Caméras de surveillance: souriez, vous êtes fliqués

Vidéosurveillance ©Moustique
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Avec bientôt 286 caméras publiques, la zone de police ouest de la Région bruxelloise est l’une des mieux surveillées du pays. Exceptionnellement, nous avons pu assister au travail de ceux qui passent leurs journées à vous observer.

À la sortie de la station de métro Comte de Flandre située au cœur de la commune de Molenbeek, ce mardi matin, la vie suit paisiblement son cours. Un homme, en costume, boit son café tout juste emporté de l’établissement du coin. Sur les bancs situés à quelques mètres de lui, deux ados de 16 ou 17 ans discutent. Soudainement, l’un d’eux se lève et se dirige vers une jeune fille de son âge qu’il semble connaître, lui fait la bise et la laisse descendre dans le souterrain. Aucun d’eux ne s’en doute, mais la scène est diffusée en temps réel sur l’un des écrans de la salle de contrôle de la zone ouest de la police bruxelloise. “Aujourd’hui la place n’est pas très animée. Parfois il y a plus de mouvements, voire des petites tensions ou des bagarres”, commente Wendy Vanden Driessche, coordinatrice du “dispatching” du commissariat principal de la zone installé en face de la station de métro.

Avec ses deux collègues en poste ce jour-là, elle surveille quatre grands écrans diffusant les images de 24 caméras différentes. D’ordinaire, l’accès à cette salle est strictement limité aux opérateurs policiers afin de garantir le droit au respect de la vie privée des citoyens. En insistant auprès du service presse de la police fédérale et du chef divisionnaire de la zone Johan Berckmans, Moustique a cependant été autorisé à entrer. 
La qualité d’image est surprenante. En un glissement de souris d’ordinateur, la coordinatrice parvient à afficher le numéro de plaque d’immatriculation d’une voiture garée au loin. “La caméra donnant sur la station Comte de Flandre est exceptionnelle, intervient Jean-Louis Gilles, chef de service IT de cette zone de police. C’est une image 4K, de la ultra-haute définition. L’avantage est que rien ne nous échappe. L’inconvénient est que les données prennent énormément d’espace. Si on peut tout voir en temps réel, sur nos serveurs, on ne peut enregistrer qu’une image toutes les 8 secondes. C’est la seule caméra de cette qualité de la zone. On est en phase de test pour établir si ce matériel peut nous être utile.” 

Vidéosurveillance 2 ©Moustique

La qualité des autres appareils vidéo est également très bonne, de la haute définition, filmant, dans l’immense majorité des cas, à 360 degrés. En témoignent les images détaillées des grands carrefours routiers de la zone, de certains parkings et de la place Communale de Molenbeek affichées sur les écrans. “On peut changer les images à notre guise, continue Wendy Vanden Driessche. On choisit les caméras à transmettre en fonction des fiches réalisées par le 101. Aujourd’hui, il n’y a pas grand-chose à surveiller, mais si une bagarre se déclenche, par exemple, on en est informés. On sélectionne alors la caméra adéquate afin d’observer la situation avec plus de recul pour aider les équipes envoyées sur place. On peut les prévenir des dangers éventuels, si les auteurs sont armés, s’il y a des victimes graves…” Depuis les attentats du 22 mars, les opérateurs doivent aussi apporter une attention particulière aux colis dits “suspects”. “On ne peut pas le nier, le climat est plus tendu qu’auparavant, même si la surveillance dans le dossier du terrorisme a été récupérée par la Sûreté de l’État. Pendant des mois, une des caméras était fixée non-stop sur la maison des Abdeslam présente sur la place Communale. Il fallait être vigilant.” 

