Roger Waters : " Pink Floyd est devenu une marque"

INTERVIEW

Le bassiste de 74 ans nous avait accordé une interview à New York, voici un an, à la veille du lancement de sa tournée Us And Them qui passera ces 11 et 12 mai au Sportpaleis.

À quoi pensiez-vous en enregistrant le tout premier album de Pink Floyd “The Piper At The Gates Of Dawn” en 1967?
ROGER WATERS : Nous occupions le studio 3 d’Abbey Road, à Londres. Les studios 1 et 2 étaient réservés aux Beatles qui enregistraient “Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band”. On entendait le sitar de George Harrison, l’orchestre symphonique qu’ils utilisaient sur A Day In The Life, on voyait Mc- Cartney désaccorder volontairement sa basse pour trouver des nouveaux sons ou Lennon lire le journal du matin pour trouver l’inspiration d’une chanson. Des trucs de dingue pour l’époque... Nous pensions: “Les Beatles font la révolution dans la pièce d’à côté. Ils changent le cours de l’histoire de la pop et nous en sommes les témoins”. C’était comme si les Beatles nous donnaient la permission d’être libres, de faire la musique qu’on voulait. Ça nous a donné des ailes.

Cinquante ans plus tard, c’est cet esprit de liberté qui vous motive encore à faire des disques?
Pour être honnête, je dois ajouter qu’on pensait aussi à l’époque qu’enregistrer un disque allait nous aider à nous envoyer en l’air. Hormis ce point, mes motivations n’ont pas changé, même si je sais bien qu’un album rock n’intéresse pratiquement plus personne aujourd’hui. Mais j’aime encore ça. Ça m’a coûté beaucoup d’argent d’enregistrer “Is This The Life We Really Want?”, mais je peux me le permettre.

Quel a été le point de départ de “Is This The Life,We Really Want?”
J’ai emmagasiné pas mal de maquettes de morceaux ces dernières années. J’ai tout fait écouter au producteur Nigel Godrich (producteur pour Radiohead et Paul McCartney - NDLR) qui trouvait qu’il
y avait matière à faire un album rock. Finalement, il n’a gardé que deux petits bouts. Tout le reste a été créé en studio. C’est la première fois que je travaille comme çà

Sur ce disque, vous chantez “Nous souhaitons toujours voir les autres échouer”. À qui pensez-vous?
J’ai toujours aimé cette phrase. Je croyais que c’était Truman Capote qui l’avait écrite, mais on la doit au romancier Gore Vidal. C’est très méchant comme réflexion et j’ai pensé que c’était le genre de pensée que devait avoir Donald Trump.

Votre tournée s’intitule Us And Them (“Nous et eux”), d’après le titre d’une chanson de ”The Dark Side Of The Moon”. Pourquoi?
Après la thématique du mur (“The Wall”) qui reste d’une brûlante actualité, j’ai envie de mettre en avant l’altruisme. Il faut cesser avec ces “us” et “them”. J’ai envie de vivre dans un monde où on arrête d’ériger des murs. J’ai envie de vivre dans un monde dans equel nous pouvons accepter nos différences. Ça ne peut que nous rendre plus heureux. C’est le sujet central de mon nouvel album.

Sur cette tournée vous vous en prenez vivement à Donald Trump.  C’est un acte de résistance?
Oui, et ma nouvelle tournée est aussi un acte de résistance. Il ne faut pas baisser les bras. Je reprends le slogan “Trump is a pig” pour tous mes concerts. Je sais que ça ne plaira pas à tout le monde.
 

Après ces années, pensez-vous que le public mesure votre contribution dans Pink Floyd?
La réponse est non. Sur le site de Pink Floyd, il y a trente millions d’abonnés. Pink Floyd est devenu une marque. Mais la majorité du public n’a aucune idée de ce que j’ai apporté. Même David Gilmour ne le sait pas. Pour les fans, je reste le bad guy. Je suis le sale type qui a quitté le groupe et qui a tout sabordé.

Vous regrettez d’avoir quitté Pink Floyd?
Jamais. Mon départ m’a obligé à me remettre en question, ce qui n’est pas arrivé aux autres membres de Pink Floyd. Mais j’en ai bavé aussi. Lorsque je suis parti en tournée avec mon disque solo “Radio K.A.O.S.” en 1987, Pink Floyd a décidé au même- moment de remonter sur scène. Nous tournions chacun de notre côté aux États-Unis. Pink Floyd remplissait les stades. Moi, je peinais à attirer des gens dans des petites salles et tout le monde s’en foutait.

 

 

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