Ces gamins qui boivent

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Auteur à succès, Delphine de Vigan fait la rentrée de janvier avec Les loyautés, roman de société sur la violence sourde qui traverse les relations entre parents divorcés et enfants de divorcés, tentés par le binge drinking.

À quoi rêve un gamin de 13 ans qui regarde sa mère détester son ex-mari et observe son père s’enfoncer doucement mais sûrement dans la précarité ? A oublier cette réalité, évidemment. Et pour oublier cette réalité, à boire, étonnement. Enfant du divorce, Théo trimballe ses affaires d’un appartement à l’autre, d’une semaine à l’autre, son comportement (fatigue, somnolence, manque de concentration, interros ratées…) commence à inquiéter Hélène Destrée, sa prof de sciences au lycée. Alertée par la mémoire de sa peau, Hélène – ancienne enfant battue – pense avoir affaire à un cas de maltraitance et se met en tête de surveiller le jeune garçon afin de le protéger.

Enfant du divorce, Théo trimballe ses affaires d’un appartement à l’autre, d'une semaine à l'autre

Elle est loin de s’imaginer que la situation familiale dans laquelle évolue Théo le pousse à s’enivrer grâce à des fonds d’alcool récupérés ici et là ou des bouteilles achetées à des grands. Dans sa fuite, Théo – dont le fantasme est d’atteindre le coma éthylique (on croit rêver…) – entraîne son ami Mathis dont la mère, Cécile, ne voit pas d’un très bon œil cette amitié. Femme au foyer soumise à un homme qui l’a dressée jusque dans sa façon de parler, Cécile découvre que son mari a une double vie sur Internet, semant sur son blog et sur les forums de discussion des propos abjects sur les femmes, les homos, les Juifs et les étrangers…

Hélène, Théo, Mathis, Cécile – ces quatre personnages prennent la parole à tour de rôle pour donner corps au nouveau livre de Delphine de Vigan – Les loyautés. L’auteur à succès (Rien ne s’oppose à la nuit – triomphe en librairies, D’après une histoire vraie – prix Renaudot et Goncourt des lycéens, récemment adapté au cinéma par Roman Polanski) explore ici des thématiques hyper-contemporaines pour en dénoncer la violence. Delphine de Vigan réussit une parfaite description de la brutalité sourde qui contrôle notre quotidien, multipliant les scènes fortes – comme ce cours de gym durant lequel Théo est humilié devant ses camarades par une prof sans pitié, symbole d’une pédagogie d’un autre temps. Moins personnel que ses autres livres (encore que… on n’en sait rien), Les loyautés est un roman de société qui nous ouvre les yeux sur les dérives d’une jeunesse tentée par la culture du binge drinking et autres pratiques extrêmes.

Les loyautés, Delphine de Vigan, Lattès, 206 p.    

 

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