En zone rouge

Sur ses deux écrans individuels, Wendy Vanden Driessche peut diffuser les images réceptionnées par n’importe quelle caméra installée dans la zone. “Il suffit de sélectionner le code du matériel souhaité dans la liste. Avec le temps, on finit par les connaître, mais sur l’autre écran, je peux afficher la “carte des caméras” avec leurs positions.” Certaines références, inscrites en rouge, attirent l’attention (voir encadré). À l’œil nu, on en compte une dizaine et la liste est encore longue. “Il s’agit du matériel défectueux, commente la coordina-   trice. Elles sont supposées être bientôt réparées.”
Au total, la zone ouest de la police bruxelloise est équipée de 196 caméras de surveillance. L’objectif est d’atteindre les 286 avant la fin de l’année prochaine. Quand ce sera fait, la totalité des endroits considérés comme “à risque” devrait être sécurisée. “On privilégie les carrefours afin de voir où ça peut coincer au niveau de la mobilité. Mais aussi les espaces publics comme les parcs et les centres commerciaux. Là où il y a du passage. Et puis, bien sûr, les endroits criminogènes où on sait qu’il y a des trafics de drogue par exemple”, embraie Johan Berckmans. 

Le responsable IT précise: “Les nouvelles caméras sont toutes intelligentes. Cela signifie qu’il y a un logiciel derrière le matériel permettant de définir le comportement à adopter. Par exemple, on peut demander à la caméra de “ prévenir ” lorsqu’il y a un regroupement de personnes important ou un colis suspect. Cela facilite la surveillance des images. Les caméras intelligentes permettent également de se préoccuper d’incivilités moins vitales, mais importantes. On peut demander de prévenir quand des déchets sont jetés dans les rues ou quand une personne se gare en double file”.

La zone de police ouest de la Région bruxelloise ainsi n’a rien à envier aux meilleures fictions hollywoodiennes. Même la nuit, les caméras passent automatiquement en infrarouge quand l’éclairage public ne suffit pas. De plus, depuis son ordinateur, Wendy Vanden Driessche peut “filer” un individu d’un bout à l’autre de sa zone. Épaulée par la “carte des caméras”, si la voiture poursuivie prend à droite, elle saura vers quel code switcher. Pareil si elle prend à gauche ou continue sa route. “Il est aussi possible de paramétrer le trajet,  ajoute Jean-Louis Gilles. Il faut bien évidemment connaître le parcours à l’avance. Cela peut s’avérer utile quand il y a une manifestation ou un cortège organisé.” 

Des absurdités  “à la belge”

Capteurs placés à contre-jour, manque d’entretien, matériel au placard…, la vidéosurveillance n’est pas au point partout.

Conscient de l’ineptie assez dramatique de ce que vous allez lire, aucun des acteurs de terrain rencontrés dans le cadre de ce dossier n’a accepté de nous livrer des révélations à visage découvert. Pour ne pas se mettre à dos certains partenaires, mais aussi pour rester le plus vague possible quant à la localisation de ces dysfonctionnements, maintien de l’ordre oblige. On ne va quand même pas faciliter la tâche au délinquant. Mais le sujet est sensible pour d’autres raisons, budgétaires, celles-là. Surtout quand on connaît le coût des caméras de surveillance et de leur gestion: 2,9 millions de matériel et 1,5 million de gestion par an pour la zone de police ouest de Bruxelles, par exemple.
• En Belgique, les communes ont la compétence pour acheter le matériel de vidéosurveillance. Mais ce sont les zones de police qui les gèrent. Il arriverait ainsi que certaines communes achètent le matériel sans concerter leurs partenaires. Or, les polices n’ont pas toujours les budgets pour les faire fonctionner… Les caméras restent alors au placard.

• À la Stib comme à la SNCB, les TEC ou la police, certaines caméras ne sont même pas… branchées. D’autres sont défectueuses et “sur le point d’être réparées” depuis… plusieurs années.

• Certains objectifs de caméras de surveillance seraient simplement… trop sales pour capter quoi que ce soit et le personnel pour les nettoyer manquerait. Quand les opérateurs récupèrent ces images, ils n’y voient que des taches noires.

• Le nombre de caméras de surveillance installées à contre-jour serait faramineux. D’autres, lors des beaux jours, sont complètement éblouies par le soleil. Quand elles installent des caméras de surveillance en hiver, de nombreuses zones de police oublieraient souvent… l’arrivée du printemps et de la végétation qui l’accompagne. Résultat des courses, en été, le champ de vision de ces caméras est obstrué par les feuilles des arbres. Une exception? Non, un “cas typique”, nous dit-on…

• Pendant la période des fêtes de fin d’année, de nombreuses caméras seraient inexploitables à cause de la lumière trop étincelante des décorations de Noël installées dans les rues par… les communes elles-mêmes. De l’autosabotage…

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