"Grave, c’est la preuve que le cinéma de genre peut encore avoir une sacrée gueule"

Grave ©Prod
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Julia Ducournau signe Grave, récit d’apprentissage de deux sœurs cannibales, percutant et pissant l’hémoglobine.

Quand on la rencontre, Julia Ducournau visiblement n’est pas une addict outrancière du cinéma gore. Et encore moins une énième réalisatrice punk à la Virginie Despentes. Voilà une blonde sculpturale d’une franchise à toute épreuve, déjà rompue au service après-vente face à la presse, limite autoritaire: “Je vous préviens, on va tout de suite évacuer les clichés ! Plus que le film-choc axé sur l’horreur et le cannibalisme, Grave, c’est d’abord la preuve que, de nos jours, le cinéma de genre peut encore avoir du fond et une sacrée gueule. Il parle aussi d’amour et de sexualité, des plaisirs de la chair, de pulsion de mort, de phobie et de transgression. Mon but était de lier métamorphoses physique et morale, créer un personnage qui deviendrait un monstre alors que le spectateur lui a déjà témoigné son empathie.” 

Grave va donc nettement plus loin que l’étiquette “gore pur jus” à laquelle certains le limitent trop souvent depuis sa présentation à Cannes au printemps dernier?

Julia Ducournau - Oui ! J’ai réalisé un réel exercice de cinéma tout-terrain. En fait, j’essaie de préparer mon spectateur, de le mettre à l’aise pour qu’il pense qu’il est en sécurité. Et après, vous avez votre effet de surprise qui arrive. J’aime beaucoup jouer avec cette manière de rendre votre public actif et complice.

En embrassant plein de genres différents, donc…

C’est un cross-over entre comédie, drame, teen-movie et body-horror. C’est quelque chose auquel je me frotte depuis longtemps, mon background culturel. Les films qui m’ont toujours intéressée étaient ceux qui mélangeaient les genres et les émotions. Par exemple, Toni Erdmann possède aussi ce genre de mélange absolument formidable. Il fait rire, pleurer et trembler à la fois. Toutes proportions gardées, je suis le même chemin.

Autre point commun avec Toni Erdmann: on attendait aussi peu sa réalisatrice, Maren Ade, que vous, en fait… Du moins aussi haut et aussi vite…

Cette hype autour du film, ça a été complètement fou! Je suis donc devenue une réalisatrice jeune, jolie, branchée, gore et dérangée à la fois. Peu de gens ont connu un tel honneur récemment! (Rire.) Et c’est une grande satisfaction de pouvoir, à la fois, toucher un public extrêmement large et une assistance très tournée vers le film de genre. Comme ces aficionados qui vont presque à la messe quand ils se rendent à certains festivals spécialisés dans l’horreur… 

Le film fait aussi un fort écho à certaines grandes références…

Je parlerais carrément d’influences: David Cronenberg ou David Lynch. J’ai simplement essayé, quand j’en avais besoin, de réfléchir à des scènes qui m’avaient plu sur les mêmes sujets, traités par eux, même de loin. Pour décider de ce que je voulais faire, moi.

Le fait d’avoir vu Massacre à la tronçonneuse à six ans, ça a joué dans la construction de vos inspirations?

Mes parents n’étaient pas au courant et je ne savais pas trop ce que je voyais à l’époque. Mais oui, inconsciemment, il m’a influencée. Soit ça a créé quelque chose, ou alors j’avais déjà une appétence pour ça à l’époque (rire).

Mais à part ce film vu “par accident”, vous êtes fan d’horreur?

J’ai commencé très tôt à regarder des films d’horreur. Habitude aidant, je les vois souvent comme des cartoons, même si certains me font encore réagir: j’ai toujours bien aimé qu’une image produise sur moi un effet physique. Insidious est l’une de mes claques les plus fortes de ces derniers temps. D’une beauté incroyable, il réinvente le film de fantômes et utilise la profondeur de champ d’une façon magnifique… 

Comment est-ce qu’on arrive à convaincre des acteurs et actrices sur un tel projet? 

Je n’ai rencontré aucune réticence de qui que ce soi. Le truc, c’est qu’à partir du moment où les acteurs comprennent qu’il y a un fond ou un questionnement dans le scénario, à partir du moment où ils voient que le script développe une pensée que je vais essayer de mettre en scène, ils l’acceptent. Parce qu’ils veulent défendre une idée avant tout. Et, du coup, qu’il y ait du sang ou pas n’est plus une question qui se pose pour eux. La difficulté n’était donc pas là.

Elle était où alors?

Elle était d’ordre pratique. Comme, par exemple, diriger les comédiens équipés de leurs prothèses. Étant donné que c’était la première fois que je travaillais avec autant d’effets spéciaux. Il fallait pousser à accomplir un effort d’imagination pour qu’ils croient au caractère gore et traumatisant de certains effets. Pas simple, mais stimulant ! 

Grave. Réalisé par Julia Decournau. Avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella - 98’.


GRAVE Bande Annonce (2017) par AuCine

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