Dire merci, ça fait du bien

Les pouvoirs de la gratitude ©Belga Image
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Il est désormais prouvé que l’expérience ordinaire de la gratitude peut améliorer durablement le bien-être. La preuve par ce livre - Les pouvoirs de la gratitude - à offrir aux impolis.

Dire merci, ça fait du bien? C’est un peu plus compliqué que ça, mais finalement pas tellement. Il est désormais prouvé que l’expérience ordinaire de la gratitude peut améliorer durablement le bien-être. Ce qui relève du bon sens se trouve aujourd’hui validé par la science: la gratitude pratiquée au quotidien aide à se sentir bien, ou mieux. Le livre de la psychologue Rébecca Shankland, Les pouvoirs de la gratitude, explique le phénomène en long et en large. L’imagerie fonctionnelle par résonance magnétique a mis en évidence l’activation des réseaux neuronaux dans le cerveau lors de l’expérience de l’émotion gratitude et ses effets positifs. Et c’en est une, d’émotion. La gratitude n’est pas une valeur, pas une vertu ni une convention sociale de politesse. Nous ressentons cette émotion agréable face à un geste, un cadeau, un don, intentionnel et désintéressé, ou face aux bienfaits dont on bénéficie (beauté de la nature, pays en paix, toit au-dessus de nos têtes, etc.). La bonne nouvelle? Amplifier cette “orientation reconnaissance”, comme l’appelle la psychologie positive - science qui étudie ce qui détermine le bien-être et ce qui en favorise le développement -, a des effets bénéfiques sur le quotidien.

Occasion manquée

Encore faut-il être capable de repérer les instants propices à son exercice. Frustration, colère, tristesse, sentiment d’impuissance et même de solitude, ces émotions négatives, ressenties souvent?, pourraient servir d’indicateur inversé et démontrer les potentiels bénéfices    générés par la gratitude. Le mal de nos sociétés (ou un des maux) s’incarnerait-il dans le manque de reconnaissance? L’enseignant qui exerce son métier avec passion, un jeune qui se lève dans le tram pour céder sa place, un repas préparé avec amour…, tous gestes considérés comme normaux, auxquels nous nous sommes en tout cas habitués, et dont nous ne percevons plus le côté bienveillant. Nous ne prenons plus le temps de remercier. Souvent, le positif ne s’appréhende que par son manque. Les événements à connotation négative rendent soudain plus présentes les dimensions bienfaisantes de l’existence, comme dans la chanson de Passenger: “only miss the sun when it start to snow”, “le soleil ne te manque que quand il commence à neiger”... 

Autre condition nécessaire: séparer la gratitude du  sentiment de dette ou de devoir rendre la pareille, vite inconfortable et gênant. Les études l’ont démontré, plus on se sent acteur de ce qui nous arrive, plus on peut éprouver de reconnaissance pour le coup de pouce apporté. Trop de dépendance estompe la gratitude et ses bienfaits. L’intention détectée derrière le geste détermine également notre réaction: seul l’acte désintéressé entraîne la gratitude. Si l’intention sent le calcul, si l’attente de remerciement en échange d’un service rendu est trop forte, le sentiment de dette prédomine. Le mot “gratitude” vient de “gratis”, accordé par grâce, que l’on accorde sans y être obligé…. Plus on perçoit la gratuité du geste, plus on éprouve de gratitude.

Envie et frustration contrecarrées

Que ce soit clair: les individus possédant un degré élevé d’orientation reconnaissante se représentent plus positivement leur environnement: ils repèrent davantage les événements favorables de la vie. Posséder cette capacité ne consiste pas à nier les aspects problématiques (ni les émotions négatives) liés à une situation, mais plutôt à se centrer sur ce qui, dans une expérience, augmente le niveau d’énergie, et encourage à avancer. Cette attitude permettrait par exemple chez les jeunes de réduire les effets de ce que l’on appelle la génération “moi”. Des chercheurs ont demandé à des jeunes de 10-14 ans ce qu’ils mettaient en place concrètement pour atteindre le monde idéal qu’ils venaient de décrire. Exemple de réponse d’un jeune “orienté reconnaissance”: “J’essaie de mon mieux d’être ouvert d’esprit pour trouver de nouvelles façons d’améliorer les choses”. Réponse d’un autre, à l’autre bout du spectre: “Je ne fais rien. Je ne pense pas que mon monde idéal pourra un jour exister”. 

La gratitude n’incite donc pas seulement à l’optimisme, elle contrecarre également l’envie et la frustration. Effectivement, la reconnaissance permet de se focaliser sur ce qui nous comble déjà, et non pas sur ce qui nous manque. Elle accentue dans la foulée le sens donné. Les personnes les plus reconnaissantes sont aussi    celles qui possèdent le plus le sentiment que la vie a du sens, parce qu’elles ont pris conscience de ce qui importait pour elles-mêmes. Deuxième aspect essentiel: la mise en lien avec l’autre. Sentir que l’on compte pour quelqu’un participe à la satisfaction de vivre, donne du sens. Cette satisfaction vient renforcer le sentiment de proximité sociale, ou d’appartenance - un des trois besoins psychologiques fondamentaux pour le bien-être (les deux autres: le besoin d’autonomie et le sentiment de compétence).

C’est bon pour le moral

Dans ce sens, cette émotion un peu oubliée, désuète, voire discréditée, peut encore agir comme facteur de résilience, et devenir un agent de promotion de la santé mentale (aider en cas de dépression). Si la gratitude augmente la confiance en l’avenir, elle permet aussi de se réconcilier avec le passé. Et si elle participe à augmenter le bien-être individuel, la pratiquer entraîne chez ses bénéficiaires le développement de comportements pro-sociaux, et même de l’altruisme; plus un individu se sent reconnaissant, plus il a tendance à mettre en œuvre des comportements d’aide envers la personne à l’origine de sa gratitude, mais aussi envers un parfait   inconnu. La gratitude est dès lors qualifiée d’émotion “morale”, ou sociale, bénéficiant au groupe.

Des (petits) exercices servent à favoriser cette expérience aux effets incroyablement positifs, dont tenir un journal de gratitude, quotidien ou hebdomadaire, relève du classique. Écrire formalise la pensée (mieux que parler ou réfléchir), écrire permet de se laisser imprégner par l’émotion, et décrire l’événement positif, d’approfondir la partie émotionnelle (qualité plutôt que quantité). Dès lors, de petits rituels familiaux, personnels ou dans la classe peuvent se révéler précieux. Ça vous semble naïf? Rébecca Shankland avertit que scepticisme et attitude critique, voire cynique, font partie de    notre tendance culturelle. Ils apparaissent clairement dans le test des chroniques d’ouvrages: les recensions négatives sont systématiquement estimées plus intelligentes, plus compétentes, plus expertes que les positives, alors même que la valeur du livre a été démontrée de façon objective. De même, certains considèrent aujourd’hui la psychologie positive comme une variante de la méthode Coué. Pourtant, cette science en plein développement n’incite pas à la croyance, elle favorise - juste - l’expérience d’émotions positives, et encourage à les transformer en démarche active…. Allez, ne lui dites pas merci. 

Les pouvoirs de la gratitude - couverture ©Belga Image

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