La disparition des oiseaux est en lien direct avec l’humain. C’est un indicateur de la dégradation de notre système.

Pourquoi? La population mondiale a doublé en 45 ans. On a détruit des forêts et des zones humides en les remblayant. L’agriculture s’est intensifiée. Des tracteurs de plus en plus gros sont aujourd’hui utilisés. Des nouvelles techniques, jamais évaluées en termes d’impact sur la biodiversité, ont vu le jour. La brique a grignoté du terrain. On a continué, toujours et encore, à construire des routes et des nouvelles maisons quatre façades. On a même mis des éoliennes en forêt. Les endroits permettant la nidification des oiseaux ont disparu peu à peu. Les haies ont aussi disparu. Beaucoup d’oiseaux nichent au sol, comme par exemple les perdrix. Il y a peu de zones non touchées. 

“On se bat aussi contre certains pesticides, Monsanto et autres. Ce sont des produits nocifs pour l’homme et la nature. Chaque année, de nouvelles substances sont déversées sur les cultures”, pointe encore Philippe Funcken. “L’utilisation de néonicotinoïdes, des nouveaux pesti-cides, a réduit la biodiversité des insectes. Or, beaucoup d’oiseaux utilisent les insectes comme nourriture et on ne connaît pas la toxicité de ces pesticides”, ajoute encore Philippe Funcken. “La disparition des oiseaux est en lien direct avec l’humain. C’est un indicateur de la dégradation de notre système. On vit de la biodiversité. Par exemple, plus on  exploite la forêt tropicale, plus elle évolue, devient sèche, se transforme en savane arborée. C’est l’effondrement d’un système d’un point de vue global au niveau de l’humanité”, explique Thierry Hance, professeur au “Earth and Life Institute” de l’UCL. 

Comme les dinosaures

L’écosystème est un équilibre fragile. Chaque espèce est un maillon. Si on en retire un, la chaîne casse, l’équilibre est rompu, l’écosystème est perturbé. La biodiversité a un rôle de stabilisateur vis-à-vis des perturbations. Globalement, au moins 75 % des espèces animales et végétales présentes sur terre ont disparu en une période très courte. Natagora souligne que la dernière extinction de cette ampleur était celle des dinosaures. C’était la cinquième extinction que la terre ait connue. Aujourd’hui, avec une disparition de 75 % des espèces animales et végétales en une très courte période, nous en sommes à la sixième extinction massive.

Un problème de modèle

Que faire? Créer des réserves naturelles. Aujourd’hui, elles constituent seulement 1 % du territoire en Wallonie alors qu’on devrait monter entre 5 et 10 %. Et puis, restaurer les écosystèmes. Natagora se bat avec ses moyens, mais aussi, et c’est heureux, avec des fonds européens. Il est urgent de réduire la pression sur les milieux agricoles. Ce n’est pas la faute aux agriculteurs eux-mêmes mais au modèle d’agriculture en soi.

Savons et jardins

À nous d’agir aussi, tout simplement. Natagora donne une série de conseils. Il faut réduire sa consommation en vêtements,  meubles, savons et certains carburants qui proviennent de l’exploitation du sol ou des forêts. Acheter du bois et des produits agri-coles locaux et choisir des produits certifiés (par exemple FSC pour le bois) ou dont on connaît la provenance. Il s’agit enfin de changer la conception de nos jardins. On taille, on domestique, on supprime le côté sauvage et on plante des espèces exotiques peu favo- rables. Et puis, pourquoi pas, on peut devenir bénévole chez Natagora. 

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