Il y a des féminismes mais pas de petite violence

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Un collectif de femmes, dont l’actrice Catherine Deneuve, a publié mardi une tribune en France pour «défendre» la «liberté d’importuner» des hommes et s’opposer à la «campagne de délations» apparue après l’affaire Weinstein. Catherine Deneuve en tête. Mais aussi des Belges, comme Anne Morelli, professeur émérite à l'ULB.

Que disent ces cent femmes dans leur tribune? «Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste», écrivent une centaine de comédiennes, écrivaines, chercheuses ou journalistes, rejetant le «puritanisme» apparu depuis les premières accusations de harcèlement et agression sexuelle visant le puissant producteur américain. On a demandé à la présidente de "Vie féminine", Hafida Bachir, de réagir.

C'est la guerre entre les féministes?

Hafida Bachir - Il y a des féminismes. On peut se rejoindre sur des combats et diverger sur des questions. C'est normal. Mais cela pose problème quand des féministes usent de leur notoriété et de leur statut pour déligitimer et écraser celles qui ne disposent pas de cette tribune. Cette carte blanche donne l'idée d'un certain mépris des femmes qui casse plus les solidarités qu'elle ne les construit.

Elle relativise les gestes...

H.B. - Il n'y a pas de petite violence. Toutes sont inscrites dans un rapport de domination qui va de l'insulte jusqu'au meurtre. Cela relève toujours d'une démarche de contrôle du corps des femmes. Quand on n'écoute pas une femme sur la violence qu'elle ressent, on lui fait violence. La définition de la violence dans les textes de loi nationaux et internationaux internationaux parlent tous de domination. Il n'y a pas de relativisation.

Les femmes exagèrent?

H.B. - Non. Il peut toujours y avoir des dérives. Mais une femme qui témoigne est déjà une femme qui est sortie de la peur, qui a mené un long cheminement. Ces cent femmes utilisent leur statut, leur notoriété pour donner l'impression que ce qu'elles pensent est la norme. Elles utilisent leurs privilèges pour enfoncer d'autres femmes. Les femmes ont suffisamment de problèmes pour ne pas s'enfoncer entre elles. Moi, je peux dire ma colère, mais un tas de femmes liront ce point de vue et se culpabiliseront sans plus rien dire.

Même un frottage dans le métro, c'est violent? Comment expliquer?

H.B. - Le patriarcat est un rapport de domination et l'une de ses caractéristiques est une forme de violence. C'est un rapport de domination qui construit autant les rôles des hommes et des femmes mais qui s'exerce sur les femmes et au détriment de celles-ci. On nous a éduqué comme ça. Ce n'est pas naturel. Cela peut donc être déconstruit. On peut ramener de la bienveillance. Mais c'est normal que le féminisme, quand il fait bouger les lignes, soit remis en question. C'est un retour de balancier perpétuel. Dès qu'il n'y a plus de contre-argument, on charge le féminisme lui-même en tant que tel parce qu'il agace.

 

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