Pierre Kroll : "Les trucs léchés, tout ça, je n'aime pas"

Teaser

Le plus célèbre caricaturiste de Belgique francophone nous a accompagnés durant presque deux décennies. On l'a visité sur ses terres. Il nous a parlé de sa carrière, de la Belgique, de vous et... de Tintin. Vous savez? Ce petit reporter né cinq années après Moustique.

C'est une histoire de chiffres. Baptisé Le grand vingtième, le nouveau recueil de dessins de Pierre Kroll joue la référence au Petit vingtième, supplément du journal Le vingtième siècle dans lequel naquit Tintin, en 1929. Le lien entre Tintin et Kroll? Les six dernières pages de son album, hommage à Hergé, où le caricaturiste invente un petit reporter octogénaire qui se demande s'il peut encore une fois renouer avec l'aventure, alors que Tournesol a cassé sa pipe et que Haddock est en maison de retraite...

Quand Hergé inventa Tintin, Moustique avait déjà cinq ans. Pierre Kroll, lui, a débarqué dans nos pages un jour de 1995. Il a donc connu les presque vingt dernières années de notre magazine. Pour les nonante ans de Moustique, l'occasion était belle de lui offrir notre couverture collector et de revenir sur son parcours. Nous avons rencontré Pierre chez lui, sur les hauteurs de Liège. Dans son grand atelier, trois décennies de dessins, des tiroirs remplis de caricatures. De jolis objets curieux aussi, comme un flamant rose, un mannequin d'anatomie, une vieille carte d'Afrique, la pipe de Louis Michel (offerte par son attachée de presse)... Et, bien sûr, la collection complète de ses albums. A les reparcourir, on perçoit davantage la pertinence de l'œuvre de Kroll: dessinateur mais surtout observateur acéré et drolatique de la vie politique et sociale belge. Un homme d'aucune chapelle, n'étaient tout de même de solides convictions humanistes, mais qui assume ses contradictions. Et dire que tout cela a commencé au Congo, il y a plus de 55 ans. On se croirait encore dans Tintin...

Tu es né au Congo en 1958. Pourquoi?

Pierre Kroll - Mon père y était agronome tropical. Il plantait des arbres à caoutchouc pour la multinationale Unilever. C'était un vrai broussard, mais pas un colon au sens commun du terme. Ni dans le sens de l'administration coloniale belge, qu'il détestait. On vivait au Nord, dans un coin reculé de la forêt, à Gwaka. J'avais deux ans quand on est partis... Bien plus tard, je suis allé à Kinshasa. Quand j'y étais, j'ai vraiment senti que c'était le pays où j'étais né. En droit coutumier du Congo, tu es de la région et de la tribu où ta mère a enterré son cordon ombilical. Je ne crois pas que ma mère l'ait fait mais en tout cas, elle ne l'a pas rapporté (rire). Je suis donc un Congolais de la tribu des Gwakas.

(Re)venir du Congo, cela a modifié ta vision ultérieure de la Belgique?

P.K. - Cela a pu éveiller mon intérêt pour la politique. La décolonisation était un sujet de conversation permanent chez nous. A l'adolescence, cela a aussi nourri mes révoltes. Je ne supportais pas qu'on considère mon père comme un raciste, un colon exploiteur...

Comme fils d'ex-colon, tu te sens tenu de te justifier?

P.K. - Non. Au contraire, j'ai toujours cultivé ce côté exotique. Cela a dû transpirer dans mon éducation car mon fils aîné Guillaume (il a trois enfants) est engagé dans une ONG où il travaille sur l'économie des pauvres. Je sais que cette démarche est en ligne directe avec le souvenir de son grand-père. Ils parlaient beaucoup. Sa réflexion autour du thème "pays riches, pays pauvres" vient de là.

La suite de l'interview de Pierre Kroll mais aussi un dessin exceptionnel sur une couverture collector à découvrir ce mercredi 26 novembre en librairie.

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