Rencontre

Nathalie Portman: "Jouer un personnage si célèbre est un défi presque effrayant"

Égérie de Dior, diplômée de Harvard, l’actrice sort deux films coup sur coup: un biopic sur Jackie Kennedy et Planétarium de la jeune Française Rebecca Zlotowski. 

Adorablement petite, délicieusement fine même avec le ventre joliment rebondi, Natalie Portman fait tout juste ses 35 ans. Dans le disque dur de la mémoire collective, la belle se définit aujourd’hui en trois mots: “Chanceuse, curieuse et occupée. Bref, je veux tout, genre fromage et dessert! J’ai du pain sur la planche à tous les niveaux. C’est comme les récompenses, genre Oscars et autres Golden Globes: évidemment que je ne fais pas ce métier pour accumuler les récompenses. Mais, honnêtement, je vais vous dire: j’adore ça ! Et ceux qui prétendent que la reconnaissance ne les touche pas sont soit hypocrites soit pas faits pour ce métier !”, glisse-t-elle, coquine et énigmatique. 

Elle reprend: “Même dans des rôles plus âpres, par exemple dans Jackie ou dans Planétarium (qui sortira chez nous dans deux semaines - NDLR), je m’éclate un maximum. Pour ce dernier, j’ai été captivée par le parallèle que la réalisatrice Rebecca Zlotowski établit entre le cinéma, cet univers où tout est vrai et faux à la fois et l’histoire de ces deux sœurs (l’autre frangine étant Lily-Rose Depp) qui communiquent avec l’au-delà. J’ai toujours pensé que de nombreux cinéastes sont portés par le rêve de rendre des êtres immortels à l’aide de leur caméra”. Ils y parviennent d’ailleurs selon elle, qui, quand elle regarde un film avec Ava Gardner, a toujours cette impression “qu’elle est vivante”, que l’on peut communiquer avec elle. “Le cinéma parvient à nous faire voyager dans le temps, tout comme ces deux sœurs à travers leurs séances de spiritisme… S’agit-il de force de suggestion, voire de supercherie? Ce qui est sûr, c’est que les émotions que les deux femmes génèrent chez les gens sont vraies… ”

Jackie imagine les quatre jours traversés par la première dame entre la tragédie de Dallas le 22 novembre 1963 et les funérailles de John Kennedy  le 25 novembre. Comment rentre-t-on dans ce type de rôle emblématique ?

NATALIE PORTMAN - Les choses sont arrivées à Jackie de façon si violente… C’était une reine sans couronne qui a perdu son trône et son mari le même jour. Une des femmes les plus populaires du vingtième siècle mais dont on sait très peu de chose. Elle est peut-être la plus inconnue des femmes connues de notre ère moderne. Jouer un personnage si célèbre est un défi presque effrayant. Tout le monde sait à quoi elle ressemble, comment elle s’exprime, bouge… Il fallait être crédible dès le départ, emporter tout de suite le spectateur avec soi dans ce voyage émotionnel, ne pas laisser la moindre place au doute. C’est une expérience qui ne ressemblait à rien d’autre de ce que j’avais fait avant.

Beaucoup plus difficile qu’une performance plus physique comme dans Black Swan, par exemple, où vous incarniez une danseuse étoile ? 

N.P. - Chaque rôle joué au cinéma représente des défis différents. Mais pour Jackie, en raison de l’aura du personnage et de ce qu’elle a représenté pour les États-Unis, il était important de coller le plus possible à la réalité. Je n’ai pas la prétention de jouer la “vraie” Jackie. Mais nous avons quand même tenté de nous en approcher le plus possible, pour aller au-delà de l’aspect iconique et la rendre plus humaine. Il fallait donc rendre ces sentiments extrêmement mélangés et j’y suis arrivée en envisageant tous les aspects du personnage. 

Par exemple ?

N.P. - Elle était différente en public, plus timide, plus nerveuse, parlant avec une petite voix dans l’ombre de son mari. Alors qu’en privé, elle était très éloquente. C’est un personnage périlleux à interpréter. Il fallait recréer de l’intérieur quelqu’un d’unique. Je n’aime pas m’identifier aux personnages que je joue. Je pense que c’est quelque chose de dangereux.

