L’âge d’or du biopic

Biopic
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Le cinéma se nourrit de plus en plus de figures historiques bien réelles. Et se sublime quand il les malmène.

Le portrait endeuillé de Jacqueline Kennedy (Jackie) ou l’épopée du poète chilien Pablo Neruda (Neruda) suivent de très près le destin du créateur d’Apple (Steve Jobs de Danny Boyle) ou L’odyssée du commandant Cousteau. D’où vient un tel engouement? Si l’anglicisme “biopic” (contraction de “biographical” et de “picture”) désigne une œuvre filmée dépeignant la vie d’une personnalité réelle,  le phénomène naît à Hollywood dès les années trente (La vie d’Émile Zola remporte l’oscar du meilleur film en 1937) et correspond selon Rémi Fontanel (auteur de Biopic: de la réalité à la fiction) à la nécessité de “combler notre besoin d’icônes”. Mais pourquoi une telle accélération?

Le succès de La Môme (2007) marque sans doute un tournant. Synonyme de “rôle à oscar”, le biopic devient pour l’acteur l’occasion de briller dans d’impressionnantes métamorphoses. Marion Cotillard subit des heures de maquillage pour incarner Piaf à l’agonie, bouffie de morphine; Lambert Wilson perd quinze kilos pour retrouver l’allure fil de fer du célèbre commandant au bonnet rouge, Pierre Niney ou Gaspard Ulliel changent leurs voix pour retrouver le rythme saccadé du phrasé d’Yves Saint Laurent (dans deux biopics concurrents qui sortent la même année). 

Intensément apprécié du public, le biopic  se décline aussi en sous-genres. Le biopic politique revisite une période-clé de l’histoire (Lincoln sur l’abolition de l’esclavage vue par Spielberg, le suicide de Hitler disséqué dans La chute, l’apartheid raconté dans Mandela). Prisés aussi, les biopics sportifs ou musicaux: les géniaux Ray Charles (Ray) et Johnny Cash (Walk The line), le cycliste dopé Lance Armstrong (The Program), le mythique boxeur Mohamed Ali (Ali de Michael Mann) ou plus récemment Jesse Owens, le coureur noir américain qui défia Hitler aux Jeux olympiques de 1936 (Race).

Un âge d'or des studios hollywoodiens

Les biopics sont aussi le prétexte à des portraits féminins renouvelés: on pense à l’excellent Iron Lady avec Meryl Streep en Margaret Thatcher perdant la mémoire, aux mauvais Grace de Monaco ou Diana, ou encore à la Marie-Antoinette de Sofia Coppola en Converse rose bonbon. Plus récemment, le biopic semble aussi faire revivre un âge d’or des studios hollywoodiens: voir l’hommage de Scorsese à Howard Hughes avec Aviator, Hitchcock - période Psychose - avec Scarlett Johansson en Janet Leigh et Helen Mirren dans la peau de la femme du maître du suspense. Cette même actrice fut aussi la critique Hedda Hopper dans le récent Trumbo sur la vie du scénariste blacklisté. 

Mais les meilleurs biopics restent les “anti-biopics”, ceux qui malmènent le genre ou le réinventent. On pense à Bob Dylan revisité six fois par Todd Haynes (I’m Not There), au Larry Flynt de Milos Forman, à The Social Network de David Fincher, au Van Gogh de Pialat. Et on n’oublie pas que le cinéma se déploie bien plus dans la transgression que dans le respect trop sage de vies d’artistes qui, elles, ne le sont jamais.

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