Avec Black Panther, Marvel améliore encore sa formule magique

Black Panther ©Prod
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Teaser

Le studio Marvel crée le premier film de super-héros noir et fait rugir l’héritage afro-américain. C’est historique.  

"Ce n’est pas parce que quelque chose marche qu’il ne peut pas être amélioré”. La réplique prononcée par Shuri, la sœur du roi T’Challa alias Black Panther, résume à elle seule ce projet unique. Un blockbuster coûteux (200 millions de dollars hors marketing) et d’apparence formatée, mais qui offre à Marvel et à la maison mère Disney l’occasion d’élargir toujours plus son public et de s’adresser pour la première fois directement à la communauté afro-américaine avec un casting en majorité tenu par des acteurs noirs, deux ans après la polémique #OscarsSoWhite qui dénonçait la faible représentation des acteurs noirs aux Oscars. Et puisque 2017 a connu deux succès-surprises, le studio peut se permettre d’être moins frileux: Wonder Woman (première super-héroïne dans un film réalisé par une femme) et le film d’horreur Get Out (réalisé par l’Afro-Américain Jordan Peele, quatre fois nominé aux Oscars) ont prouvé que le public était à la recherche de diversité sur grand écran.

À l’aube des dix ans de la franchise débutée en 2008 avec Iron Man, Marvel surprend donc à nouveau les spectateurs en offrant à Ryan Coogler l’occasion de faire briller la panthère noire imaginée en 1966 par Stan Lee et Jack Kirby. Le réalisateur de Creed (spin-off très réussi de Rocky) et Fruitvale Station (inspiré d’un fait divers raciste) débute son histoire en 1992, avec les images des émeutes de Los Angeles suivant l’arrestation de Rodney King. Au même moment, T’Chaka, roi du Wakanda, a placé des espions dans plusieurs régions du monde afin de protéger le secret de son pays. Le Wakanda est en effet une nation secrète du tiers-monde qui cache en réalité une richesse unique: des mines de vibranium, un métal précieux qui permet à la population wakandaise de profiter d’avancées technologiques extraordinaires. Et Coogler de détourner avec ironie le cliché de l’Afrique comme éternel continent ressource. 

Afro-futurisme

Après la mort de T’Chaka (une scène déjà visible dans Captain America: Civil War), c’est au tour de son fils T’Challa (très convaincant Chadwick Boseman) de devenir roi et d’endosser le costume de Black Panther. Mais entre les vols de vibranium et les tensions entre tribus wakandaises, le début du règne de T’Challa est mouvementé. Et l’arrivée- surprise d’un ex-militaire d’Irak et d’Afghanistan (le charismatique Michael B. Jordan dans le rôle de Killmonger, abandonné par l’Amérique raciste et l’ancien roi du Wakanda) n’arrange rien. Mais plus qu’un affrontement attendu entre un super-héros et un vilain interchangeable, Ryan Coogler opte ici pour une rivalité aux allures afro-futuristes entre deux personnages aux motivations opposées qui questionnent l’identité noire. Brillamment écrit, Killmonger s’impose comme un antagoniste de poids, dont la vengeance est ici motivée par deux cents ans d’histoire avec un grand H.

Coogler convoque la mémoire de la colonisation et de l’esclavage à l’heure où l’Amérique de Donald Trump questionne une fois de plus la place des Noirs dans sa société. Pour autant, sous son discours engagé, Black Panther ne renie pas son côté blockbuster et propose une première partie drôle et rythmée, digne d’un James Bond. On regrettera une deuxième moitié trop longue et redondante, comme souvent chez Marvel, mais qui s’offre néanmoins le luxe de ne pas être parasitée par d’autres super-héros de l’écurie. Cette première aventure solo de la panthère noire a de quoi séduire, notamment grâce à la place des femmes fortes du film (la Kényane Lupita Nyong’o en tête, oscarisée avec Twelve Years A Slave). Ryan Coogler parvient à mélanger action et réflexion et prouve que Marvel peut encore améliorer sa formule magique et diversifier son univers, avant de réunir tous ses super-héros dans Infinity Wars, attendu le 24 avril prochain sur grand écran.

Black Panther. Réalisé par Ryan Coogler. Avec Chadwick Boseman, Michael B. Jordan, Lupita Nyong’o - 134’.

Àcôté de la B.O. classique signée Ludwig Göransson, Kendrick Lamar signe un génial soundtrack “inspiré par Black Panther”. L’artiste hip-hop, qui vient de rafler aux Grammy Awards les quatre prix de la catégorie rap ainsi que le trophée de la meilleure vidéo pour Humble, emmène dans l’aventure Future, The Weeknd, Anderson Paak ou encore James Blake sur des morceaux collant parfaitement aux messages sociopolitiques du film.

À l’image de l’impressionnant clip vidéo et des textes du single All The Stars interprété en duo avec l’artiste féminine SZA, cette collection de quatorze chansons originales est en effet un véritable plaidoyer en faveur de la cause black. Fils d’un membre des Bloods, l’un des gangs les plus violents de Compton dans les années 80, et fervent catholique, Kendrick Lamar trouve ici le ton juste pour divertir le public tout en le conscientisant. Approché voici un an par Ryan Googler, il affirme s’être laissé convaincre de signer un soundtrack complet parce que les rushes du film “sonnaient juste et contemporain”. “Ce n’est pas seulement l’adaptation d’un comic book de Marvel, c’est une métaphore de ce qui se passe aujourd’hui”, aux États-Unis. L’interprétation coup de poing de Kendrick Lamar aux Grammy Awards de son titre XXX a, du reste, la même valeur symbolique que la scène d’ouverture de Black Panther. Avec Bono du groupe U2, Lamar évoque dans ce titre les bavures policières commises sur la communauté noire aux États-Unis. Aux Grammy, Lamar avait conclu sa prestation entouré de figurants habillés de rouge, qui semblaient recevoir des coups de feu et s’écroulaient devant les caméras. Très fort.

Black Panther : the album. Universal ****

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