Mais est-ce le type de femme que vous admirez ? 

N.P. - Elle était en avance sur son temps dans sa manière de gérer son image. Sur ce point, elle m’impressionne. Pour le reste, c’est compliqué de porter un jugement sur quelqu’un que vous incarnez. Mais maintenant que j’ai un minimum de recul, je dois dire que je suis bluffée par ce qu’elle a été et ce qu’elle a fait pour les États-Unis. 

Le film a été tourné en France pendant les attaques terroristes du 13 novembre 2015. Quel impact a eu cet événement sur le film ? 

N.P. - Difficile de ne pas faire de comparaison entre la scène où Jackie Kennedy décide, malgré les consignes de sécurité, de suivre le cercueil de son mari à pied le jour des funérailles, et les Français qui peu après les événements ont décidé de vivre comme avant, en descendant dans les rues, en allant dans les bars… Nous avons tourné le film à Saint-Denis, près de Paris, une semaine après les attaques. Elles ont contribué à mieux nous faire prendre conscience de ce qui se passait quand une nation entière vit une telle tragédie. Cela m’a permis de mieux comprendre à quel point Jackie Kennedy a eu du courage de faire ce qu’elle a fait juste après l’assassinat de son mari, qui n’était pas juste une tragédie nationale. Mais aussi un événement très privé et personnel pour elle.

Vous pourriez vous imaginer First Lady version 2017 ? 

N.P. - Dans la vraie vie, vous voulez dire? Non! Je détesterais que mon rôle soit défini par celui de mon mari.

Que vous inspire la dynastie Trump et le nouveau président, vous qui avez officiellement soutenu Hillary Clinton ? 

N.P. - C’est une période importante pour s’engager en tant que citoyen. Ce moment particulier a en tout cas mis en exergue le besoin de nous réveiller. Nous devons surveiller ce qui va se passer. Et réagir si nous constatons des injustices. J’ai une solide conscience politique. 

Et une solide franchise, aussi. Vous définiriez-vous comme une jeune femme plutôt engagée ?

N.P. - Je ne dirais pas “engagée”, mais plutôt “concernée”. Je ne peux pas ignorer ce qui se passe autour de moi. Je traverse parfois des moments où je ressens un besoin maladif de me documenter sur l’état du monde. Mais d’autres, aussi, où j’aimerais tout oublier.

Et que faites-vous pour oublier ?

N.P. - Je vais au cinéma voir de vieux films. C’est mon côté intello (rire). Et puis, je ne refuse pas un petit verre de temps en temps. Même si c’est devenu plus compliqué maintenant. J’ai eu de la chance: à mes débuts, il n’y avait ni Twitter, ni Facebook, ni Instagram. Je pouvais faire la fiesta et rentrer ivre avec mes amis sans que personne ne le sache. Mais bon, je sais ce que j’ai à faire pour échapper aux soucis en matière de violation de la vie privée.

Dans le cinéma aussi on a l’impression que vous savez de mieux en mieux ce que vous avez à faire. Là, vous revenez dans deux films pas vraiment grand public. Coïncidence des agendas ou vrai choix de carrière ?

N.P. - J’ai le sentiment de n’avoir pas réussi à bien jouer dans les blockbusters. Star Wars, c’est mon plus gros plantage. Plein d’acteurs arrivent à faire des choses fantastiques dans ce type de films, moi, je cherche encore. Comment donner du sens à une performance quand on joue sur un fond vert ? Ou quand on parle de l’espace sans rien y comprendre ? Je suis à l’opposé de ça ! Je prends le travail au sérieux, c’est vrai. Mais je suis aussi très à l’aise avec l’échec. Cela a sans doute à voir avec le fait de faire des films depuis plus de vingt-cinq ans déjà, dont beaucoup n’ont pas marché. Même quand le succès est au rendez-vous, j’essaie de ne pas comparer ma réussite à celle du film, mais à des choses sur lesquelles j’ai prise. Comme l’effort que j’ai investi et la qualité des rapports humains que j’ai développée sur le tournage. Ou pas !

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