Italie, le Mouvement 5 Étoiles : vraie claque ou mauvaise blague ?

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C'était il y a huit ans. Un comique lançait aux politiques d'aller « se faire foutre ». Aujourd'hui, son mouvement est devenu le premier parti d'Italie. Cinq étoiles pour comprendre.

       L'ÉTOILE HUMORISTIQUE, celle du Coluche italien

Si ce parti existe aujourd'hui, c'est avant tout grâce à un homme : Beppe Grillo. Pour certains, il est le Coluche italien. Pour d'autres, il s'agit plutôt d'un Dieudonné, mais en plus léger. Toujours est-il que l'humoriste, fils d'une pianiste et d'un ouvrier, est à l'origine du Mouvement 5 Étoiles, aujourd'hui élu première formation politique de la péninsule. Qui l'eût cru ? Dans les années 80, Grillo enchaîne les apparitions télévisuelles, faisant rire son public aux éclats. Sauf que petit à petit, le comique génois s'affiche avec un humour de plus en plus corrosif. En 86, il se voit écarté des médias pendant quelques années, après avoir dénoncé la corruption au sein du Parti socialiste italien.

Il revient sur le devant de la scène au début des années 2000, cette fois avec un blog qui, très vite, devient le plus lu du pays. Dès lors, Grillo n'hésite pas à y écrire des tribunes, comme en 2005 où il appelle les parlementaires italiens et européens à ne pas se représenter après une condamnation. De l'humour, il bascule dans le politique. Les jeunes l'aiment pour son franc-parler et ses discours anti-système.

     L'ÉTOILE REVENDICATRICE, celle du "va te faire foutre"

Le déclenchement du mouvement naît suite au Vaffanculo Day, la journée du Va te faire foutre, lancée par Grillo en 2007. Les revendications ? Interdire aux citoyens de se représenter aux élections après avoir été condamné et limiter le cumul dans le temps à deux mandats. Au total, plus de 300 000 signataires se rassemblent les 8 et 9 septembre, pour un Parlement propre. Un chiffre important mais guère surprenant, après des années de Berlusconi et de multiples scandales de fraude. Ensemble, les militants, appelés grillini scandent Tutti a casa (Dégagez) aux autres classes politiques, qu'ils accusent de corruption.

Cet engouement fulgurant pousse Beppe Grillo, en 2009, à lancer le Movimento 5 Stelle (M5S), au côté du responsable éditorial du blog, Gianroberto Casaleggio. Cinq étoiles, pour cinq priorités : retour au public de la gestion de l'eau, zéro déchets, transports publics, énergie renouvelable et wi-fi gratuit. Se revendiquant ni de gauche ni de droite, le parti se veut anti-élite, anti-corruption et revendique surtout une démocratie directe et participative (inspirée de Rousseau), favorisant l'internet pour faire adopter son programme ou choisir ses candidats aux élections. L'idée séduit les classes populaires.

     L'ÉTOILE MONTANTE, en Sicile d'abord

À partir de 2009, le nombre d'adhérents augmente considérablement. Beaucoup sont des néophytes en politique, ce qui signifie qu'ils n'adhèrent à aucune idéologie politique particulière. D'autres sont des militants de gauches déçus ou anciens partisans de la droite néo et post-fasciste.

En 2012, le mouvement parvient à faire élire un maire lors des élections municipales, tandis qu'aux régionales de 2013, il devient le premier parti en Sicile. Les élections nationales législatives, en 2013 également, marquent leur premier vrai succès, avec l'entrée de 54 sénateurs et 109 députés au Parlement. Les élus promettent de tailler la moitié de leurs propres salaires pour un fonds d'aide aux petites entreprises. Certains sont très jeunes (vingt-cinq ans, l'âge minimum légal), et la plupart sont novices en politiques. Mais de l'étudiant à la femme au foyer en passant par le médecin généraliste ou l'ouvrier au chômage, chacun y a sa place. Et c'est ce qui plaît.

     L'ÉTOILE PERDUE, celle de Photoshop

Revers de la médaille. En 2014, le mouvement est largement distancé par le parti démocrate de Matteo Renzi. Les premiers conflits en internes apparaissent. Dès lors, Grillo se place légèrement en retrait, laissant la place à cinq personnes, dont un certain Luigi Di Maio.

Entre 2014 et 2017, le M5S n'hésite pas à exclure – à sa guise – certains militants qu'il juge déviants quant à l'esprit du mouvement. Les raisons ? Afin de ne ne pas donner la moitié de leur salaires aux PME, comme promis, certains élus modifient leurs notes de frais sur Photoshop. Pour un parti qui se voulait moralisateur et accusait les autres partis d'être « tous pourris », ce n'est pas très vendeur. D'autres ont « oublié » de dire qu'ils sont francs-maçons.

     L'ÉTOILE VICTORIEUSE, sans Beppe Grillo

Ce dimanche, le Mouvement 5 Étoiles est devenu la première formation politique du pays, récoltant 32, 6% des suffrages. S'il n'a pas gagné la majorité face à l'alliance de la droite, il est à la tête de quelques grandes villes (Rome, Turin ou Livourne).

Mais malgré la victoire, tout n'est pas rose. Car si le M5S est entré au Parlement en 2013 avec 109 députés, ils ne sont plus que 88 à la sortie de 2018, les élus manquants ayant décidé de quitter le Parti ou expulsés. Concernant les législatives de 2018, une petite dizaine de membres avaient déjà annoncé quitter le Parti, sitôt qu'ils seraient élus.

Et l'idéologie du parti semble se perdre elle aussi. À l'origine, les experts qualifiaient ce mouvement plutôt à gauche pour ses combats contre les politiques d'austérité, la corruption et l'écologie; mais penchant à droite en matière d'immigration et de fiscalité. Aujourd'hui, le flou persiste, en matière d'immigration notamment. Et tandis que le parti était opposé à toute alliance, il se dit aujourd'hui prêt à discuter avec l'ensemble des forces politiques, y compris celle de l'extrême-droite. L'autre changement d'attitude concerne le référendum sur la sortie de l'euro, l'un des points-clés de la campagne de ces derniers mois, dont il n'est plus question aujourd'hui.

Grillo, à presque septante ans, s'est pour sa part complètement distancé du mouvement, pour laisser la place au plus modéré Luigi Di Maio. L'humoriste a par ailleurs ouvert un nouveau blog, où il ne mentionne absolument pas le Mouvement. Les Cinq étoiles auront donc commencé avec lui, mais continueront sans lui.

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